Me Cheick Sako et la « honte d'être Guinéen »

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cheick sakoParlant de l’état de la déliquescence des infrastructures de la justice guinéenne dont il a la charge - et plus généralement du délabrement de la ville de Conakry -  Mr. Cheick Sako a dit « qu’on a un peu honte d’être guinéen ». Le « un peu » de honte que le ministre osa n’était en fait qu’une pantalonnade. Très vite, il ravala ses critiques. Il imputa la responsabilité de la situation à un vague ailleurs. Là « d’où le pays vient tout de même ».


Depuis qu’il a été nommé Garde des sceaux, on a interpellé Mr. Sako à maintes reprises sur sa duplicité sur l’affaire du 28 Septembre dans le cadre du programme de lutte contre l’impunité de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon. Ses comportements sur ce dossier sont déroutants. Ses pirouettes cherchent à plaire à son chef, à cultiver une image de décence et à dénoncer des crimes en omettant les auteurs. Mr. Sako n’a pas pris beaucoup de temps pour acquérir un syndrome typique des cadres guinéens : le refus pathologique des responsabilités. Il serait fastidieux - si possible - de faire l’étiologie de ce syndrome. Mais la déclaration de Mr. Sako qui s’en inspire mérite quelques mises au point.


Même si on n’est qu’un citoyen ordinaire, quand on a honte d’une situation, on définit ou au moins on rêve haut de plans d’action pour la changer. Même si les possibilités de réalisations ne sont pas garanties, on ouvre l’esprit à l’exploration de solutions. Mais s’offusquer en public sans rien faire – alors qu’on est responsable de l’institution la plus importante d’une république - c’est être un complice conscient et actif de la déchéance nationale. Chercher à diluer la culpabilité que cela inspire dans une petite « honte » est une forme de démission inexcusable, même dans le contexte guinéen.


La pathologie de l’irresponsabilité politique consiste à toujours porter le blâmer ailleurs et sur les autres. Elle traverse l’histoire de la Guinée et frappe les dirigeants guinéens à tous les échelons. C’est l’arme de prédilection de la kyrielle de médiocres qui ont gouverné le pays. Elle explique ces formes aberrantes de pouvoir, dépourvues de garde-fous – moraux ou juridiques – qui ont ruiné la nation. Elle fonde l’enchainement de complots fictifs avec les spectres d’ennemis imaginaires pour masquer l’incurie. Dans le temps, l’ennemi c’était les « anti-guinéens, laquais de l’impérialisme ». La cible du jour c’est le guinéen tout-court :  un être méchant, paresseux, jaloux, sournois, profiteur etc. Curieusement, face à cette perverse mentalité, aucun des dirigeants, à quelques exceptions près, n’a rendu le tablier du pouvoir, ou déclaré forfait en démissionnant de son poste.


Cette pathologie d’évitement est prosaïque et crue. Elle est faite de cynisme. Elle a refoulé les obligations attachées à toute fonction de l’administration en possibilités de gains. Elle a dénaturé le projet de nation et d’état, qui devrait se refléter dans les actions et les comportements de ceux qui sont en charge pour réduire les notions en une vache à lait que l’on immole une fois qu’on l’a éculée.


Pour obscurcir les solutions qui pourraient l’enrayer, la pathologie de l’irresponsabilité a été enrobée sous des vocables et des catégories métaphysiques : malédiction de la nation, haines et conflits ethniques, hontes personnelles ou nationales, les guinéens n’ont que ce qu’ils méritent etc… Sa formulation la plus corrosive fut proférée par Alpha Condé : « tout le monde est coupable et tout le monde est innocent ».


Organisée en idéologies diffuses, la pathologie a fait un merveilleux travail d’obscurcissement des malfaisances gouvernementales. Sa pérennité a son redoutable effet : la Guinée, patrie de l’impunité. Si tout le monde est coupable, nul n’y est responsable de quoi que ce soit. Trafic de drogue, viols de femmes en plein jour, tueries d’enfants, vols et assassinats, fausse monnaie etc… tout y est permis, tant qu’on n’affiche pas des intentions de briguer le pouvoir ou que l’on n’en est pas soupçonné. Etre près de la mangeoire des biens et avoir les mains dans les caisses de l’état y est le comble de la baraka. Les « bénis » diluent leurs méfaits par la compromission du maximum d’agents de l’état et la culpabilisation ethnique des populaces.


Ces idéologies sont vieilles de plusieurs décennies. Elles sont normalisées et intériorisées au point d’être invisibles. Si leur effet est palpable avec la faillite du pays, on les voit plus à l’œuvre par leurs avatars dont les lamentations sur l’internet du ministre de la justice sont un exemple.


Dans ses complainte, Mr. Sako parle de sensibilisation des députés sur le sort de son département ministériel et de « guerre » avec ses collègues des finances. Il « oublie » qu’il est le garant des lois adoptées au parlement, dont celles du budget et de l’octroi aux agents de l’état des moyens de leurs missions.  Il « oublie » que le respect des règles et des lois lui incombe au premier-chef et qu’il a toute latitude pour sévir contre tous les contrevenants. Il « oublie » aussi qu’il peut démissionner si ces moyens ne sont pas alloués ou si des entraves sont mises sur son chemin. Au contraire, le ministre de la justice accepte, résigné, que jungle de l’administration n’a que faire de règles. Il entérine l’idée que les lois sont écrites pour amuser la galerie et pour moisir dans l’oubli. Il se délecte du jeu des « affinités », des « copinages », des arrangements, des donnant-donnant et veut tirer son épingle de ce jeu avec des lamentations.


Quand il se plaint « des problèmes financiers importants dans notre pays », et qu’il ne fait pas l’ombre d’une suggestion pour tacler ces problèmes à leur origine : la corruption ; celle flagrante du système judiciaire en particulier, on se demande s’il faut admirer ou déplorer les talents d’équilibriste de Mr. Sako. Pour vrai, ils lui ont permis jusqu’à présent de rejeter chaque année les conclusions des enquêtes sur les crimes de 2009 à l’année suivante, avec des variations multiples : manque de moyens financiers, dénonciations de ceux veulent précipiter les choses comme des saboteurs, respect de notre « souveraineté nationale » et refus de l’immixtion de l’extérieur - même si il accepte les subventions américaines et européennes - « peur pour l’unité nationale » avec le spectre de révoltes des forces de sécurité etc… Dans une récente sortie, il a dit que pour juger les accusés un palais de justice de bon standing était nécessaire. Sidérant, quand on sait qu’il n’y a que 14 inculpés à juger, en 7 ans d’enquêtes.


A son tableau d’équilibriste, Mr. Sako ajoute la prestidigitation et l’ésotérisme. Il dit que les réformes de la justice qu’il a engagées ne sont pas « visibles comme la construction des voies routières ». Sûrement que les Guinéens sont si enchantés par l’état de leurs routes, qu’ils ne peuvent pas remarquer les améliorations de la justice que Mr. Sako professe. De la Guinée ou de Mr. Sako on se demande qui doit avoir honte de qui.


Ourouro Bah


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Commentaires  

 
0 #2 BOFFA-KA 30-08-2017 15:33

Je tiens par le présent texte répondre notre Ministre de la justice et garde des sceaux.
Ministre de la Justice, Maître Ckeick SAKO, vous avez vous-même fait ce constat que nous partageons fièrement tous sauf que !
Depuis votre nomination à ce poste prestigieux du Ministre de la justice et garde des sceaux, vous aviez pour domicile dans un hôtel de luxe de la capitale. Ne pensez pas que cet acte anodin vous avait mis en contradiction avec ce que vous êtes censé représenter pour notre pays ? Après votre constat, vous aurez dû démissionner ! Et on aurait compris que vous avez honte pour votre pays et non pas un peu honte d’être guinéen car être guinéen pour nous, c’est une fierté inaltérable et inaliénable même si on a un autre papier de nationalité en poche considérée plus prestigieuse que celle que vous avez naturellement reçue à la naissance.
La Nationalité naturellement acquise est un destin, on a pas à avoir honte de cela.
Le combat d’un patriote consisterait à rendre sa nationalité enviable et prestigieuse et non pas à la dénigrer tout en profitant de ses privilèges et ses avantages réservés dans pays où la majorité vit dans une misère indigne. Monsieur le Ministre, qu’attendez-vous pour hisser haut notre nationalité guinéenne au niveau des celles des grandes nations comme la France, USA l’Angleterre le Sénégal, le Gabon l’Angola et autres.
Sachez aussi que la grandeur d’une nation ne se mesure pas par rapport à sa superficie ou sa force militaire mais par rapport aux valeurs fondamentalement humaines comme le travail, la justice la solidarité. Ce n’est pas pour rien que les pères fondateurs de notre indépendance avaient choisi ces valeurs comme emblème de notre République que vous incarnez aujourd’hui avec dénigrement et arrogance.
Ignorance ! C’est le plus grand mal pour un être humain.
Monsieur le Ministre comprenez aussi que notre pays est à l’image de ses dirigeants dont vous faites partie. Tous ceux qui font que vous avez un peu honte d’être guinéen prennent leurs sources dans l’impunité, l’absence de justice, la corruption dont nous dévons combattre et vous devriez être en première ligne dans ce combat.
Donc ce constat, ce bilan qui fait que vous avez un peu honte d’être guinéen est le vôtre, nous peuple de Guinée, nous sommes une victime expiatoire de ce mal que nous subissons de manière arbitraire et délibérée. Il est aussi le résultat de la faillite morale, l’incompétence, l’irresponsabilité et l’incapacité intellectuelle de nos dirigeants.
Imaginez vous comment un Ministre Sénégalais de la justice ou son homologue Marocain et j’en passe analyseront vos propos ? Portez notre pays vers le haut et si vous n’êtes pas capable, laissez la place aux autres.
Démissionnez pour être fier de vous-même et de notre pays, notre bien commun, la République de Guinée. Merci ! Que Dieu bénisse la Guinée.
BOFFA-KA
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+8 #1 Gandhi 28-08-2017 15:57

Je partage entièrement le contenu de ce texte. Ceux qui ne peuvent rien n'ont qu'à se taire et non chercher à justifier l'indéfendable. Si Sako ne peut rien, qu'il dégage ou qu'il profite en escroc comme le font ses collègues, mais qu'il arrête de nous prendre pour des ignares. Il a une formation de procureur cet individu, pas d'avocat, car il n'a aucun bon réflexe, la présomption d'innocence ne faisant pas partie de son corpus idéologique.
Quant à sa réforme de la justice, elle a consisté à intégrer des escrocs au Conseil Supérieur de la Magistrature. Il est vrai que le président de cette structure (le PRG) est le premier d'entre eux, alors qui se ressemble s'assemble...
Ne soyons pas étonnés.
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