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Chérif Abdallah : « les commerçants seront dédommagés de gré ou de force »

Alpha Amadou Diallo  Jeudi, 28 Juillet 2016 10:22

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Mohamed Chérif Abdallah, président du Groupe Organisé des Hommes d'Affaires (GOHA) est une grande gueule qui ne mâche pas ses mots. Il vient de le prouver dans cette interview qu'il a accordée à votre semainier. Interview dans laquelle il jure ses grands dieux que les opérateurs économiques, victimes de pillages seront dédommages, de gré ou de force. Notre interlocuteur accuse également le gouvernement d'avoir tué le commerce en Guinée, à travers des taxes douanières, qui ont rendu la Guinée infréquentable.


L'Indépendant : bonjour M. Chérif Abdallah. C'est quoi le GOHA ?

Chérif Abdallah : le GOHA est une organisation de promotion et de protection de droit des opérateurs économiques en Guinée et à l'extérieur de la Guinée. Le GOHA a été créé le 13 Septembre 2003 à l'intérieur du marché de Madina. Dieu merci, aujourd'hui nous avons pu installer des bureaux partout dans le pays, des sections et des sous sections. Nous avons pu aussi installer l'organisation à travers tout le continent.


Aujourd'hui comment se porte le GOHA ?

Dieu merci, le GOHA se porte à merveille.


Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Au niveau de la Guinée, nous rencontrons beaucoup de difficultés. Vu l'insécurité, la situation des impôts et tout ce qui s'en suit, ça fatigue trop les opérateurs économiques. Et l'arrivée de l'épidémie ébola a nettement freiné les activités des opérateurs économiques. C'est pourquoi notre organisation a contribué sérieusement pour éradiquer cette maladie. C'est le GOHA qui a mis les kits sanitaires avec des équipements avec son partenaire l'UNICEF dans toutes les frontières du pays. Donc cette maladie nous a empêché de voyager, nous a empêché de faire beaucoup de choses. Il y a une seule ambassade qui a donné une faveur aux opérateurs économiques, c'est l'ambassade des États-Unis. Pendant la période la plus difficile, on donnait des visas aux opérateurs économiques membres du GOHA, hommes et femmes pour aller à Las Vegas, à Atlanta dans le cadre des foires, des formations. Toutes les recommandations du GOHA ont été à 100% acceptées par l'ambassade des États-Unis, malgré l'épidémie Ebola. Nous profitons de votre micro pour encore une fois les féliciter.


Où en est-on avec le dédommagement des commerçants victimes de pillages pendant les manifestations politiques ?

Ceux qui ont promis n'ont absolument rien fait. Nous ne sommes même pas informés de ce qui se passe. C'est ce qui est en train de nous fatiguer dans ce pays. Parce que si on promet, on ne réalise pas, c'est extrêmement grave. Donc de toute façon, moi je sais que d'un moment à l'autre les opérateurs économiques seront dédommagés. Mais c'est dommage en Guinée qu'à chaque mouvement on attaque les opérateurs économiques et leurs biens. En Guinée on ne respecte pas les opérateurs économiques. On n'a pas cette notion de respect. Parce que inconsciemment dès qu'il y a manifestation, que ça soit politique ou autres, on se lève pour s'attaquer aux biens des opérateurs économiques. On ne sait pas que l'industrie mondiale c'est toute une chaîne. Quand vous touchez un opérateur économique, qu'il soit dans un magasin, un super marché, une boutique, qu'il soit un tablier ou un étalagiste, vous êtes en train de freiner la chaîne de distribution. En Guinée tout ce que nous vendons est produit en Chine, en France, aux États-Unis, en Iran ou dans d'autres pays. Donc quand vous touchez un ici vous êtes en train de toucher les investisseurs à travers le monde. Je vous dis et je réitère que les commerçants seront dédommagés de gré ou de force. Ça c'est clair et net. Je dis bien de gré ou de force. Parce qu'on a la capacité d'agir à notre manière.


Est-ce qu'on peut savoir à combien s'élève le montant des pertes, subies par les commerçants ?

Nous, aujourd'hui très malheureusement, nous avons recensé 1 568 opérateurs économiques victimes de pillage, avec plus de 219 milliards de francs guinéens de perte. Mais sans compter les victimes de Mali Yemberein. Je pense que si on entend des montants qu'on a donnés par ci et par là, et que les autres dénoncent dans les rapports, on trouve que ce n'est pas trop compliqué pour l'État de dédommager les opérateurs. Parce que les chiffres qu'on entend là, et ça trouve que c'est notre propre contribution, je pense que c'est un petit recours pour les opérateurs économiques. Donc l'État peut faire face au dédommagement des victimes.


Quelles sont les démarches entreprises par votre organisation pour le dédommagement des victimes ?

Nous, à chaque évènement ici, chaque rapport produit, nous l'envoyons à la présidence de la République, la Primature, le ministère de l'Intérieur et de la décentralisation, le ministère du Commerce et de l'industrie, le ministère de l'Économie et des finances. Bref le gouvernement reçoit le rapport. Ensuite la Cour suprême, le conseil économique et social, l'Assemblée Nationale et maintenant la Cour constitutionnelle reçoivent le rapport aussi. Du côté des institutions internationales, nous leur faisons parvenir les rapports. Nous avons le système des Nations Unies, l'Union Européenne, la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, la CEDEAO et l'Union Africaine. Et la presse dans son ensemble reçoit le rapport aussi. Malgré tout, personne n'a levé le petit doigt pour dire quoi que ça soit. Dans les accords de 2013, le dédommagement des victimes figurait. Si ça a été respecté depuis lors, qui allait réclamer aujourd'hui le dédommagement. Les victimes ne sont pas contentes. On ne peut pas développer un pays dans la démagogie.


L'opposition menace de reprendre ses manifestations de rue. Ne craignez-vous pas des répercussions sur vous ?

On n'a pas peur. Malheureusement on est habitués. On n'a pas peur de qui que ce soit ou de quoi que ce soit. Si on continue à nous attaquer on va agir. Vous pensez que les opérateurs économiques ne sont pas au nombre de millions de personnes. Nous sommes au nombre de millions de personnes, d'hommes et de femmes. Il y a des milliers de femmes qui vendent à Madina. Ce sont les commerçants qui leur la plupart à crédit pour vendre. Si on continue à piller les biens des commerçants les femmes auront quoi pour se nourrir et avec leurs familles. Nous payons des taxes, le devoir de l'État c'est de protéger les opérateurs économiques en retour. On ne leur donne pas de l'argent parce qu'ils sont beaux ou parce qu'ils sont au commandement, non. On donne pour que nous soyons protégés. Nous sommes tous citoyens guinéens à part égal. Donc qu'on nous respecte. Si un seul commerçant est touché à travers le pays par rapport à ça, c'est à l'État que nous allons demander des comptes. Parce que nous ne payons pas des taxes ni à l'UFDG, ni au RPG, ni à un autre parti politique. Nous payons des taxes à l'État. Donc c'est à l'État de nous sécuriser. Il y a les forces de défense et de sécurités, c'est leur devoir de protéger les citoyens et leurs biens. Et si on laisse faire, il y a un proverbe qui dit quand la maison brûle les cafards et les souris vont en pâtir ensemble. Donc on ne doit pas laisser faire du tout.

S'il y a eu des attaques à Mali Yembering, des militaires attaquent qui ? Des commerçants en pleine journée, c'est parce que ce qui s'est passé à Conakry, à N'Zérékoré, à Kérouané n'a pas été sanctionné. Il n'y a jamais eu d'enquêtes. Sinon ça n'allait pas arriver. Soyez sûrs et certains que ce genre de pratique va chasser les investisseurs dans ce pays.


On vous accuse souvent de rouler pour l'opposition. Quel est votre point de vue ?

Qu'on nous qualifie d'opposants ou partisans de la mouvance, nous sommes des citoyens, nous sommes des opérateurs économiques. Si je veux être candidat dans une élection, personne ne pourra m'empêcher. Si un autre opérateur aussi, personne ne pourra l'empêcher. Donc cette démagogie c'est seulement en Guinée. Au Bénin, aujourd'hui c'est un homme d'affaire qui est président. Aux États-Unis l'un des candidats pour la présidentielle américaine en l'occurrence Donald Trump est un homme d'affaire. Dès que vous défendez carrément les opérateurs économiques, on dira tout de suite que vous êtes de l'opposition. Dès qu'on vous voit faire des assainissements, voyager avec les ministres, on dira que vous êtes de la mouvance. C'est ça la démagogie. Et cela nous laisse au pôle nord. Ça ne nous fait ni chaud, ni froid. On s'en fout éperdument de ça. On ne peut pas travailler dans l'environnement des affaires alors qu'on est partisans. C'est pourquoi le GOHA est neutre. Nous ne sommes pas là pour cirer les chaussures de qui que ce soit.


Le marché Madina est complètement sale. Pourquoi selon vous on ne parvient pas à rendre propre ce lieu ?

La boue que vous voyez à Madina on dirait que ce n'est pas le poumon du système commercial de la Guinée, voire le poumon du système commercial ouest-africain, avant qu'on ne le détruise, parce que maintenant c'est détruit, ce n'est plus le poumon du système commercial ouest-africain. Tous les commerçants résident dans la boue, c'est comme si les commerçants ne payaient pas les taxes. Il n'y a aucune route qui est bonne. Donc cette question devait être posée à l'État. Nous avons écrit au ministère des Travaux publics et de l'Environnement par rapport à ça. Nous avons écrit aussi au ministère de l'Énergie pour les lampadaires. Mais malheureusement il n'y a pas de suite. Je vous dis une fois encore que les commerçants guinéens ne sont pas considérés. Toutes les boutiques à Madina payent régulièrement pour que ces saletés-là soient dégagées. Mais il n'y a aucune route, il n'y a pas de lampadaires, pas de goudron et le marché n'est pas propre. Nous avons à plusieurs reprises nettoyé le marché de Madina. Mais lorsque les gens ont vu que ça réussissait normalement, ils ont cherché à saboter.


S'il vous plaît, qui a saboté ?

Certains sabotages venaient du gouvernorat à l'époque. Chose qui était étonnante. Ils sont allés dire que nous avons assaini les marchés de Madina, de Niger, de Taouyah et les autres marchés de la capitale. Donc Chérif Abdallah veut être gouverneur de la ville de Conakry maintenant, c'était au moment de Sekou Resco. Nous avons fait le même travail à l'intérieur, ils ont dit non il ne veut pas être gouverneur plutôt il veut être ministre du Commerce. Si je veux être ministre qu'est ce qui va m'empêcher d'aller voir le président. Il sera intéressé parce qu'il sait que les commerçants sont derrière moi. Mais ça ne m'intéresse pas.


A votre avis, qu'est-ce qu'il faut pour remédier à cette insalubrité ?

L'État n'a qu'à faire son travail. Nous avons un gouvernorat, nous avons un ministère, ils n'ont qu'à nettoyer le marché. S'ils veulent ou ne peuvent pas du tout, qu'ils nous appellent on discute et on met un contrat en place. Si on donne le nettoyage des marchés au GOHA, nous allons nettoyer tous les marchés de façon extraordinaire et vous ne verrez absolument rien. Mais cela demande des moyens. On peut le faire parce que justement, nous on ne va pas détourner l'argent qui sera destiné à ça. Les nettoyages qu'on faisait même des diplomates de l'ambassade des États-Unis venaient balayer avec nous, avec des directeurs de banques et de sociétés. Je prends cette garantie devant le peuple qu'on peut le faire.


Vous dites dans un passage que le marché de Madina était le poumon du système du commerce ouest-africain. Pourquoi il ne l'est plus aujourd'hui ?

Parce que les taxes ont augmenté, les autres pays ne viennent plus acheter ici. Les taxes ont augmenté partout, tout est cher. Après ébola au lieu de diminuer les taxes pour essayer d'attirer encore les gens, afin qu'ils viennent, on augmente.


En tant qu'opérateur économique pourquoi les prix augmentent de jour en jour ?

Si les prix sont chers, on devait plutôt poser la question à la douane et aux impôts. Pourquoi après Ebola les taxes ont été augmentées. C'est à eux que vous devez poser la question. Les commerçants ne rendent pas la vie chère à la population. Celui qui le dit, dites-lui qu'il ment, et que c'est Chérif Abdallah qui le dit.


Vous êtes candidat pour la présidence de la Chambre de commerce. Où en êtes-vous avec le conflit qui vous oppose à vos adversaires ?

Vous savez il y a eu des élections au niveau de Faranah, qui ne sont pas des élections. Ils ont sélectionnés des gens pour dire qu'il y a eu des élections. Il y a un rapport qui a démontré que tout est faux. Nous avons été en contact avec près de 750 opérateurs économiques de Faranah qui ont dénoncé cela. Ce qui s'est passé à Faranah, c'est tout sauf une élection. Ensuite à Matoto il y a eu deux urnes. L'une c'est monsieur tel et l'autre c'est Monsieur tel, même dans un jeu d'enfant on ne fait pas ça. Finalement même si ce sont des carnets que vous déchirez, vous remplissez votre caisse, celui qui remplit le plus c'est lui qui a gagné. Pourtant moi j'étais candidat, je n'avais pas mon urne là-bas.


Le prochain vote est prévu quand ?

Il n'y a pas de vote d'abord, parce que si on décide de maintenir cette magouille-là, ceux qui vont cautionner cette magouille-là, on va demander leur départ quel que soit leur niveau et je jure ils bougeront. Et pour ça nous mettrons tous les opérateurs économiques en Guinée et à l'extérieur en mouvement. On ne cautionnera pas ça. Un tordu ou n'importe qui ne parlera pas au nom des opérateurs économiques, alors que nous savons pertinemment que la personne est tordue.


Entretien réalisé par Alpha Amadou et Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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