Abdoulaye Aziz Bah Dimanche, 05 Juin 2016 17:26
Pour ceux qui ne savent pas, un éléphant blanc est un « projet d’envergure et séduisant, souvent d’initiative publique, mais qui s’avère plus coûteux que bénéfique, et dont l’exploitation ou l’entretien devient un fardeau financier ».
En Afrique, les rivalités nées de la guerre froide et les gouvernants au service de politiques de prestige ont conduit à la réalisation de ces genres d’ouvrages pharaoniques dans plusieurs pays aux dépens de politiques de développement durable. On peut citer en exemple, les barrages hydroélectriques d’Inga I et Inga II au Zaïre (Congo-Kinshasa) sous le régime du président Mobutu Sese Seko.
Contrairement aux gouvernants asiatiques et même à ceux de l’occident, les dirigeants africains, eux, pensent pouvoir développer leurs pays respectifs en grillant des étapes indispensables ! Ainsi, les politiques de prestige ont toujours dominé les projets de développement à la base ; conduisant aux éléphants blancs sous la complicité des organisations financières internationales. Pour mieux illustrer, je vais prendre en exemple trois grands projets de barrages hydroélectriques dans trois pays différents : Le projet de barrages sur le fleuve Konkouré en Guinée, celui sur le fleuve Congo au Zaïre (Congo-Kinshasa), et le projet de barrage des Trois-Gorges sur le sur le fleuve Yangzi Jiang en Chine.
Notons que ces différents projets de barrages dans ces trois pays ont été tous élaborés durant la même période. Celle-ci correspondait à la période coloniale pour la Guinée et le Zaïre (Congo-Kinshasa). En chine, l’idée d’un projet de barrage sur le fleuve Yangzi Jiang remonte en 1919. Mais ce n’est qu’en 1949 que Mao Zedong relança le débat sur la nécessité de construction d'un barrage aux Trois Gorges. Par contre, et malgré les pressions politiques de l’époque, le dirigeant chinois, lui, savait que le développement d’un pays doit se baser sur un plan bien établi et selon les urgences du moment. Ainsi, à la place d’éléphants blancs, Mao opta pour un développement durable de la chine avec comme priorité la modernisation sociale et économique du pays. D’où la mise en place du son célèbre ambitieux plan de développement désigné sous le nom de « Grand Bond en Avant ». Sans ce plan, on peut se hasarder à dire que la Chine d’aujourd’hui n’allait point voir le jour. Mao avait vite compris que pour faire l’impossible, il faut commencer par faire le nécessaire, et après faire ce qui est possible. C’est pour cette raison que le projet de construction d’un barrage aux Trois Gorges avait été purement et simple retiré de son plan de développement « Grand Bond en Avant ». Pour Mao, la chine n’avait pas à l’époque les moyens financiers et techniques pour assurer non seulement l’exécution du projet, mais aussi et surtout l’exploitation ou l’entretien. Donc, pour lui ce projet de barrage était de l’ordre de l’impossible ; et le réaliser serait offrir un éléphant blanc au peuple chinois. Par conséquent, il décida de focaliser ses priorités sur le nécessaire et le possible ; laissant ainsi l’impossible à la future génération. Il a donc fallu attendre 45 ans pour que l’impossible devienne possible. En effet, ce n’est qu’en 1994 que les travaux de construction du barrage des Trois-Gorges sur le sur le fleuve Yangzi Jiang ont été inaugurés par le président Jiang Zemin et le premier ministre Li Peng. Selon les données officielles, la Chine investit « 25 milliards de dollars » dans ce projet. Je dis bien la Chine investit ; pas la banque mondiale ou le FMI, comme c’est souvent en Afrique ! La construction du barrage avait durée plus d’une décennie pour se terminer en 2006. Mais ce n’est qu’en 2009 qu’il fut pleinement opérationnel avec une « capacité de 22500 MW », faisant ainsi le plus grand barrage hydroélectrique au monde.
Contrairement à la vision progressiste de Mao, au Zaïre, le dictateur Mobutu opta pour le populisme voulant faire l’impossible avec l’argent venant du maitre d’hier, je veux nommer le colon blanc. Bref, notons qu’Inga I a été construit en 1972 et Inga II en 1982. Les deux projets ont, en théorie, une « capacité de production de 351 MW et 1424 MW » respectivement. Mais malheureusement, ce qui devrait être la colonne vertébrale pour le développement du Zaïre et des pays limitrophes serait aujourd’hui l’un des projets les plus catastrophiques économiquement, socialement, politiquement, et écologiquement. Donc, une catastrophe totale et sur tous les plans ! En effet, malgré les milliards de dollars de dettes, ces barrages produisent aujourd’hui « moins de 20% » de leur capacité, à cause du manque de moyens financiers de l’Etat congolais et de ressources humaines qualifiées pour assurer l’exploitation ou l’entretien. Et comme le ridicule ne tue pas en Afrique, ce sont les dirigeants de ce même pays qui parleraient aujourd’hui de la réalisation d’un autre barrage sur les cendres d’Inga I et II. En effet, le gouvernement Kabila chercherait de financement pour la construction du barrage Inga III ou grand Inga. Je dis bien qu’il (le gouvernement) chercherait de financement puisqu’il n’a pas les moyens financiers et même les ressources humaines capables d’assurer l’exécution du projet. Au lieu donc de tirer les leçons du passé, Kabila et sont gouvernement s’enteraient à faire avaler au peuple congolais un autre éléphant blanc.
Parlons maintenant du cas de la Guinée, un pays champion dans l’art de la propagande et du populisme. Ici, dans cet autre pays d’Afrique, le minimum ne compte pas ! On confond arrogance et dignité. Ceci me rappelle de cette phrase empruntée du dictateur Sékou Touré qui disait que « nous préférons la pauvreté dans la dignité, qu’a l’opulence dans l’esclavage ». Alors que pour le cas de la Guinée, à la place du mot « dignité », le mot « arrogance » serait plus approprié dans cette phrase. Malgré les tares du régime de Sékou Touré, il me semble qu’il avait, lui, au moins vite compris que l’exploitation des mines du Simandou, le Trans guinéen, et les barrages sur le fleuve Konkouré étaient de l’ordre de l’impossible à l’époque pour la Guinée. Comme Mao, Sékou était-il au courant que ces trois grands projets n’étaient que des éléphants blancs ? Si tel était le cas, pourquoi le régime du général Lansana Conté s’était donc entêté à réaliser Garafiri qui n’était qu’un éléphant blanc si on considère la situation économique de la Guinée à l’époque ? Comme Inga I et II au Congo, Garafiri ne produit presque pas en dehors de la saison des grandes pluies. Il n’était un secret pour personne que la Guinée n’avait ni les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires pour faire de Garafiri un outil de développement économique.
Comme Kabila au Congo avec son Inga III ou Grand Inga, en Guinée, le président Condé et son gouvernement pléthorique sans expériences auraient décidé dès leur arrivée au pouvoir en 2010 d’êtres au service des politiques de prestige. Au lieu de s’occuper de ce qui est nécessaire et possible, ils voulaient forcement réaliser l’impossible. En effet, il était évident que la Guinée est loin d’être prête pour faire des projets du genre Simandou, Trans-guinéen, et Kaleta des outils de développement économique durable. Les réalités économiques du moment voudraient que ces projets soient classés dans l’ordre de l’impossible. D’ailleurs, Garafiri et Kaleta sont déjà un fardeau économique pour le pays ; donc des éléphants blancs. Pour éviter d’amplifier la désastreuse situation économique du pays, Il faut donc immédiatement suspendre Souapiti et oublier les autres projets déjà cités et non encore exécutés. C’est le lieu pour moi de rappeler d’ailleurs cette citation célèbre de Bernard Fontenelle qui disait que « les plus grandes âmes sont celles qui s'arrangent le mieux dans la situation présente, et qui dépensent le moins en projets pour l'avenir ».
Il est temps à ce qu’on focalise nos efforts aux vrais projets de développement durable selon nos moyens et suivant l’ordre des choses. Avec un plan bien établi, la Guinée peut bien se passer des bailleurs de fonds traditionnels et faire l’exploit. Mais, il nous faut impérativement des dirigeants progressistes, patriotes, et surtout pragmatiques en phase avec les réalités du monde d’aujourd’hui. C’est pourquoi, je dirai que 2020 c’est maintenant !
Dans mon prochain article, je partagerai (si Dieu le veut) avec mes compatriotes soucieux du devenir de la Guinée un plan de développement pratique que nous comptons vendre aux électeurs lors des échéances présidentielles de 2020. Comme le « Grand Bond en Avant » de Mao Zedong, notre plan sera sans doute à la hauteur des attentes.
A bon entendeur salut !
D’ici là, merci de contribuer au débat.
Abdoulaye Aziz Bah