Lamine Camara Lundi, 15 Août 2016 08:35
L’offense à chef de l’Etat, ou au président de la république est considérée par les démocrates et les fondateurs des conventions internationales de la liberté expression comme une survivance du crime de lèse-majesté.
Le concept de crime de lèse-majesté prend sa source dans le moyen-âge ou l’empereur ou le roi était divin. Le célèbre condamné de ce délit serait Jésus-Christ pour son titre de « roi des Juifs ». Ponce Pilate, consul (gouverneur romain) le condamna sous ce chef d'inculpation de lèse-majesté portant atteinte à la majesté de l'empereur romain.
Le prophète Mohamed (PSA) fut inculpé aussi de lèse-majesté pour avoir affirme qu’il n’existe qu’un seul dieu et qu’il est son messager. Il a du fuir de la Mecque pour Médine.
Au Maroc, les condamnations pour « atteinte aux sacralités », le crime de lèse-majesté version marocaine sont courantes. Le simple fait de caricaturer le roi implique au moins un an emprisonnement.
En France, le délit d'offense au chef de l'Etat a été abrogé en Mai 2013. Un cas jurisprudence qui devra avoir un caractère universel. Ce délit, tombé en désuétude depuis le général de Gaulle, était sorti de l'oubli en 2008. Hervé Éon, un militant du Parti de gauche, avait brandi une pancarte avec inscrit « casse-toi pov'con » lors d'un déplacement de Nikola Sarkozy à Laval (Mayenne). Il avait alors été poursuivi pour offense. Le parquet avait requis 1000 euros d'amende, mais le tribunal avait statué pour une peine symbolique d'amende de 30 euros avec sursis. Une décision confirmée en appel.
En réaction, le sénateur d'alors Jean-Luc Mélenchon qui soutenait le militant, avait déposé, sans succès, une proposition de loi visant à abroger ce délit, le considérant comme la « transposition dans le droit républicain du crime de lèse-majesté d'Ancien Régime ».
La Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) a depuis jugé que cette condamnation violait la liberté d’expression. Les juges avaient trouvé « disproportionné » le recours à une sanction pénale, qui risquait, selon elle, d'avoir « un effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des questions d'intérêt général ».
Ousmane Gaoual Diallo n’est ni Jésus Christ ni le prophète Mohamed (PSA), il est tout simplement un citoyen guinéen qui croit profondément a la liberté d’expression ancrée dans la constitution de notre pays qui stipule que nul ne peut être condamné à la prison même avec sursis pour ses opinions.
Courons-nous, citoyens guinéens, le risque d’être embastillés pour avoir dit qu’Alpha Condé est incapable ? Risquons-nous la prison pour avoir dit que le président de la république est un dictateur ?
Quand Alpha Condé affirme, pour justifier les actes disportionnés des forces de sécurité par des tirs à balles réelles causent la mort de dizaines de manifestants, « l’opposition envoie ses militants à la mort ». N’avons-nous le droit de le traiter de criminel ambulant en tant que chef de ces forces de sécurité ?
Lorsqu’Alpha Condé dit que les Malinkés ne portent pas pantalon (veut dire aussi bilakoro en malinké), une insulte gravissime ! Et encore « les cadres malinkés sont les plus malhonnêtes du pays », une autre insulte ! Avons-nous le droit de la traiter de menteur ? Quand il dit que les opposants sont des nains politiques, avons-nous le droit de le dire simplement « casse toi pov’ con » ?
La condamnation de l’honorable Ousmane Gaoual Diallo pour offense au président de la république ou pour crime de lèse-majesté doit ouvrir un débat républicain entre les intellectuels, les politiques, les parlementaires et la société civile. La Guinée doit entrer dans la démocratie, pas dans celle des « Républiques Démocratiques ».
Alpha Condé n’a pas de légitimité divine, s’il mérite évidemment le respect des citoyens, une telle disposition dérogatoire au droit commun, à la liberté d’expression n’apparait plus justifiée dans une démocratie. Elle en effet parfaitement contre-productive dans la mesure où l’utilisation de la répression pénale (deux ans de prison avec sursis) est loin d’être le moyen le plus adéquat pour gagner le respect des citoyens.
Ousmane lance le débat. Merci mon héros.
Lamine Camara, Frankfurt (Allemagne)
![]()