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Guinée : Des seigneurs éparpillés

Boubacar Doumba Diallo  Samedi, 31 Décembre 2011 14:54

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DIALLO_Boubacar_Doumba_011945 : des associations ethno régionalistes voient le jour et se partagent l’espace culturel, puis politique.

1946 : avènement du multipartisme avec divers clochers nationalistes.

1958 : accession du pays à l’indépendance, puis règne du parti unique et instauration progressive d’un totalitarisme stalinien à la sauce mandingue.

1984 : régime militaro civil et restauration du multipartisme à partir de 1992 et libéralisme sauvage.

2008 à 2010 : retour des militaires au pouvoir, suivi d’élections présidentielles pluralistes mouvementées, davantage une cooptation qu’une élection juste et équitable, avec un retour partiel et mitigé à l’ordre constitutionnel. Une dictature militaro ethno fasciste se met déjà en place avec les exclusions, l’impunité, les règlements de compte à travers de pseudos attentats, les tortures…, la division ethnique et la haine. Le risque d’implosion s’aggrave de jour en jour.

A ce jour environ 150 partis politiques et au moins quatre coordinations régionales se disputent l’électorat. Ces diverses entités, qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition, ne sont que de simples comités électoraux pour propulser ou maintenir au pouvoir un individu ou un clan sans foi ni loi vers un pouvoir dictatorial. En réalité aucun de ces partis, qu’ils soient de la mouvance présidentielle ou de la soit disant opposition n’apporte une solution véritable aux problèmes fondamentaux de notre société. Tous aspirent avant tout à être l’interlocuteur privilégié des bailleurs de fonds et des multinationales. Qu’ils s’inspirent du libéralisme, de la vieille sociale démocratie ou du nationalisme, aucun de ces partis ne remet en cause le modèle en place. Bien au contraire ils rivalisent d’ardeur et de machiavélisme pour accéder par n’importe quel moyen aux commandes de l’état et profiter ainsi de la rente minière leur offrant toutes les commodités de la société de consommation.

Cette démocratie de pure façade et sans âme, véritable camisole de force est tout simplement un leurre et une nouvelle pacotille proposée par nos politiciens. Ignorant superbement toute dimension spirituelle ou éthique à leur action, ces partis s’ingénient par tous les moyens pour se hisser au pouvoir : ethnocentrisme, régionalisme, corruption des électeurs, tripatouillage électoral, mensonges, terrorisme, milices tribales, meurtres, pogroms, etc. tout y passe. Seuls comptent le fauteuil présidentiel, les privilèges et autres strapontins. Des institutions démocratiques fortes ? C’est le cadet de leurs soucis.

Pour les tenants de ces partis, façonnés au moule du positivisme et du pragmatisme, la référence aux valeurs supérieures et à la morale n’a pas sa place en démocratie et en économie. Hypocrites, ils cultivent sournoisement un dualisme entre la foi et l’action. Leurs nouvelles idoles sont l’argent, l’ethnie, la nation, la patrie, voire les prétentions pharaoniques d’un dictateur.

Cinq catégories de personnes commettent cette hypocrisie tout en cultivant ce dualisme entre la foi et l’action et l’imposent aux autres membres de la société.

- Ce sont d’abord les tenants du pouvoir politique qu’ils cherchent à pérenniser et à rendre absolu et leurs rivaux

- Puis ce sont ceux qui monopolisent le droit ou l’interprétation exclusive de la religion

- Viennent ensuite ceux qui détiennent des privilèges socio-économiques du fait de leurs relations avec les pouvoirs ou du fait de leur naissance tout simplement tels les fils ou filles à papa

- Ce sont surtout aussi ceux qui monopolisent les moyens de production et les divers circuits économiques

- Enfin il y a ceux qui se laissent fasciner par les détenteurs du pouvoir et qui suivent passivement et docilement les quatre groupes précédents

Dans maints endroits du Coran ces cinq groupes sous l’emprise de l’hypocrisie ou de la mécréance sont mentionnés car ils s’entraident et ils contribuent à éparpiller la société dans différents partis de telle sorte que la vérité s’évanouit chez la plupart des gens.

C’est ainsi que le prophète Joseph (SAW) interroge ses codétenus :

« O mes camarades de prison, quel est le meilleur :les seigneurs éparpillés ou Dieu unique et omnipotent ? »

Ce n’est pas seulement dans l’Egypte pharaonique où les « seigneurs éparpillés »exerçaient leur despotisme.

La mythologie grecque fourmille de détails sur les guerres que se livraient les dieux et les déesses à travers celles des hommes. De même la société mecquoise où Dieu envoya le Prophète Muhammad en tant que messager pour la tirer de l’ignorance, « les seigneurs éparpillés » étaient les centaines d’idoles alignées à la Kaaba par l’oligarchie Quraychite.

De nos jours « les seigneurs éparpillés » sont à la fois animés et inanimés. On les retrouve dans la mythologie se rapportant aux cultes de la « race », de la « classe », de « l’ethnie »,de la « nation » , du « parti »,du charisme des « guides », « l’opposant historique », « le responsable suprême », le « visionnaire »…

La route vers la démocratie, la cohésion sociale, le bonheur pour tous est encore très longue, parsemée d’embuches et de vicissitudes, de sang et de larmes. La libération véritable et l’accès à la direction de la société exige pour chaque individu une lutte acharnée contre ces « seigneurs éparpillés »

En espérant une intensification de la lutte contre la dictature militaro ethno fasciste ; mais également celle plus globale contre tous ces « seigneurs éparpillés », je souhaite une bonne et heureuse année 2012 à tous et à toutes. Bonne année aussi à Guinéeactu, à Madame Barry Baud et à sa famille !

Was salam !


Boubacar Doumba Diallo


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