Alpha Saliou Wann Vendredi, 26 Août 2016 09:12
Je crois qu'il faut que la Cour Constitutionnelle nous donne une interprétation des articles 159 et 160 de la Constitution.
Selon mon humble avis, si ces deux articles étaient scrupuleusement appliqués, toutes les élections législatives et locales ainsi que l'installation de toutes les institutions républicaines prévues par la Constitution seraient effectives au plus tard à la fin du premier trimestre de 2011. Contrairement à l'idée reçue partagée par beaucoup de nos compatriotes y compris des hommes politiques, que les élections législatives doivent se tenir 6 mois après les présidentielles, l'article 159 est clair et précis, car il dispose : Il sera procédé aux élections législatives à l'issue d'une période transitoire qui n'excèdera pas six mois à compter de l'adoption de la présente Constitution.
Or, cette Constitution a été adoptée par le CNT le 19 Avril 2010, ce qui veut dire selon son esprit et sa lettre que les élections législatives devraient se tenir obligatoirement au plutard le 19 Octobre 2010. Il a fallu attendre trois ans, avec son cortège de morts et blessés, pour que les élections législatives se tiennent. Alpha Condé a terminé son premier mandat et est sur le point de finir la première année du second, sans qu'il ne daigne organiser les élections locales. Depuis 2011, il a rencontré à plusieurs reprises collectivement les partis politiques de la mouvance et de l'opposition, puis individuellement certains leaders de l'opposition . En 2015, il a encore eu un tête à tête très médiatisé avec Cellou Dalein Diallo pour discuter de la crise qui secoue le pays et des élections. Toutes ces rencontres n'ont servi à rien, parce qu'Alpha Condé est resté ferme sur sa position de ne pas respecter nos lois.
Sous la pression conjuguée de la rue et des multinationales minières, il a fini par accepter les accords du 3 Juillet 2013 parrainés par l'ONU et les ambassadeurs des États-Unis, de la France et du délégué de l'Union Européenne pour organiser les élections. Il ne va pas les respecter. En Juin 2014, sous la présidence du ministre de la justice, les acteurs politiques se mettront d'accord sur les conclusions de leur dialogue, Alpha Condé les rejetera. En 2015, un ultime dialogue aura encore lieu sur le parrainage de la communauté internationale sanctionné par les accords du 20 Août 2015 pour conduire à l'élection présidentielle. Il ne les respectera pas. Depuis donc six ans Alpha Condé n'a jamais respecté ses engagements, il faut en tirer définitivement les conséquences qui s'imposent et ne pas être aussi naïf de croire qu'il changera. Personnellement, je crois qu'une énième rencontre avec lui ne présente aucune utilité pour notre pays sauf encourager l'impunité. Je rejette en toute responsabilité cette invitation qui ne lui servira qu'à gagner du temps et à donner des gages à ses soutiens internationaux qui le pressent à faire cette opération de com politique. Alpha Condé ne reculera pas, même d'un iota sur sa position de bloquer le fonctionnement régulier de nos institutions et l'organisation des élections. Je crois qu'il faut lui opposer sa propre jurisprudence lorsqu'il était l'opposant du général Lansana Conté. En effet, il a été le seul opposant qui ait systématiquement refusé de s'asseoir à la même table pour discuter avec le général Lansana Conté. Il disait à l'époque que ça ne servait à rien de rencontrer ce dernier, car il ne changera jamais. Eh bien, cette raison qu'il invoquait est valable pour lui aujourd'hui. Ça ne sert à rien de le rencontrer.
Nous sommes dans une grave crise politique qui a des répercussions économiques et sociales destructrices sur notre pays. Il faut nécessessairement la démocratie et l'Etat de droit pour soigner le mal. Cela passe par le respect strict de la Constitution et de nos lois. Il incombe à Alpha Condé de les respecter et de les faire respecter. On n'a pas besoin de rencontres plutôt médiatiques pour faire appliquer la Constitution. La loi sur la CENI et le code électoral doivent être respectés. Si nous voulons la paix et la stabilité politique dans notre pays, il faut garantir la transparence de l'ensemble du processus électoral. Pour ce faire l'agence onusienne le PNUD peut jouer un rôle crucial en organisant directement un nouveau recensement électoral plus fiable pour rassurer tous les acteurs. Nous avons en perspective les législatives de 2017 et la présidentielle de 2020. Or, Alpha Condé tergiverse et a des velléités de se présenter encore en 2020. Il faut donc un nouveau fichier électoral produit par le PNUD cette fois-ci et que l'ONU envisage la certification des résultats. L'ONUCI termine son mandat en Côte d'Ivoire en 2017, pourquoi ne pas pour des raisons préventives d'une crise, transférer ce programme en Guinée, une ONUGUI qui se chargera de la sécurisation des élections en 2020 ? Il faut tirer les leçons de 2015 où les délégués de l'opposition ont été chassés et même emprisonnés en Haute Guinée.
Ce qui est certain, il ne faut pas céder aux desiderata d'Alpha Condé qui doit au préalable prouver au peuple de Guinée qu'il est de bonne foi en respectant simplement nos lois notamment comme actualité oblige, toutes celles qui concernent les élections . Il est de son devoir de faire face aux souffrances du peuple et de mettre fin à la propagande qui ne sert qu'à cacher la faillite de notre État. Mais franchement, je n'attends rien de bon de lui.
Alpha Saliou Wann
Président de l'Alliance des Forces Démocratiques
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