Ousmane Diallo Mardi, 15 Novembre 2016 15:37
Comme si les fois précédentes étaient insuffisantes, le peuple américain vient encore de prouver au reste du monde qu’il est quasiment capable de tout. Après avoir fait parler de lui en élisant, pour la première fois, un afro-américain à la Maison Blanche, le voilà qui vient de confier la destinée de la première puissance mondiale à un candidat qui se présente comme étant hors système, voire antisystème.
À cette allure, il ne serait guère naïf de parier qu’avant la fin du XXIème siècle, ce même peuple installera enfin une femme, un amérindien, un latino-américain ou un américain d’origine arabe à Washington.
Vu d’ailleurs, ces hypothèses peuvent sembler farfelues, mais n’est-ce pas aussi cela le rêve américain ? La possibilité pour chaque citoyen d’être élu Président des États-Unis, peu importe son expérience politique, la couleur de sa peau ou encore sa religion ?
En effet, dans une élection démocratique, rien n’est écrit à l’avance. Il peut certes y avoir un favori, mais aucun candidat ne devrait être exclu à l’avance.
Le dernier mot ne devrait revenir ni au Président sortant, ni à une puissance étrangère, ni à l’armée, ni aux médias, encore moins aux industries de sondage, mais plutôt au peuple souverain dont le vote doit être scrupuleusement respecté.
Cela dit, de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, nous pouvons tirer plusieurs leçons dont une qui pourrait marquer les électeurs en Afrique et ailleurs dans le monde : si une élection est vraiment transparente, c'est à dire si le peuple souverain a le pouvoir de choisir ses dirigeants, tout devient alors possible.
Le constat de Hamidou Anne et Racine Demba est clair : « Donald Trump a aussi gagné parce qu’on ne lui a pas opposé une candidature crédible, un adversaire au positionnement clair et tranché et à la mesure des défis de l’époque, des colères du peuple et de ses attentes ».
Et Marwane Ben Yahmed d’ajouter que « Trump a gagné parce qu’il a su s’adresser à cette Amérique qui a perdu confiance. En elle-même, en ses dirigeants et politiciens, en ses institutions. […] Cette Amérique qui a aussi le sentiment que les dés sont pipés, que les règles du jeu sont faites par les élites pour les élites ».
Maintenant que le nom du futur locataire de la Maison Blanche est connu, les partisans de Clinton pourraient bien se demander si le candidat Sanders n'était pas le mieux placé pour, non seulement poursuivre le message d’espoir (hope) lancé par Obama, notamment depuis 2008 avec son désormais fameux slogan (Yes we can).
Par ailleurs, si nous étions dans certains pays africains (qui prétendent, eux aussi, tout comme les États-Unis, organiser de sérieuses élections), sans nécessairement avoir des institutions fortes auxquelles les électeurs font confiance, le président sortant (Obama), à l'image de certains présidents africains, aurait peut-être été tenté par l'organisation d'une mascarade en faveur de sa dauphine (Clinton).
C'est justement pour cette raison que la victoire d'un candidat de la trempe de Trump constitue, pour les peuples africains qui aspirent à la démocratie, un rappel de la nécessité d'avoir des institutions fortes.
Pendant ce temps, nombreux sont les dirigeants africains qui n'hésitent pas à organiser des révisions constitutionnelles et mascarades électorales dans l’unique but de se maintenir au pouvoir. Pourtant, comme l’a si bien rappelé Obama devant la tribune de l’Union africaine en Juillet 2015, « si un dirigeant pense être le seul capable d’unir sa nation, alors ce dirigeant n’a pas réussi à réellement bâtir son pays. Nelson Mandela et George Washington ont laissé un héritage durable en quittant leurs fonctions et en transmettant le pouvoir pacifiquement ».
En somme, si pour les Américains, il était hors de question qu’Obama prolonge son bail à la Maison Blanche au-delà de 2016, en revanche, pour plusieurs peuples à travers le continent africain, toute la question est souvent de savoir, sans l’ombre d’un doute, si le Président de leur République serait secrètement tenté par une modification constitutionnelle qui lui permettrait de briguer un énième mandat.
Qu’est-ce qui alors des coups d’États institutionnels ou des coups d’États constitutionnels sont plus dangereux pour la démocratie en Afrique ? Autrement dit, qui des présidents à vie (qui se font éternellement réélire à coups de mascarades électorales et de tripatouillages constitutionnels) ou des putschistes auront davantage fait mal aux Africains ?
Ousmane Diallo
Ottawa, Canada
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