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Nouvelle rencontre entre pouvoir et opposition, nouveau tournant pour les acteurs et le pays

Lamarana Petty Diallo  Mardi, 27 Décembre 2011 15:30

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DIALLO_Lamarana__Petty_5_01Une nouvelle rencontre entre le pouvoir et l’opposition guinéenne est prévue le 27 décembre 2011. Pour le moment, on ignore quelle sera la réponse de l’opposition à l’invitation qui lui a été faite par le gouvernement. Cependant, il convient de rappeler que ce rendez-vous fait suite à la déclaration du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès de leur disposition à renouer le dialogue. Un conclave des deux alliances serait prévu ce lundi.

Cette rencontre constitue un tournant majeur pour les acteurs en présence. Elle est l’ultime chance pour le gouvernement guinéen qui a une nouvelle occasion pour corriger ses erreurs. Ainsi pourra-t-il se montrer crédible aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

Quant à l’opposition, elle a entre ses mains l’une des dernières cartes qui lui permettra de redonner espoir et confiance à ses militants et sympathisants dont le moral n’est toujours pas au beau fixe depuis l’échec à la présidentielle de 2010.

Par conséquent, chacun des acteurs devra mesurer non seulement la portée de l’enjeu, mais aussi la dimension politique et sociale du rendez-vous de mardi. En tout cas, bon nombre d’observateurs espèrent l’entame d’un vrai changement à travers un dialogue responsable et démocratique entre les deux parties en présence. Pour que cela soit, le pouvoir et l’opposition ont tout intérêt, si toutefois la rencontre a lieu, de mettre cartes sur table pour un jeu franc au bénéfice de la nation.

Je rappelle que je n’étais pas favorable, pour des raisons que j’ai déjà exposées, à la rencontre du 15 novembre. Laquelle s’est soldée par la tentative d’usurpation de leadership par un certain ancien premier ministre dit de la transition et allié du pouvoir actuel. Cela étant dit, je proposerai quelques pistes de réflexion qui pourraient être enrichies par tout lecteur ou Guinéen soucieux d’une bonne sortie crise de notre pays.

1- L’une des erreurs à éviter, c’est de reproduire le scénario de la première rencontre. C’est-à-dire se laisser voler la vedette par des personnes en quête de reconnaissance ou d’opportunistes en tout genre et d’apparaître comme des spectateurs passifs.

2- Les deux alliances devraient demander un léger report de la date pour mieux se concerter et se préparer. A moins qu’elles ne le soient déjà suite à leur conclave de ce jour. Il serait également souhaitable qu’elles demandent officiellement l’ordre du jour de la rencontre.

Si le report n’était pas possible, rien n’empêcherait les deux alliances d’envoyer des représentants à la rencontre prévue auxquels le gouvernement ou son ministre fera part de sa proposition d’ordre du jour. Quitte à ce que les mandatés soient porteurs d’un projet d’ordre du jour proposé par leurs partis ou alliances. De ce fait, on évitera cacophonie, tohu-bohu et autres confusions qui feraient l’affaire de certains.

3- Pour leur propre notoriété, les leaders de l’opposition ne devraient plus accepter d’entendre sur les ondes qu’ils sont invités par le pouvoir comme des militants du RPG ou d’un parti allié. Les responsables des partis de l’opposition guinéenne devraient mieux se faire respecter. Pour cela, ils doivent refuser tout appel ou invitation qui ne leur serait pas officiellement transmise par les services compétents de la Présidence ou du Ministre qui sollicite un rendez-vous. Il est temps qu’ils cessent de répondre à un appel comme le soldat le ferait au coup de sifflet de son supérieur. On serait tenté de dire, halte à cette foutaise qui consiste à convoquer des responsables politiques sans ordre du jour ni par voie officielle. On comprend très mal les raisons qui poussent l’opposition à répondre à un communiqué qui est plus une information aux citoyens qu’autre chose. Si ton adversaire ne te respecte pas, impose-lui le respect, dit-on !

4- L’opposition devrait savoir que le Palais du Peuple n’est pas un lieu de dialogue ou de négociation. Il est conçu pour des meetings, conférences et autres rassemblements de masse. De ce fait, il n’est pas indiqué pour des concertations sérieuses ou un débat lucide. Il est un fourre-tout propice à la confusion, aux mélanges de tout genre où se croisent invités et non invités. Dans ces conditions, on se demande bien qu’est-ce qui pourrait sortir de ce lieu et qui serait consistant ou sérieux. Pour moi, toute rencontre au Palais du Peuple devrait avoir pour but d’informer les Guinéens du résultat des concertations et du dialogue entre le pouvoir et l’opposition.

5- Il faudrait que les deux alliances mettent en place un pacte de bonne conduite auquel tous ses membres soient soumis. Il est inutile d’évoquer les voltefaces de certains responsables politiques guinéens pour appuyer cette proposition.

6- Le départ de Lounsény Camara de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la réintégration de tous ceux qui ont été suspendus par le président de ladite institution devraient être le préalable de tout début de dialogue. Le respect de ce point inscrit dans le mémorandum devrait être non négociable. Il en va de la crédibilité des deux alliances.

7- De même, il est impensable de tenir des élections sur la base du fichier qui a été établi par la CENI présidée par Lounsény Camara. A coup sûr, l’opposition signerait sa défaite électorale en faisant le contraire. En tout état de cause, elle entamerait profondément sa crédibilité. En effet, on ne peut demander le départ de quelqu’un dont on soupçonne la neutralité et la moralité et, en même temps, accepter le fichier qui a été élaboré sous son mandat.

8- Le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès ne devraient pas accepter de s’asseoir et négocier avec un parti politique qui n’aura pas clairement défini sa position d’opposant ou d’allié au pouvoir.

En termes de négociation, il n’y a pas d’entre-deux. On est dans un camp ou dans un autre. Cette condition n’a rien à voir avec l’orientation politique ou idéologique d’un parti qui pourrait se réclamer de gauche, de droite, centriste, socialiste ou libéral, par exemple.

9- Il serait utile qu’il soit fixé, à l’image de la présidentielle, des critères financiers ou toute autre contrainte prouvant l’implantation d’un parti et ses moyens propres le mettant à l’abri de toute corruption, tricherie ou magouille. Cela éviterait que les partis à caractère familial ou clanique, qui se sont créés dans l’unique but de se vendre au plus offrant, sèment la zizanie. A ce jour on compterait plus de 120 partis politiques en Guinée et il s’en crée tous les jours. La plupart ne sont que groupements de copains, de clans, de camarades de promotion ou de groupes d’intérêts qui profitent de l’état de décrépitude du pays.

De tels pseudos-partis sont des proies tout indiquées d’un pouvoir en mal de majorité et qui, le plus souvent, favorise leur création. Ils constituent les plus grands dangers qui menacent la démocratie. Leurs responsables parlent à tout bout de champ de leurs militants alors qu’ils ne disposent même pas d’un local ou bureau, ni d’aucune instance. Ils n’ont jamais été élus ou désignés que par eux-mêmes. Ils sont en réalité des parasites sociaux, des groupuscules satellites à tout pouvoir qui naviguent à vue. C’est-à-dire au gré des victoires et des défaites.

Ce sont de telles personnes qui squattent tous les présidents élus et qui sont en partie responsables de l’échec et du pouvoir actuel et de l’opposition. Par leur capacité de semer et d’entretenir le mensonge, la confusion et par leur opportunisme, ces gens feront échouer tout projet dans lequel ils ne trouvent pas leur compte. Autant dire qu’ils sont plus des magouilleurs et des confusionnistes qui frappent à toutes les portes. Ils réveillent le chef la nuit et s’invitent au petit déjeuner avant le chant du coq. Qu’on demande plutôt aux Sidya, Cellou et, pour l’évoquer, au locataire actuel du Palais de Boulbinet. Bref, ce sont les pêcheurs en eau trouble comme sait bien les fabriquer notre pays. Hélas, ils ne se fatigueront qu’une fois dans leur tombe et comme ils ont la vie dure, ils survivent à toutes leurs victimes.

Je ne fais pas, sauf à une exception près, de propositions sur les conditions du débat. L’opposition est suffisamment responsable pour apprécier l’enjeu de cette rencontre, des législatives et de la situation politique actuelle de la Guinée. Cela ne veut pas dire que je me réserve de la critiquer.

Rien ne m’en empêche quand cela s’impose pour la simple raison que je ne suis ni un béni-oui-oui, ni le salarié d’aucun responsable politique. Autrement dit, je fais ce qui me semble être mon devoir et qui pourrait enrichir le débat, éviter ou rectifier des erreurs. Bref, je fais ce que j’estime incomber à tout Guinéen pour s’acquitter d’un de ses multiples devoirs de citoyens. Si toutefois il en a la volonté et les moyens.

Enfin, c’est l’occasion pour moi de souhaiter Bonne et Heureuse Année à tous mes lecteurs, aux éditeurs et webmasters, et à toutes celles et ceux qui contribuent au débat et à l’échange des idées pour le bonheur de notre pays. Que je partage ou non leurs idées n’a aucun intérêt car je suis persuadé qu’ils font ce qu’ils estiment nécessaire.

Que 2012 soit plus radieuse pour notre pays qui ne cesse de lever le regard vers le Ciel en espérant plus de clémence !


Lamarana Petty Diallo 

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