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Barack Obama a raison : « personne ne devrait être président à vie »
Ousmane Diallo Mardi, 20 Décembre 2016 17:29
Depuis le démarrage du second mandat (le dernier selon la constitution en vigueur) du président Alpha Condé, le débat qui continue d’agiter la Guinée porte sur une hypothétique modification constitutionnelle qui permettrait au président sortant de conserver son fauteuil pour un troisième mandat, ou plus.
La Guinée n’a cependant pas le monopole de ce débat qui déchaine les passions. Dans certains pays, comme le Cameroun dont Paul Biya préside la destinée depuis 1982, c’est un débat fait couler beaucoup d’encre. Dans d’autres pays, comme le Rwanda, Paul Kagamé est parvenu à modifier la constitution pour rester au pouvoir et ce, non sans critiques à travers le pays et bien au-delà … Pire, au Burundi, le coup de force opéré par le président Pierre Nkurunziza pour être rééligible a dégénéré en un tragique bain de sang à la suite de sa réélection.
Au fond, les arguments avancés par les partisans de la présidence à vie tournent autour de la stabilité politique et du décollage économique des États. C’est dans cette perspective qu’ils estiment que l’Afrique aurait davantage besoin d’« hommes forts » que d’« institutions fortes ».
Des leaders asiatiques, comme le Singapourien Lee Kwan Yew, qui ont su développer leurs pays dans un contexte de régime autoritaire, leur servent généralement d’exemple. Comme le rappelle l’essayiste Yann Gwet : « au moment de son indépendance, le PIB/habitants de Singapour était de 400 dollars par an. En 2010, il avoisinait 40 000 dollars par an. Le pays était chaotique. C’est aujourd’hui un havre de paix : les rues sont propres, l’ordre règne, la corruption est anecdotique ».
Ainsi, avec le recul, nous pouvons d’ailleurs imaginer que si l’Afrique avait connu plus de dirigeants bâtisseurs à l’image de Lee Kwan Yew que de responsables politiques irresponsables, les opinions publiques africaines auraient aujourd’hui été moins méfiantes par rapport à leurs gouvernants qui aspirent au pouvoir à vie.
Mais dans tous les cas de figure, c’est plutôt l’alternance démocratique des dirigeants au pouvoir qui devrait primer car, comme nous prévient le professeur Mamoudou Gazibo, « même quand l’homme providentiel est resté incorruptible par miracle, ce qu’il a mis une vie à bâtir peut être vite défait après lui sans une succession institutionnalisée ». Pour s’en convaincre, il suffit, par exemple, de regarder le chaos qui règne en Libye depuis la mort de Mouammar Kadhafi qui était l’homme fort de ce grand pays pétrolier pendant plus de quatre décennies (1969 à 2011).
Et si la vraie question portait plutôt sur l’aptitude ou l’inaptitude des dirigeants africains à , non seulement développer leurs pays respectifs, mais aussi et surtout à savoir quitter le pouvoir dans les délais prescrits par la loi ? Car, convient-il de le faire remarquer, toutes proportions gardées, certains pays comme le Sénégal et le Ghana vont beaucoup mieux aujourd’hui que d’autres tels que le Cameroun et la Guinée. Or, l’une des distinctions majeures entre ces pays est justement le respect de la limite constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels.
Si le niveau de développement économique d’un pays africain dépendait effectivement de la longévité au pouvoir de ses dirigeants, des pays comme le Zimbabwe ne seraient pas aujourd’hui classés parmi les plus pauvres de la planète. Car, convient-il de le rappeler, Robert Mugabe préside la destinée du Zimbabwe depuis 1987.
Somme toute, l’Afrique a de réelles raisons de se méfier des dirigeants qui, une fois au pouvoir, s’arrangent pour y rester indéfiniment, sans pour autant réussir à améliorer les conditions de vie de leurs compatriotes. Derrière la méfiance de l’Afrique face aux présidents à vie se cache donc, en réalité, une soif de bonne gouvernance. Barack Obama a raison : « personne ne devrait être président à vie ».
Ousmane Diallo
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Commentaires
À partir du moment que l'écho d'un troisième mandat fait l'objet du débat nous pouvons ainsi compter sur le soutien massif du Peuple de Guinée.
Le peuple, on s'en fout. S'il y a une constitution c'est pour la respecter.
Le peuple, on a déjà vu sous AST, par le peuple, pour le peuple... on n'en veut plus.








