Lamarana Petty Diallo Lundi, 12 Décembre 2011 10:58
L’opposition guinéenne semble être en ordre de bataille. Ce qui est susceptible de contenter plus d’un citoyen tant les espoirs placés sur elle avaient été affectés par l’accumulation d’erreurs ces derniers temps.
Cependant, l’espoir ne doit pas conduire à minimiser les enjeux de l’initiative d’organiser des meetings géants et une caravane de la démocratie sur l’étendue du territoire national. Aussi salvateur que cela puisse être, on ne doit pas oublier que l’histoire des manifestations politiques en Guinée est faite de violences, de crimes et d’horreurs de toutes sortes.
Si l’initiative du Collectif des Partis Politiques pour la Finalisation de la Transition et de l’Alliance pour le Développement et le Progrès (ADP) devait se concrétiser, il est indispensable que des préalables soient pris et respectés pour éviter l’échec et des morts inutiles.
Avant tout, il n’est plus question de faire comme le 27 septembre 2011. On se souvient que 3 à 4 journées de grève avaient été annoncées tambour battant. Mais, les partis politiques ont appelé leurs militants et sympathisants à se limiter à cette unique journée quand bien même il y avait eu des morts.
Cette fois-ci, les deux alliances doivent opter pour une stratégie claire et irrévocable. Soit, elles réalisent leur projet de meetings géants et de caravane quelles que puissent être les conséquences. Soit, elles y renoncent, si elles savent qu’au premier Guinéen tombé sous les balles des forces de l’ordre, elles appelleront à nouveau au repli. Autant dire quelles doivent prendre leurs dispositions en informant clairement qu’une fois engagée, rien ne pourra arrêter la caravane.
Les deux alliances devraient alors adresser un message sans ambiguïté au pouvoir en place : s’il y a un seul Guinéen qui est blessé, violenté, à plus forte raison tué par les forces de l’ordre, ce sera la fin du système. Dans ce cas, il n’y aura aucun répit, ni retour en arrière jusqu’à la lutte finale. Cette caravane sera alors le parachèvement des révolutions manquées des années passées.
Pour rassurer les populations, les différents leaders doivent être à l’avant-garde des manifestants comme en septembre 20O8. Comme à cette date historique, les uns et les autres devront prouver une fois de plus qu’ils ne reculeront devant rien. Si toutefois, le pouvoir décidait d’interdire la tournée, ils doivent se montrer inflexibles comme en janvier- février 2007 et septembre 2008.
L’enjeu est de taille. Peut-être cette fois-ci plus que par le passé. On voit mal comment l’opposition guinéenne pourrait continuer à nourrir les espoirs et atteindre son but si elle engageait une tournée collective pour renoncer à la moindre menace ou répression du pouvoir.
De la réussite ou de l’échec de cette caravane dépendra la survie de l’opposition et l’instauration de la démocratie en Guinée. Pour ce faire, il s’agit de mettre fin aux pratiques de ces derniers temps : mobiliser les gens un jour pour permettre à des hommes dépravés en armes de violer et tuer. Les inviter à rester chez eux et leur dire de revenir le vendredi qui suit la manifestation à venir enterrer leurs morts.
Cette fois-ci, toute violence et toute mort sera celle de trop. Le pouvoir doit savoir cela et qu’en cas de représailles, le peuple de Guinée est prêt à vivre son printemps. Qu’à l’image des pays du Maghreb et d’ailleurs, il luttera jusqu’à l’avènement de la démocratie.
L’opposition guinéenne ne doit pas sous-estimer la capacité de nuisance et la force de frappe du pouvoir militaro-ethnique mis en place par Alpha Condé. Elle ne doit pas douter que les Donzos- mercenaires sont déjà en train de se préparer quelque part dans nos frontières et dans les fiefs du RPG. Ces chasseurs d’hommes sont sûrement en alerte et prêts à tuer comme en septembre dernier.
Par conséquent, les leaders des alliances doivent se dire qu’ils préparent l’avenir tout en s’attendant au pire avec le système Alpha Condé. La seule manière de réussir, c’est de se montrer unie, solidaire et déterminé.
Les raisons ne manquent pas pour cela. Il s’agit tout simplement de se rappeler que ce sont certains partis politiques réunis actuellement au sein de deux alliances qui formaient les Forces Vives. Que leur détermination et leur courage patriotique ont mis fin au Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD). Que ce sont, en quelque sorte, les mêmes initiatives que nous vivons avec cette initiative de rassemblements géants et de caravane pour la démocratie. Que, c’est à partir de combats communs et non individuels que les leaders actuels ont commencé réellement à exister.
L’opposition ne devrait pas non plus oublier que, si la solidité de la nouvelle alliance qui réunit anciens membres de l’Arc-en-ciel et anciens leaders de l’Alliance Cellou Dalein Président, commence à s’effriter, les démons de la division rôdent. Ils sont un peu partout : les partis satellites de l’Arc-en-ciel et certains leaders complices du pouvoir en place.
L’armée, plus ethnique que jamais, le manquement de certaines institutions à leur devoir, l’affaiblissement des forces syndicales et de la société civile, l’embrigadement de la fonction publique, l’indifférence du Conseil National de Transition (CNT) qui est réduit en boîte de vote, etc., sont autant de défis à relever.
En conclusion l’opposition guinéenne est à la veille d’un test ultime qui le classera parmi les oppositions politiques qui auront révolutionné leur pays ou parmi les oppositions caduques aux leaders déphasés. Dans ce cas, le trou béatement ouvert par Alpha Condé et son système ethnique continuera, hélas, à brimer et enterrer beaucoup de Guinéens et Guinéennes.
Espérons que d’échec il n’y aura pas. Que le pouvoir s’avisera et comprendra qu’aucune arme ne peut venir à bout d’un peuple qui veut et ose.
Prions pour des lendemains meilleurs, sereins et salvateurs pour notre peuple et notre pays.
Lamarana Petty Diallo