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En visite familiale dans un quartier de Dakar, Alpha Condé ignore et frustre ses compatriotes

Mamadou Lamine Ba  Dimanche, 05 Juin 2016 20:45

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Il est dix heures et demi quand une sirène d’une flèche de la gendarmerie sénégalaise attire l’attention de gens assis devant la mosquée « Peulh Fuuta Â», de Grand-Dakar, quartier séparé de celui d’Amitié par la Rue 10. Le drapeau guinéen flotte sur le capot d’une belle bagnole. La déduction est vite faite. « C’est Alpha Condé, il vient ici quand il est à Dakar Â», annonce un homme.


Subitement un groupe se lève et suit le convoi. A une cinquantaine de mètres, il s’était déjà immobilisé, devant une maison de couleur blanche. Quand les Guinéens arrivent devant la maison, Alpha Condé est déjà à l’intérieur. Un groupe se forme. Cinq, six, il atteint la dizaine en quelques minutes. Un groupe d’artistes chanteurs traditionnels originaire du Fouta Djallon, en ronde dominicale, arrive sur les lieux et assure l’ambiance.


La nouvelle de la présence d’Alpha Condé se répand vite comme une poudre dans le quartier. Les Guinéens se dirigent vers et se positionnent devant la demeure. Ils  attendent que leur président leur dise bonjour à sa sortie. L’ambiance croît quand les billets de banques sortent des poches des accompagnants de Condé et atterrissent dans les calebasses des « Niamakala Â», calebasses et cornemuse en bandoulière.


Entre temps, le groupe s’est agrandi. D’une dizaine, les Guinéens sont passés à une quarantaine, attendant sagement, les mains croisés sur les poitrines, que leur dirigeant sorte et communie avec eux. Un homme sort de la maison avec une poignée de billets de banques. C’est 100.000 FCFA, destinés aux artistes qui dansent et chantent en l’honneur du Président Alpha Condé.


Quelques minutes, cinq ou six, plus tard, Alpha Condé sort de la maison, entouré de ses proches collaborateurs. En chemise bleue assortie d’un pantalon super-cent, le président est au téléphone. Debout devant son véhicule, téléphone collé à l’oreille, le Président guinéen lève la main gauche en direction de ses compatriotes, positionnés en rang, à une dizaine de mètres. Il s’engouffre ensuite dans le véhicule.


Un homme va voir le protocole pour qu’Alpha Condé sorte et vienne serrer quelques mains en guise de salutation. « Le Président est déjà dans le véhicule, je crains que ce ne soit impossible Â», répond l’accompagnateur de Condé. « S’il s’en va comme ça ce n’est pas bon pour son image Â», insiste l’homme, « ils attendent depuis des dizaines de minutes Â». « Il a levé la main mais personne n’a bougé Â» argumente l’accompagnateur, à quoi riposte l’homme : « c’est moi qui leur ai demandé de ne pas bousculer le protocole par mesure de sécurité Â». « Je comprends mais là je pense que c’est trop tard Â», tranche l’accompagnateur. Le reste du protocole est indifférent de ce qui se passe et Alpha observe la tractation depuis son véhicule.


Le cortège avance et disparait dans le quartier, sans que le président Condé ne salue ses compatriotes. « Est-ce qu’avec ce comportement le pays peut avancer ? », s’interroge un guinéen. Un autre peste: « Nous sommes malchanceux, nous n’avons pas de dirigeant en Guinée ». Un autre témoigne que « Macky Sall rencontre tout le temps la communauté sénégalaise partout où il se rend. Et c’est même médiatisé Â».


Ils se dispersent, les yeux rivés sur les chaussures. Frustrés, humiliés, désolés, ils grognent et déplorent. « Nous avons tous suspendus nos activités pour espérer lui serrer la main…mais c’est dommage. Pourtant il nous a vu Â», rouspète un homme. Après ce « dommage Â», vendeurs de café, laveurs de voitures, coiffeurs, conducteurs de taxi et autres, retournent amèrement à leurs activités respectives.


Mamadou Lamine BA

Journaliste Blogueur sénégalais

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