Richard Tamone Jeudi, 21 Juillet 2016 10:15
Le premier vice-président « exclu » de l'UFGD, Bah Oury était le vendredi dernier face à la presse, à la Maison de la presse, où son intervention a porté sur la situation sociopolitique du pays. Avant de commencer ladite conférence, Bah Oury a invité les acteurs des médias à observer une minute de silence à la mémoire de notre confrère Mohamed Koula Diallo, assassiné aux abords du siège de l'UFDG, mais aussi aux victimes du terrorisme en France plus précisément à Nice.
« Depuis que je suis rentré en Guinée le 24 Janvier dernier, de manière solennelle, c'est la première conférence que j'ai l'immense plaisir d'animer. Les raisons en sont multiples, mais la principale motivation c'est d'essayer de montrer que notre pays s'engage dans un nouveau cycle politique », a d'emblée introduit l'ex vice-président de la deuxième force politique du pays. Depuis l'indépendance, a-t-il poursuivi, la Guinée est marquée par des violences de toute nature : par des exils, par des condamnations par contumace, par des camps de concentration, par également la division du pays en fonction de considérations purement ethniques. Ceci a amené la Guinée à accuser un retard dans tous les domaines, a fait remarquer Bah Oury. Il a par la suite ajouté que les générations des hommes et des femmes se succèdent. Et il y a une nouvelle génération de Guinéens qui en ont assez d'être tout le temps stigmatisés. Comme étant l'un des pays, dit-il, qui, malgré ses immenses potentialités, est celui qui traîne les pieds dans cette partie de l'Afrique de l'Ouest.
De la vie des citoyens
« Personnellement, je pense que depuis quelque temps, je sens et je vois qu'il y a une volonté qui monte par le bas, qui veut avoir de nouvelles perspectives. Et ces perspectives, je le constate. Parce que je l'ai vu à travers des jeunes gens, que je rencontre dans les quartiers », a fait savoir Bah Oury. Pour lui, certains ont acquis des expériences politiques pendant qu'ils étaient du côté de l'UFDG, d'autres étaient de la mouvance présidentielle, dit-il, et d'autres sans parti politique. « Mais je sens une volonté de la part d'une nouvelle génération, surtout celle issue des évènements tragiques et des bouleversements sociaux des années 2005, 2006, 2007 », a-t-il précisé. Selon Bah Oury, cette génération aspire à un autre devenir, à une autre façon de faire la politique dans ce pays. « Et je crois que le moment est venu de mettre en relief cette volonté qui est en train de s'esquisser », a déclaré l'opposant. Puis de reconnaître que cela n'est pas évident pour certains. « La vie, a la vie dure », a-t-il lâché en substance. De l'avis de Bah Oury, certains considèrent que voir la Guinée compartimentée en ethnies que c'est la panacée. « Mais il y a des hommes et des femmes qui voient l'avenir de la Guinée autrement, et c'est cet avenir que nous sommes en train de construire », a-t-il laissé entendre. Pour lui, la construction de cet avenir nécessite aussi de changer leur conception et leur manière de faire. « Et se poser la question de notre propre bilan, et se remettre en question fondamentalement pour envisager les choses de la manière la plus positive, la plus productive et la plus innovante pour que la Guinée pour les années à venir, puisse rattraper son retard et être en phase avec les aspirations et les besoins élémentaires de l'immense majorité de sa population », a-t-il souhaité.
Du dialogue politique
Interrogé sur le dialogue politique entre l'opposition dite républicaine et le gouvernement, qui a du mal à prendre forme. Bah Oury avec un langage modéré répond : « Lorsqu'on demande pour qu'on manifeste pour avoir un dialogue avec un gouvernement et que ce gouvernement répond positivement. Et que par la suite on boude pour dire que le texte d'invitation est discourtois, on peut se poser la question du sérieux de ceux qui appellent à manifester, pour avoir un dialogue avec ce gouvernement », a relevé Bah Oury. Puis de poursuivre en disant qu'au-delà de tout ça, qu'il y a un préalable que le gouvernement aurait dû se poser avant d'envoyer une invitation. « Le chef de file de l'opposition dite républicaine, n'a pas encore de la manière la plus officielle reconnu l'élection présidentielle du 11 Octobre dernier. Je trouve que pour un gouvernement issu du chef de l'exécutif guinéen, qui est monsieur Alpha Condé et que ce gouvernement appelle à une rencontre entre les acteurs politiques qui n'ont pas reconnu l'élection du président de la République, je pense qu'ils ont fait preuve de laxisme », a d'office déclaré le premier vice-président de l'UFDG. Il faut être cohérent, a-t-il ajouté, la cohérence ce n'est pas simplement pour soi, c'est aussi pour les autres. « On manque de cohérence très souvent dans notre pays», a-t-il déploré.
Des manifestations projetées par l'opposition
Bah Oury dit regretter que ces manifestations aient fait beaucoup de victimes ces dernières années. « Une crispation identitaire poussée à l'extrême et en fin de compte, il y a eu les présidentielles, il n'y a pas eu des élections communales », a-t-il précisé. Avant de souligner qu'en retour qu'ils n'ont eu que des délégations spéciales sur l'ensemble du territoire. « Ils se sont partagés le pouvoir, les territoires sont partagés entre d'un côté la mouvance et de l'autre ceux qui se prétendent d'une certaine opposition», a indiqué Bah Oury. Pour quels résultats, s'est-il interrogé. Ajoutant que du point de vue des textes réglementaires et du fondement de l'État de droit, il y a violation des textes réglementaires du pays. « Comment pourront nous bâtir de la manière solide un État de droit dont l'autorité principale repose sur les respects des règlements et chercher toujours des arrangements qui mettent les lois de la République de côté. Vous faites des arrangements pour satisfaire les intérêts personnels ».
De son retour au pays
Parlant de son retour au bercail, il a indiqué que ses détracteurs avaient organisé toute une campagne pour le nuire. « Monsieur Bah a reçu 200 000 euros du président Alpha Condé pour venir casser l'UFDG et casser le Foutah », disaient ceux-ci. Et d'ajouter que lorsqu'il est rentré, que ces derniers ne voulaient même pas aller à l'aéroport. « Pour accueillir le 1er vice-président, le fondateur de l'UFDG », a dit Bah Oury. Avant de rendre hommage aux jeunes de l'axe de Bambeto qui l'avaient accueilli. « Quand ils ont vu ça, ils ont dit tient, il faut éliminer monsieur Bah Oury. Malheureusement Mohamed Koula Diallo a été tué le 5 Février et par la grâce de Dieu, je suis encore en face de vous », a-t-il déclaré.
Du sort des condamnés de l'attaque du domicile du chef de l'État
Pour Bah Oury, ses collègues de l'UFDG ne se sont jamais occupés de l'affaire du 19 Juillet. « Au contraire ils ont cherché à les enfoncer et de ce point de vue ma position est catégorique et claire. Seul Dieu nous a sauvés, et nous a permis d'être là aujourd'hui», a indiqué Bah Oury. Comme Dieu n'a pas fait le monde en sept jours, dit-il, la question des personnes concernées par l'affaire du 19 Juillet ne se fera pas en une seule fois. Nous suivons et nous continuons, à nous intéresser de très près sur le sort de ces personnes qui souffrent dans la solitude et qui dans une large mesure sont dans la détresse.
Du leadership de l'UFDG
« Nous voulons récupérer le leadership au niveau de l'UFDG, c'est clair. Je ne suis pas là pour témoigner, je suis là parce que je mène un combat. Et je veux que ce combat soit victorieux et passe d'abord par avoir le leadership au niveau du parti pour lequel on a fait tant de sacrifices », a-t-il précisé. Avant de s'interroger sur ce pourquoi il doit se battre pour avoir le leadership de l'UFDG : « parce que, ce pays a besoin de contre-pouvoir efficace. Les dictatures naissent dans les environnements où le pouvoir n'a pas de contre-pouvoir efficace ».
De sa candidature à la présidentielle de 2020
« Nous sommes le 15 Juillet 2016. Qui sait ce qui se passera avant la fin de l'année 2016. Et la fin de l'année 2017, 2018, 2019, et l'année 2020 », dit-il. « Faisons ce que nous avons à faire, c'est ça le mot d'ordre d'un homme responsable. Un homme responsable doit se dire, je dois faire ce que j'estime être mon devoir ». L'ex vice-président de conclure que beaucoup de choses peuvent se passer d'ici 2020. Pour lui, il ne faut pas se fixer sur 2020. Que quotidiennement que chacun fasse ce qu'il doit faire. Pour Bah Oury, son combat primordial à l'instant « T », c'est le nouveau leadership au sein de l'UFDG.
Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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