Mamadi Dioubaté Jeudi, 29 Décembre 2016 10:06
Chers compatriotes,
L’année 2016 s’achève avec son corollaire de détresse, de dégradation de notre tissu social, de notre économie, de nos infrastructures.
Aussi afin de détourner notre attention sur d’autres directions, le pouvoir nous gonfle le ventre sur l’arrestation de Toumba Diakité, des annonces à l’emporte pièce comme les rails de Conakry à Ouagadougou, l’autoroute de Conakry à Bamako, Air Guinée, les hôtels etc...
À entendre le président parler depuis 2010, nous avons l’impression que notre pays serait un eldorado où le monde entier serait venu en pèlerinage.
Aujourd’hui notre pays est dans un état lamentable, cherté de la vie, manque d’emplois, un état ressemblant à la jungle où chacun fait ce qu’il veut faute de justice.
L’attitude de l’élite intérieure et de la diaspora laisse certains perplexes, ce pays si traversé par de violentes tragédies, aurait il aimé, rêvé calmement d’une cité de paix où le commun du mortel trouverait sa place ?
La diaspora, pour l’amour du pays n’arrive pas à parler d’une même voix ni agir en vue d’un objectif commun. En d’autres termes, ceux qui avaient mis en place le Forum en pleine turbulence contre le régime du capitaine Dadis et avant contre le général Lansana Conté.
En exil, ils ont oublié comment faire des Alliances, créer des espaces de dialogue, organiser une opposition, constituer une alternative crédible en face d’un régime populiste et rétrograde avec ses annonces de vric-en vrac accompagnées de rire sarcastique comme pour dire : « les cons ils croient à tout ce que je dis ».
Une telle situation est inadmissible, si l’on peut accorder que le bonheur n’est ni le métier du gouvernement ni l’affaire du politique, le malheur, si.
Le problème devient complexe lorsque ceux qui sont considérés comme leaders politiques se réfugient dans leur ethnie en oubliant qu’ils ne peuvent réussir que dans une union contre cet état de fait qui demeure depuis l’indépendance en se situant dans l’histoire qui est le seul juge de l’action menée ici bas.
Que faudrait-il faire pour aboutir à une union de tous les partis désireux de sortir le pays de sa situation actuelle ?
La situation actuelle du pays ne s’explique pas seulement par l’ethno-stratégie, elle en est la conséquence, depuis 1958, d’une option, d’une stratégie : celle de gouverner ou de s’opposer adoptée de part et d’autre en connaissance de cause.
Le chaos qui recouvre le pays est transformé en bannière pour ne pas dire en allié. Le pouvoir le brandit volontiers en disant : « c’est l’opposition qui m’empêche de travailler, d’éradiquer misère et chômage, de réussir le changement ». De son côté, l’opposition pointe du doigt l’écroulement continu du pays : « voyez comme ils sont incapables ! »
Cette situation est dangereuse. Pour deux raisons. La première c’est le fait que le chaos est quelque chose qui ne se laisse geler, immobiliser, qui ne sait pas s’arrêter. Chaque jour qui passe, il s’approfondit.la deuxième confirmée abondamment par l’histoire, c’est qu’une crise, qu’un drame immobilisé finit par chercher son issue, son exutoire dans n’importe quelle direction.
Et les premières qui se présentent sont souvent celles qui ne les résolvent pas, qui l’aggravent encore ; nous en savons un peu 1984 et 2008.
La situation de notre pays risque de nous exposer à des grands dangers. Lesquels ?
C’est le célèbre roman de Voltaire (Zadig) qui m’a inspiré surtout le chapitre intitulé : « le corridor de la tentation ». Ce titre peut convenir pour caractériser l’état de développement de notre situation surtout si nous mettons tentation au pluriel.
Comme vous vous en souvenez, s’il s’agissait de plusieurs candidats au poste de premier Ministre d’un Roi nommé Nabussan. Serait choisi celui qui traverserait le corridor sans mettre la main sur la plus petite pépite des nombreuses pierres précieuses qui étaient laissées sans surveillance. La situation ne comportait donc qu’une seule tentation.
En Guinée, les tentations que peut générer son état de pays d’abandon et par le pouvoir et l’opposition sont, elles, nombreuses. Voici les plus saillantes :
Premièrement, le maître actuel des lieux, quoique déjà Roi tout puissant dans les textes mais impuissant devant les problèmes à résoudre, peut décider de se faire décerner un mandat perpétuel à vie, (d’où le débat d’un troisième mandat) croyant que cela relèvera la Guinée.
Deuxièmement, le peuple lassé ou désespéré peut souscrire à cette fuite en avant. Consulté, il ne pourra que dire « oui », les élections étant ce quelles sont dans notre pays où il existe le coup KO.
Troisièmement un homme fort peut silencieusement rêver de devenir le Moïse qu’attend la situation. C’est ce qui se passe souvent dans les pays où règnent l’injustice, la misère et le laisser aller.
Quatrièmement, les citoyens peuvent recourir à la résistance passive.
Cinquièmement le pouvoir impuissant peut faire des offres de collaboration à ses adversaires qui n’ont pas su s’organiser pour le bien de la nation. Alors là c’est l’impuissance qui appelle une autre impuissance au secours. C’est ce qui s’est passé par les fameux accords derniers. Ceci se produit plus souvent que nous ne le pensions. Le pouvoir tend la main.
En réalité c’est l’absence de pouvoir qui tend la main à l’absence d’opposition. Et ces tractations, ces réconciliations qui interviennent au terme de sombres négociations ne connaissent ni lune de miel, ni clair midi. « Difficile cohabitation, profondes divergences, impossible unité, impossibilité à gouverner ensemble », tel devient vite le langage de part et d’autre, après « la main tendue » et acceptée inconsidérément tant il est vrai qu’il n’y a de bonnes réconciliations que celles recherchées et établies à la lumière du jour.
Que doivent faire les différents partis politiques du pays ?
Notre pays possède une mosaïque ethnique relativement simple, comparée à celle de la Côte d’Ivoire, dans notre pays la notion d’ethnie est loin d’être rigoureusement définie sur le plan scientifique.
Cette situation vue le chaos nous invite à nous rassembler pour un véritable rassemblement du PEDN de Lansana Kouyaté, de l’UFDG de Cellou Dallein, du PUP de Bangoura Fodé en passant par les partis de Faya, Koly, et tant d’autres dont je n’ai pu nommer.
Mettre en place un programme commun qui offrira la perspective claire et cohérente d’un changement profond, correspondant aux intérêts et aux aspirations des travailleurs, des démocrates, de l’ensemble du peuple guinéen.
Ne pas le faire est suicidaire et nous allons mettre un cadre de concertation ici en France pour la faisabilité d’un tel regroupement afin de donner à notre pays enfin un cadre de juré.
Chers compatriotes, nous voudrions que l’année 2017 soit une année de la réflexion, une année des échanges entre nos différentes régions pour qu’ensemble nous puissions refuser la division dont certains nous y invitent pour assouvir ou perpétuer un état médiocre.
Quelle belle aurore que celle qui montera ce jour-là à l’horizon de notre pays !
Devant la pureté de ses rayons, l’hideuse situation couchée sur lui depuis plus de soixante ans frissonnera de honte.
Dans leur douce clarté, chaque fille et fils du pays sentira que la longue nuit s’en va.
Le chant, non de victoire mais de délivrance, qui montera des quatre coins du pays appellera le peuple à revenir de la dispersion et à s’asseoir en paix en son centre.
Les grands problèmes du pays interdits de lumière reprendront leur place dans les débats des citoyens de tout âge et de toutes les régions.
La liberté, la responsabilité, l’intelligence, jamais la passion, le parti pris encore moins l’aveuglement, présideront à nouveau à la prise des grandes décisions du pays.
De partout, nous entendrons ce cri de joie et de fierté : « Nous revoilà libres, intelligents, frères et soeurs guinéennes guinéens wassa wassa ah hé ! »
Cette magnifique aurore de demain, est ce un rêve ?
Non, we can, nous sommes capables de nous ressaisir, de nous débarrasser de tout ce qui nous a paralysés ou émiettés jusqu’ici ; de mettre en commun nos lumières, nos énergies, notre espérance et de nous engager sur le beau chemin suivi par des peuples hier éplorés et aujourd’hui libérés.
Nous allons mettre un cadre de concertation qui et après rencontrer les directions des partis résolument dans l’opposition pour la mise en place d’un grand rassemblement des fils de Guinée.
Vive la Guinée et vive la République !
Mamadi Dioubaté
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