Boubacar Sanso Barry Mercredi, 25 Mai 2016 14:18
Le ministre de l'administration du territoire et de la décentralisation s'est enfin prononcé dans le débat relatif au positionnement politique de l'Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré. Saisi par l'opposition, eu égard à la confusion que l'UFR orchestre notamment dans le travail de restructuration des démembrements de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le général Bouréma Condé se dit « incompétent » à trancher. Certains trouveront qu'il a refusé de dire sa position. Mais en réalité, il l'a fait. Car, comme le dit le dicton, qui ne dit mot, consent. En effet, les autorités guinéennes sachant qu'elles ne peuvent invoquer le droit pour justifier le jeu d'équilibriste de l'UFR et garantissant de manière implicite leur soutien à la formation politique du Haut-Représentant du chef de l'État, laissent faire les rapports de force sur le terrain. Autrement, la position du général Bouréma Condé n'a aucun fondement.
Un argument infondé
Déjà, en son article 6, la loi portant statut de l'opposition politique en République de Guinée, dispose notamment : le ministre des partis politiques établit et publie chaque année la liste actualisée des partis ayant fait leur déclaration comme partis ou formations politiques de l'opposition ou de la majorité. En effet, la même loi reconnaissant plus haut le droit qu'a tout parti politique de quitter l'opposition quand il en a l'envie, lui impose tout de même de faire une déclaration de changement de position. Poursuivant, la loi précise : Cette déclaration est enregistrée au ministère chargé des partis politiques qui fait publier l'enregistrement au journal officiel. Ce changement entraîne pour le parti politique la perte de tous les droits spécifiques acquis au titre de la présente loi. Au titre de ces dispositions, le ministre de l'administration du territoire et de la décentralisation n'a pas à se déclarer incompétent à trancher un débat relatif au positionnement d'un parti politique.
L'opposition selon la loi
Et pour revenir à la question de fond, la même loi en son article 3 est claire au sujet de l'entité appelée opposition. Selon en effet cet article : l'opposition est constituée de l'ensemble des partis, alliances de partis ou groupes de partis politiques qui, dans le cadre juridique existant, ont choisi de professer, pour l'essentiel, des opinions différentes de celles du gouvernement en place et de donner une expression concrète à leurs idées dans la perspective d'une alternance démocratique. Puis, complétant cette première définition, l'article 4 énumère les rôles de l'opposition comme suit :
critiquer le programme, les décisions et les actions du gouvernement ;
développer des programmes propres ;
proposer des solutions alternatives à la Nation ;
œuvrer pour l'alternance au pouvoir par des voies légales ;
offrir aux citoyens une alternative à la politique définie et appliquée par la majorité.
Une insulte à l'intelligence collective
Quand on lit le comportement actuel de l'UFR à l'aune de ces deux articles, prétendre que ce parti est encore dans l'opposition relève d'une mauvaise foi et d'une insulte à l'intelligence collective. Naturellement, les responsables de ce parti n'ont pas l'honnêteté intellectuelle de s'affirmer comme faisant partie de la mouvance présidentielle. Mais c'est là une inconséquence qui peut être dictée par la volonté de continuer à pourrir la stratégie de l'opposition. Comme il est possible que ce soit lié tout à la fois au doute que le régime actuel inspire encore à l'UFR ou au refus de certains membres de la mouvance présidentielle d'admettre l'opportunisme qui sous-tend le virage de Sidya Touré.
Des raccourcis trompeurs
Enfin, ceux qui s'échinent à justifier l'équilibrisme auquel joue l'UFR par de prétendus cas similaires qu''on aurait enregistrés sous d'autres cieux doivent se méfier des raccourcis trompeurs. Un des cas que l'on cite en effet c'est Bernard Kouchner (un socialiste), servant dans un gouvernement composé par Nicolas Sarkozy (de l'UMP à l'époque). A la différence du cas du parti de Sidya Touré, l'ancien ministre des Affaires étrangères français était le seul à faire partie du gouvernement. Demeurant de l'opposition, le parti socialiste jouait le rôle à lui reconnu de critique des actions posées par le gouvernement. C'est donc un individu que l'on avait pris dans les rangs du parti socialiste. Or, dans le cas guinéen, depuis que Sidya Touré a viré, tout son parti s'est mis en devoir d'applaudir tout ce que le gouvernement fait. En sorte qu'on ne peut comparer la situation guinéenne qu'à celle du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) qui, plus conséquent, s'assume pleinement dans le RHDP.
Cohabitation et non virage
De même, il ne faut pas non plus confondre le cas Sidya Touré et les situations de cohabitation que l'on enregistre quelquefois dans les pays à régime semi-présidentiel. On en a notamment connu en 1997 en France quand, à la suite de la victoire des socialistes aux élections législatives, Lionel Jospin est devenu premier ministre d'un gouvernement dont le président de la République était Jacques Chirac. Dans un cas comme celui-ci, ce n'est pas le parti qui décide de venir au gouvernement. Ce sont les électeurs qui, sanctionnant la politique en place, contraignent le président à céder une partie de son pouvoir au camp adverse. Mais là non plus, les doctrines ne sont pas nécessairement affectées.
Boubacar Sanso Barry
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