Abdoulaye Bah Mercredi, 02 Novembre 2016 10:00
En Guinée, nos politiques de tout bord clament souvent qu'ils sont adeptes du dialogue. Mais si, par bonheur, ils sont conviés autour de la table pour aplanir leurs divergences c'est le moment que certains parmi eux choisissent pour s'offrir en spectacle.
Preuve par dix qu'ils ne sont pas tous adeptes du dialogue comme ils le disent du bout des lèvres, il suffit d'écouter le piètre débat qu'ils nous servent depuis la signature du récent accord politique. Un débat de caniveaux, qui ne fait pas bouger les lignes. De ce point de vue, l'on s'aperçoit qu'ils excellent plutôt dans les violences verbales. Cela est d'autant vrai que le président Alpha Condé est mieux placé pour confirmer ce que nous écrivons. Comme dans la fable de Jean de la Fontaine « la cigale et la fourmi », l'opposition ayant passé, durant tout le premier mandat, à vilipender le pouvoir, le traitant « d'incapable », de « dictatorial », « d'incompétent » et « d'assassin », a perdu son latin, depuis que le chef a pris langue avec tout le monde ou presque.
Conséquence, notre opposition, incapable de survivre dans un contexte de détente politique, se lance aujourd'hui dans un débat personnalisé, qui occulte l'essentiel : « l'opposition se résume à l'UFDG », « l'UFR est morte de sa belle mort », « Faya est l'empêcheur de tourner en rond », « Lansana Kouyaté est enterré ». Bref, ce sont là les propos de nos politiques, eux qui furent hauts commis de l'État et qui aspirent à nous gouverner. Pourtant, ce débat aurait été intéressant si, par exemple, la guéguerre entre l'UFDG et l'UFR, toutes deux d'obédience libérale, était axée sur des orientations économiques. Ce serait la belle façon de contribuer à la relance de l'économie post-ébola. Mais comme on le constate, ce « débat d'idées » est le cadet des soucis de l'opposition.
Il suffit de prendre 2 exemples pour démontrer le vrai visage de nos politiques. Quand le chef des chefs a voulu se réconcilier avec un de ses détracteurs, il aurait pris des conseils auprès de son entourage. « Je voudrais lui donner de l'argent mais je crains qu'il ne rejette mon offre », aurait-il confié. « Donne-lui 10 mille dollars, s'il prend, c'est qu'il est dans le besoin », aurait répondu le conseiller. C'est exactement ce qu'aurait fait le chef. Et « l'exilé » aurait pris l'argent des 2 mains. Depuis, celui-ci a mis de l'eau dans son vin et oriente ses foudres vers les anciens pairs de l'opposition (suivez notre regard, mais que personne ne nous dise qu'il s'agit d'un ancien vice-président gracié).
L'autre exemple, c'est la rivalité entre Cellou Dalein Diallo (UFDG) et Sidya Touré (UFR), deux anciens premiers ministres, tous d'obédience libérale, qui se sont mariés au scrutin présidentiel de 2010 et aux législatives de 2013 avant de signer le divorce en 2015. Sans oublier que le premier fût ministre dans le gouvernement du second. Aujourd'hui, l'un est chef de l'opposition et l'autre, haut représentant du chef de l'État.
Question : comment 2 leaders, ayant autant de proximité, ont-ils pu passer de l'amour à la haine ? Comment Sidya Touré, qui se dit transversal, peut-il taxer son ex concubin de « communautariste », après avoir consommé 2 mariages ensemble ? C'est comme le père qui aurait fait un enfant hors-mariage, et qui crierait haro à l'adultère.
Pour peu que l'UFR soit conséquente, elle devait, au moins, refuser de s'allier à n'importe quel candidat, fut-il l'UFDG, vu la tournure ethnique observée en 2010 à l'image de Boubacar Barry « Big Up », qui a préféré la neutralité. Mais à l'époque, l'UFR n'avait pas parlé de « communautarisme », mais de convergence des projets de société. Alors, en descendant aussi bas pour animer des débats pareils, Sidya Touré montre qu'il a du mal à pardonner l'UFDG d'avoir refusé de soutenir son idée de candidature unique de l'opposition. Une idée « lumineuse », qu'il avait personnellement refusée en 2003, quand il s'était agi de trouver la stratégie efficace pour « déloger » Conté.
A la proposition de feu professeur Alpha Ibrahima Sow de soutenir le choix d'El Hadj Boubacar Biro Diallo comme candidat unique de l'opposition pour détrôner Conté, candidat pour un troisième mandat, personne n'avait accepté de désister. Ni Alpha Condé, ni Sidya Touré. Que celui-ci réchauffe cette vieille idée 13 ans plus tard, voilà une pilule dure à avaler.
Quant à l'UFDG, ses dirigeants se trompent de cible et d'adversaire en s'attaquant à l'UFR. En dépit du changement de la donne politique, l'adversaire principal de l'UFDG reste bel et bien Alpha Condé mais non forcément l'UFR. Parce que, disons-le net, Alpha Condé n'a pas dit son dernier mot. Et c'est quand il est d'accord avec tout le monde qu'il est plus redoutable. Spécialiste des manœuvres, il a tous les plans de A à Z et un plan B secours, confient ceux qui le pratiquent. Minimiser ce détail, c'est, assurément, prendre les vessies pour des lanternes. Parce que tôt ou tard, c'est l'UFDG qui cherchera le soutien de l'UFR pour tenter de battre Alpha ou l'inverse. Nous le disons parce qu'en adoptant la posture, qu'il garde aujourd'hui vis-à-vis d'un ex, même s'ils sont en brouille, et quelle qu'en soit la raison, l'UFDG découragerait tout futur allié. Cela est si évident qu'après l'échec de 2010, le duo UFDG-UFR a triomphé en 2013. Pour une fois, l'opposition a remporté les 5 communes de Conakry.
En partant de ce bel exemple, l'UFDG et l'UFR doivent savoir que personne d'entre eux ne sortira vainqueur dans ce débat puéril. Dans la plupart de nos démocraties, l'alternance politique n'a été obtenue qu'au prix de l'unité d'action des forces vives de la nation. Sans cette unité, Alpha restera autant qu'il qu'il voudra au palais présidentiel.
N'en déplaise aux extrémistes !
Que Dieu sauve la Guinée et les Guinéens !
Abdoulaye Bah
in Guineenews
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