Aliou Bah du Bloc libéral : « le régime présidentialiste fort a prouvé ses limites »

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Aliou Bah chargé de la communication du Bloc libéral n'est pas tendre avec la gouvernance actuelle, même s'il privilégie les vertus du dialogue entre le pouvoir et l'opposition. Son passage sur les Grandes Gueules de radio espace que notre reporter a capté, en dit long sur les intentions de son parti, qui rêve d'un autre modèle, pour sortir la Guinée de l'ornière. Lisez…


De la présidentielle au Gabon

« C'est évident, d'ailleurs c'est une comparaison très intelligente, on a vu ce qui s'est passé à Mandiana, je crois que ça dépasse l'entendement. Comment se fait-il que tout le monde vote correctement le même jour ? Que tout le monde soit présent ? Personne n'était malade. Personne n'était allé à une autre activité ; on a eu 100% d'inscrits, 99% de votants, et votant correctement, avec zéro bulletin nul, et tout le monde a voté en faveur du parti au pouvoir. Je crois que tout ça a un goût amer d'une fraude. Je crois que Mandiana comme vous l'avez dit peut ressembler au haut Ogoué, en attendant l'histoire retiendra que là-bas, il n'y a eu quasiment pas d'élection ».


De la conjoncture économique

« À ce stade la première remarque qu'il faut faire c'est que la confiance a disparu et quand on parle d'économie, tout est basé autour de ce paramètre psychologique qui est la conscience, que ce soit avec les acteurs locaux et le partenariat entre l'État et les acteurs de l'économie au niveau local, que ce soit le partenariat entre l'État et les acteurs qui nous accompagnent dans le processus de développement, notamment les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Maintenant, il faut faire une rétrospective pour comprendre pourquoi on en est là ? Je crois que 2010 a consacré la première élection qui a connu l'arrivée d'un opposant au pouvoir en Guinée. Je crois que politiquement c'était une opportunité parce que la Guinée était un pays qui avait le potentiel en matière d'accompagnement dans le cadre de son développement. Je crois que beaucoup de personnes se sont affirmés pour dire qu'il faut accompagner la démocratie pour laquelle les Guinéens ont payé tant de sacrifices et à travers une gouvernance que Alpha Condé aurait mise en place, une gouvernance de qualité et une vision en matière de développement qui pouvait intégrer tous les paramètres importants de la vie nationale. Je crois que les premiers pas ont démontré un peu les limites de l'homme en termes de vision et l'amateurisme avec laquelle on gouverne notre pays, ce qui a rendu les uns et les autres sceptiques dans ce cadre de cet accompagnement. Vous avez vu entre autres la réforme qui a été annoncée dans le cadre du secteur minier, la question de réforme des services de sécurité et de la défense, l'administration également, le secteur privé lui-même qui est en réalité le secteur créateur de richesse et aussi créateur d'emploi donc qui va booster la croissance. Ces secteurs se trouvent dans les difficultés dans le cadre de son partenariat avec l'État parce que le système bancaire guinéen n'a pas été fondamentalement reformé pour être un système bancaire qui finance l'économie à travers un système de crédit à la consommation et le système de crédit à l'investissement. Les investissements étrangers ont traîné et finalement la Guinée s'est contentée de quelques miettes, qu'on lui jette, c'est-à-dire les accompagnements de survie pour continuer de mettre l'économie sous perfusion. Oui des solutions ! Vous savez la vision du parti dans lequel je milite, c'est-à-dire le Bloc Libéral (BL), c'est de s'attaquer aux fondamentaux. Nous, nous pensons que la Guinée d'aujourd'hui, si on fait une rétrospective, on se rend compte que depuis 58 ans, c'est un pays qui n'a pas pris la bonne allure. Alors il faut se contenter de clamer haut et fort qu'on veut simplement l'alternance et se limiter là. Donc l'alternance par les hommes, on en eu mais est-ce que les visions et les modèles politiques se sont alternés. Je dirais non ! Parce que si vous voyez un peu le premier régime, c'était 26 ans de monopartisme, de système de pensée unique, tout se résumait à un homme qui s'est confondu à l'État. Après sa mort tout le système s'est écroulé comme un château de cartes. Lansana Conté et tout le système, on a expérimenté…


Le quel type de modèle la Guinée a besoin qui corresponde à ses spécificités aujourd'hui et aux aspirations de sa jeunesse ?

La solution dont je parle, c'est-à-dire quand on parle du modèle, pour nous il faut essayer, réinventer dans lesquels on a des institutions solides. La fixation sur un homme croire qu’il peut être le messie, c'est-à-dire le sauveur de la Guinée ou tous les problèmes de la Guinée se résument à une question de personne et que sa disparation serait synonyme de salut pour la Guinée, c'est faire déjà une erreur d'appréciation. Alors à partir du moment où on met un système sur place qui sera doté d'institutions fortes, parce que nous sommes dans un système de centralisme fort, vous avez vu que tout se résume autour du président. Il est partout et quels que soient les qualités d'un homme, s'il ne sait pas déléguer les pouvoirs, s'il ne sait pas responsabiliser, c'est évident qu'il va échouer ».


Du modèle politique adéquat

« Il faut savoir ouvrir le débat sans avoir la prétention de dire que nous avons la solution. Le problème qu'on a eu à évoquer à l'occasion de ces dernières élections, nous, nous avons proposé déjà la suppression du modèle dans lequel on, avec la suppression du Premier ministre, le poste, parce qu'il est constitutionnalisé en Guinée. Mais il ne représente absolument rien. On a vu combien de fois les Premiers ministres sont phagocytés par le président de la République. Nous, nous avons choisi un modèle dans lequel on a un ticket, c'est-à-dire à l'occasion d'une élection, on a un président, un vice-président qui est son colistier. On n'a des pouvoirs renforcés pour l'Assemblée nationale, qui aura un pouvoir de contrôle dans les nominations avec des commissions qui vont examiner effectivement les propositions de nomination en matière de probité morale, en matière de qualité, en matière d'expériences que certains choix du président de la République soient soumis à une approbation d'une commission spécialisée de l'assemblée nationale et aussi le développement à la base, parce que nous voulons une décentralisation forte.

Le régime présidentialiste fort nous a prouvé ses limites, on est dans l'impasse, alors est-ce qu'il faut continuer à pérenniser la même pratique qui nous a produit des échecs pendant plus de 50 ans. Je crois que ce serait une bêtise. Il faudrait plutôt réfléchir à un autre modèle qui donne plus de pouvoir à nos institutions : parce que si toutefois tout est centralisé autour d'un homme comme vous le constatez comme moi, ça veut dire que les problèmes de la Guinée ne seront pas réglés. Nous contestons le régime présidentiel actuel qui a montré ses limites. Nous proposons un modèle alternatif qui va plutôt tenir compte du choix et aussi les avis du peuple, parce que l'assemblée nationale, c'est la représentation populaire et que celle-ci à travers même sa composition, parce que si vous voyez notre assemblée nationale au regard des textes, les deux tiers des députés de l'assemblée nationale sont élus sur la base d'une liste nationale. Seulement le tiers vient des candidats uninominaux. A ce niveau, il y a un problème de légitimité parce qu'il faut inverser cette tendance-là. Finalement on retrouve à l'assemblée nationale des personnes que le peuple lui-même ne connaît pas. Donc ils doivent leur place sur la liste au desiderata et aux humeurs des leaders politiques. Ce qui du coup renforce le pouvoir du leader politique qui a impacté sur la liste ou font des partis politiques, une propriété privée. Donc si déjà le mode du scrutin lui-même ou la façon de présenter les listes au niveau des législatives, pour avoir une assemblée nationale plus représentative dont les représentants sont plus légitimes parce qu'ils doivent beaucoup plus directement leur présence à l'assemblée nationale au peuple qu'à une personne, ça c'est quelque chose qui va changer fondamentalement la donne, parce que les candidats uninominaux en temps de légitimité sont plus légitimes parce qu'ils sont élus directement que les candidats nationaux. C'est aussi un des paramètres importants en matière de réforme que nous avons voulu. Tout ceci nous amène à renforcer le fonctionnement de nos institutions parce qu'il s'agit pas simplement d'identifier un bâtiment, de le composer, bien entendu sans qu'il n'y ait un contenu mais en attendant ouvrons le débat, c'est ce qui peut nous mener à des réflexions et bien entendu les solutions vont converger ».


Quelles solutions de sortie de crise…

« Je commence par la deuxième question. J'ai écouté le Premier ministre quand il est passé chez vous (Grandes Gueules). Je l'ai écouté aussi quand il était à l'Assemblée nationale, rien qu'avec son discours je me suis rendu compte que ce monsieur ne pourra absolument rien. Pourquoi ? Parce qu'il a choisi d'occulter toute la réalité. Dans tout son discours, nulle part il n'a mentionné la crise multidimensionnelle. C'est comme si tout fonctionnait bien. Alors il s'est retrouvé dans un schéma ou tout va bien et alors, il a du mal à engager les réformes. Déjà, il a un problème de leadership sérieux. Donc c'est quelqu'un qui a du mal à s'affirmer au grand public qu'il a nommé, étant donné que le Premier ministre a des responsabilités constitutionnelles qui sont claires. Même en ce qui concerne l'animation du dialogue politique et sociale, il n'est pas à la hauteur ».


Du Premier ministre Mamady Youla

« À sa place qu'est-ce que j'aurai fait ? Je me serais affranchi déjà de la tutelle du président de la République, parce que je ne fonctionnerais pas au desiderata d'un parti, parce que j'ai le pouvoir de la nomination, j'ai les responsabilités constitutionnelles. J'aurais ramené la confiance en disant la vérité au peuple de Guinée. J'ai trouvé une situation voilà la vérité, voici les diagnostics, ensemble on peut engager les réformes. Mais tant que la confiance n'est pas rétablie, tant qu'on choisit de nier l'évidence, c'est évident qu'on ne prendra pas le problème par le bon bout. Maintenant les nominations ce sont des critères de compétence qui doivent être prise en compte au lieu que les nominations ne soient parachutées selon les critères de militantisme parce qu'à ce stade, c'est ce qu'on constate, plus on est militant plus on insulte l'opposition. Ce n'est pas qu'il est militant mais est ce qu'il contrôle la composition de son propre gouvernement ?

À sa place moi, les partenaires les collaborateurs avec lesquels j'aurais travaillé en tant que Premier ministre de la Guinée, je les choisirai en fonction de leur compétence, en fonction de leur capacité et accompagner la vision pour laquelle j'ai été nommé Premier ministre. Je crois que rien qu'en ayant ce leadership, en s'affranchissant de la tutelle du parti au pouvoir et du président de la République lui-même, qui vous impose un agenda qui ne soit pas lié à votre chance à faire de résultat, je crois qu'on aurait gagné plus… je crois que le plus simple c'est de dire au peuple de Guinée, j'ai été nommé, je n'ai pas eu la marge de manœuvre, donc je m'en vais au lieu d'être là et cautionner l'immobilisme comme le prédécesseur l'a fait. Et lui aussi, il s'est voué carrément parce qu'il est même incapable de mobiliser les acteurs politiques pour discuter avec eux. Je crois que Mamadi Youla s'est mis dans une petite prison dans laquelle il ne s'en sortira pas ».


De la rencontre Alpha-Cellou

« Vous savez, on a examiné ensemble l'invitation qui a été faite au chef de file de l'opposition, qui devait aller porter les revendications de l'opposition républicaine. Elles sont connues, malheureusement Alpha Condé n'écoute ni la radio, ne va pas sur l'internet, c'est justement pour lui rappeler. Il a choisi d'être sourd et aveugle au regard du monde moderne, c'est une évidence. Cellou Dalein ira lui rappeler tout ce qui est connu du peuple de Guinée et du monde entier. Ce pays est en crise, et la crise devient chronique, elle est profonde, c'est inquiétant et en retour nous avons demandé au chef de file de l'opposition d'écouter le président de la République.

Si je prends l'expérience du passé, nous savons pertinemment qu'il est plus préoccupé par la logique de la politique politicienne et apparemment, il s'en sort mieux dans les crises, parce que dans la crise, il arrive à tout justifier. C'est l'opposition qui empêche les investisseurs, c'est l'opposition… La Guinée d'aujourd'hui n'a pas besoin de ce type de rhétorique. Aujourd'hui on n'a pas besoin d'un président qui se lamente. On a besoin d'un président qui agit.

Nous ne refusons pas la main tendue parce que nous avons sollicité ce dialogue depuis le début de ce processus-là. Il y a une invitation qui est là, ça ne nous coûte rien d'aller écouter celui qui nous a invités. Je crois que le président doit se mettre dans une méditation très profonde et se rendre compte que ses pires adversaires sont ses propres collaborateurs. C'est la première fois que je vois un parti qui gouverne, qui est plus va-t'en guerre que son opposition. Alors que quand on gouverne, on a plus intérêt à apaiser, à rassembler…».


Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+3 #3 A.O.T. Diallo 14-09-2016 17:39

Citation en provenance du commentaire précédent de Abraham Bantignel:
Il aurait été même ridicule pour un prétendant au poste de PRG comme CDD de faire une telle demande sachant que l'Exécutif ne doit pas se mêler des affaires de justice. L'Ufdg devrait plutôt introduire au niveau du parlement une demande d'amnistie ou au pire une demande de grâce, plutôt! -Bien que l'affaire ne soit pas encore jugée-. Il ne faut pas encourager l'Exécutif a intervenir dans les affaires de justice! Nous ne pouvons pas vouloir une chose et son contraire.

Prophète, cite-moi un seul cas de prisonniers politiques qui ne sont pas libérés par un politique au pouvoir.
- Personne n'a parlé de prisonniers de droit commun.
- Le ridicule aurait plutôt été que le parlement (pourquoi lui alors qu'il doit être encore un autre pouvoir indépendant ?) fasse une loi pour les libérer...
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+1 #2 Abraham Bantignel 14-09-2016 01:38

Il n'y a pas que notre système politique, hélas! Nous aussi, nous avons montré nos limites et contradictions lorsque j'ai lu que certains (probablement juste pour contrer l'action de CDD)voulaient que CDD demande a AC de libérer les prisonniers politiques du L'Ufdg (sic). Quelle que soit la responsabilité illégale d'AC ayant conduit ces personnes en prison, il faut se battre pour la séparation des pouvoirs! Il aurait été même ridicule pour un prétendant au poste de PRG comme CDD de faire une telle demande sachant que l'Exécutif ne doit pas se mêler des affaires de justice. L'Ufdg devrait plutôt introduire au niveau du parlement une demande d'amnistie ou au pire une demande de grâce, plutôt! -Bien que l'affaire ne soit pas encore jugée-. Il ne faut pas encourager l'Exécutif a intervenir dans les affaires de justice! Nous ne pouvons pas vouloir une chose et son contraire!
Cela dit, autre anomalie qui ne choque personne apparemment : Peut-on transformer le palais présidentiel en lieu de prière lors de fêtes musulmanes dans pays laïc même a presque 90% musulman? Ce haut lieu est censé être une place neutre.
Pour moi, je pense que ce sont les limites des citoyens et personnes politiques qui ont donné naissance aux limites du système politique. Changeons nous-mêmes d'abord individuellement et encourageons les autres aussi a revoir leurs attitudes et comportements de ne faire de la politique pour soutenir une personne mais plutôt pour une cause et un idéal politique.
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+3 #1 lodia 13-09-2016 12:35

Tres pertinente analyse, le probleme c'est comment ceux d'en face voient les choses. Depuis le début, ils excellent dans les combines politiciennes, la délation, le mensonge, la falsification et les triches en tout genre. Peut on changer un homme de plus de 50ans? That is the question? En tout cas que l'opposition soit sur ses gardes, si cela est sincere, c'est tant mieux, si c'est encore du machiavelisme politique, que l'opposition mobilise les guinéens, ce sont eux qui ont la légitimité. Le regime d'AC et son clan sont illégitiumes à l'instar de Bongo et son clan du PDG. Reflechir, y aller avec tact, intelligence et fermeté. Ceux d'en face n'ont plus rien sauf cette force aveugle qui tue et devant laquelle, il va falloir faire face un jour comme au Burkina. Un clan retrograde, nul et imbecile ne doit point nous empêcher de prendre le train de l'histoire. De toutes facons, nous assumerons nos destins. Ce sont des dirigeants honnis illegitimes qui accaparent le pouvoir. Que Cellou, Faya et toute l'opposition sachent qu'à la prochaine secousse, ils détaleront comme des lapins, comme l'a fait le beau Blaise et son clan qui était beaucoup plus intelligent, endurant et efficace qu'AC et ses mentors du RPG. N'oubliez jamais vos responsabilites, Vraie Opposition./
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