Bakary Diakité Lundi, 28 Novembre 2011 18:53
La réconciliation nationale : tous les Guinéens en parlent ou en ont entendu parler, mais alors c’est pour quand ? Est-ce un mythe ou une réalité ?
Comme nous, Guinéens, ne faisons rien comme tout le monde, personnellement j’ai le sentiment que nous tournons en rond au sujet de la réconciliation nationale. Aujourd’hui la réconciliation nationale est à toutes les sauces, et personne ne voit rien venir de concret, à telle enseigne que nous sommes en droit de nous demander : Y a-t-il une réelle volonté politique chez tous les acteurs pour faire cette réconciliation nationale ? Cette réconciliation nationale « à la guinéenne » n’est-elle pas un mythe ou un serpent de mer ? En effet les pouvoirs précédents s’étaient spécialisés dans l’art de noyer le poisson ! Le régime du général Lansana Conté a réussi à verrouiller le processus démocratique malgré la légalisation du multipartisme, la libéralisation de la presse et l’organisation des élections qui n’ont été ni libres, ni transparentes, ni équitables, ainsi il n’a jamais changé les équipes dirigeantes en place.
La démocratie ne peut pas se résumer au multipartisme, à la liberté de la presse ou à l’organisation des élections, tout comme la réconciliation ne se résume pas à des vœux pieux : L’autogestion n’a jamais réconcilié des personnes en conflit. Toute la Guinée peut chanter tous les jours la réconciliation, cela ne va pas nous réconcilier pour autant !
En effet, depuis quelques temps, il n’y pas un jour, il n’y a pas une émission à la R.T.G. (Radio - Télévision guinéenne) où les Guinéens ne parlent pas de réconciliation nationale. Tout le monde a ce mot à la bouche, des plus petits aux plus grands, hommes et femmes, jeunes ou vieux, sans oublier les artistes et les autorités publiques, c’est toujours la même rengaine. A force de chanter la même litanie on a la nette impression que c’est devenu comme un jeu ! Désormais les Guinéens ont trouvé un nouveau jeu : celui de la réconciliation nationale. Partout on entend que la Guinée est une famille, que la Guinée est une et indivisible.
Seulement il faut dire objectivement que si la Guinée est une famille, c’est quand même une famille qui a de gros problèmes d’unité et de cohésion nationale, tant les frustrations collectives et les rancœurs passées sont tenaces, et la réconciliation nationale qui n’a jamais été un jeu nulle part, ne peut pas et ne doit pas le devenir en Guinée !
Car ce qui reste certain c’est que le dossier de la réconciliation nationale en Guinée n’est plus à plaider, tant le blocage politique est important. Dans notre pays on est en droit de se demander quels sont les protagonistes qui doivent se réconcilier. Quand et comment ils comptent le faire. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, nous savons tous qu’il y a toujours eu dans notre pays une méfiance voire une défiance entre nos différentes communautés ethno-régionales ! Aujourd’hui, de nombreux compatriotes pensent qu’il faut réconcilier les Peulhs et les Malinkés, mais demain lorsqu’il y aura des problèmes entre les Soussous et les Malinkés, il faudra encore réconcilier ceux-là . Puis ce sera au tour des Peulhs et des Forestiers, ou des Malinkés et des Forestiers… ainsi de suite ! Mes chers compatriotes, il est grand temps de prendre le problème à bras le corps, dans son ensemble car aucune sortie de crise n’est possible sans un climat politique apaisé permettant un vrai dialogue inter-guinéen. Seul ce dialogue national sincère, à cœur ouvert, nous permettra de nous dire la vérité, d’établir la justice et la confiance entre nous, après seulement nous pourrons, devrons nous pardonner et nous réconcilier. Ceci est la condition nécessaire à la paix sociale. La Guinée ne pourra pas faire l’impasse sur le bilan de 53 ans de mal-gouvernance du pays. Ces conflits interethniques ne trouveront leur solution que dans l’Etat de droit avec une parfaite égalité de tous les citoyens guinéens devant la loi de la République.
Le samedi 4 décembre 2010, juste après la proclamation de sa victoire, le nouveau président guinéen, le Pr Alpha Condé, a souhaité la mise en place d'une "conférence vérité-réconciliation afin que les Guinéens se disent les vérités" sur les crimes commis tout au long de l'histoire de la Guinée indépendante.
Ce souhait du Président de la République avait déjà été formulé en avril 1992 par son ami et notre regretté le Pr Alfa Ibrahima Sow (paix à son âme) dans une publication où il écrivait : « s’il y a un pays où une conférence nationale souveraine s’impose après tant d’années de pouvoirs autoritaires, d’anomalies meurtrières et de manquements graves à la dignité de la personne humaine et au droit des gens, c’est la Guinée. »
Je lance un appel patriotique à tous les acteurs de la vie publique : partis politiques, société civile, syndicats, l’armée nationale, les clergés chrétiens et musulmans, les organisations de femmes, de jeunes , les intellectuels. Cet appel s’adresse en premier lieu au Président de la République le Pr Alpha Condé, qui seul, aujourd’hui, a le pouvoir d’inviter tout le corps social le plus tôt possible à tenir les assises de cette "conférence vérité-réconciliation afin que les Guinéens se disent les vérités" sur les crimes commis tout au long de l'histoire de la Guinée indépendante.
Ce n’est que comme cela que le Pr Alpha Condé deviendra le Mandela guinéen. En effet seule cette conférence pourra nous permettre de poser les bases d’un nouveau Pacte social consensuel de la démocratie et de l’Etat de droit. Ceci est la condition indispensable de notre réconciliation nationale et ce sera l’acte fondateur de notre renouveau démocratique.
Vive une Guinée réconciliée, unie et prospère.
Docteur B. Diakité