Oury Baldé Jeudi, 08 Septembre 2011 15:21
« Le plus grand mal, à part l’injustice, serait que l’auteur de l’injustice ne paie pas la peine de sa faute. » (Platon, philosophe grec, 424–423 av. J.-C., 348–347 av. J.-C.). Et cet incommodant malaise sociopolitique ambiant de continuer à miner toutes nos actions et à obstruer avec appréhension confusément l’avenir.
Quoiqu’on puisse dire, AC et son entourage sont loin d’ignorer que le simple sentiment de réconciliation nationale en mandatant d’éminents sages de toute la Guinée au Fouta ne suffit pas à dissiper toutes les rancœurs nées des profonds clivages de la présidentielle. Même toute leur présumée bonne volonté aidant, seule la justice, toute la justice, impartiale sur les crimes de la présidentielle, est à même de ravaler tant de violence et de brimades subies, moult ressentis malsains intériorisés, cette profusion de pensées perverses engendrées par tant de sang et d’ arbitraire révoltant, toute la haine noire engendrée, d’interminables blessures et meurtrissures profondes de l’âme encore fraiches. Rien ne saura guérir l’être blessé et humilié dans sa chair et sa dignité à part la justice réparatrice. Ce serait d’ailleurs une méprise à ne point commettre que de croire que la réconciliation nationale pourrait émaner de simples conclaves de gérontocrates même influents et respectés de nos coordinations régionales dans l’état actuel du pays. Ou qu’en soudoyant, secrètement à prix d’or, quelques vieux du Fouta, l’on y parviendrait.
Identifier et sanctionner tous les coupables directs et indirects des crimes commis en préalable non-négociable pour pardonner à défaut d’oublier
Très clairement, en parlant de réconciliation nationale, il s’agit:
- De faire rentrer dans leurs droits les déplacé(e) de Siguiri, Kankan, Kouroussa.
- De faire toute la lumière sur :
- Les vrais commanditaires de la fusillade de Kipé et la sanglante chasse-aux- sorcières qui s’en est suivie (AOB, Bah Oury, etc.).
- De cesser les nominations ethniques à tous les postes de responsabilité administrative.
- D’arrêter la foulaphobie d’Etat sous toutes ses formes.
- Enfin qu’AC se pose en garant des droits et des libertés de la constitution guinéenne pour être le Président de tous les Guinéen(ne)s sans discrimination .
Telles sont les exigences d’une vraie réconciliation nationale dans le contexte actuel. Satisfaites, elles aideront à nous réconcilier avec nous-mêmes et à nous défaire de la peur, du moins de la gêne ou de l’inhibition en osant enfin aborder les traumatismes du passé (le Camp Boiro, Diallo Telly, les 50.000 morts officiellement et autres victimes du régime de Sékou Touré; la purge dans l’armée guinéenne en 1984 ; le massacre du 28 Septembre ; toutes les violences et exactions sans exception des régimes précédents) afin de se tourner la conscience tranquille vers l’avenir.
Mais auparavant, la composition (Mgr Vincent Koulibaly n’est par exemple pas qualifié pour une telle mission, en raison de son déni du « massacre»1 du 28 septembre 2009) et les attributions de la commission vérité-justice-réconciliation-nationale devront être faites sur des bases claires et incontestables, acceptables et du point de vue des coupables et des victimes. Même si cela nécessite une aide étrangère. Cette commission VRJR devra aussi ne relever d’aucune autorité. Ce qui n’est pas le cas actuellement de la commission provisoire de réconciliation qui dépend directement d’AC.
« La réconciliation aussi est un comportement »2
En outre, il est essentiel, au risque de paraitre machinale, que l’approche conciliatrice soit précédée d’une vraie démarche d’écoute et de prise en compte de l’autre dans une dialectique inclusive et débarrassée d’apriori et de faux-semblants pour réussir à rétablir le dialogue. « La réconciliation, c’est le partage équitable de la confiance » disait le journaliste et écrivain français Jean Hatzfeld.
Le Rwanda et l’Afrique du Sud n’ont pu se dépêtrer des tourments maléfiques de la haine et de la division et revivre qu’au prix d’une justice sans concession contre les auteurs des atrocités indistinctement dans les deux camps (Hutus et Tutsis au Rwanda, bourreaux et victimes en Afrique du Sud). En Côte d’Ivoire voisine, ADO, aussitôt après sa prise du pouvoir, a érigé la réconciliation en priorité nationale.
Quelle que soit la configuration politique (fédération ou perpétuation de l’Etat unitaire) de la Guinée qui va résulter de cette étape particulière, la justice s’avère dorénavant incontournable pour envisager sereinement l’avenir. On ne pourra plus cette fois s’accommoder sans conséquence de l’impunité habituelle.
Oury Baldé
Notes :