Lamarana Petty Diallo Lundi, 25 Novembre 2013 16:29
Un responsable politique du RPG-Arc-en-ciel au pouvoir a officiellement demandé à une brigade d’autodéfense, composée de ses chiens de garde, à « barrer la route aux anti-Guinéens ».
Cet appel qui relève du délire mental risque de compromettre très fortement la paix sociale. Il est d’une gravité extrême car il prouve qu’il existe réellement en Guinée une force parallèle composée d’éléments étrangers et à la nation et aux forces républicaines, police, gendarmerie et armée nationale.
Jusque-là des rumeurs persistantes sur l’éventualité de la présence dans notre pays de mercenaires d’origine diverses, de Donzos et d’une milice ethnique, tous recrutés dans l’illégalité, laissaient presque indifférent. Désormais, le doute n’est plus permis et la menace n’est pas à prendre à la légère.
Les populations guinéennes, celles de la capitale et de l’intérieur du pays, ne sont plus (l’ont-elles jamais été ?) en sécurité. La Guinée, en tant que nation dont la sécurité des citoyens et l’intégrité territoriale devraient être assurées par ses propres forces de sécurité et de défense, court de grands risques.
Imaginons un seul instant que les responsables politiques des partis d’opposition soient aussi irresponsables que le RPG-Arc-en-ciel et appelle leurs partisans à se défendre. Une réaction qui serait légitime car cette brigade ethnique n’a aucun droit d’être. Que se passerait-il alors ?
Partout où des groupuscules ethniques, des bandes armées par le pouvoir en place ont régné, Sierra-Leone, Liberia, Côte-d’Ivoire, Rwanda, Burundi, etc., il s’en est suivi un délitement de l’Etat, une disparition de toutes les forces républicaines. Le paroxysme étant la guerre civile ou interethnique.
L’opposition guinéenne (qui, soit dit en passant, devrait se trouver une nouvelle dénomination en remplacement de l’ADP, du Collectif et du CDR), devrait immédiatement interpeller le gouvernement et le parti au pouvoir. Elle devrait, sans tarder, mettre le RPG-Arc-en-ciel devant ses responsabilités et prévenir le peuple de Guinée, ses propres militants et sympathisants, du danger de cette brigade dont la force de frappe est encore inconnue. Elle devrait également envoyer, dans ce sens, des messages dans toutes ses structures.
On peut se dire, pourquoi cet appel n’intervient-il que maintenant, alors que les journées ville-morte et autres manifestations ne datent pas d’aujourd’hui ?
A la veille d’un probable remaniement ministériel, tous les farfelus proches du pouvoir veulent se montrer plus condéistes et radicaux que jamais. Chacun y va de sa propre initiative en vue d’une récompense par un poste juteux de ministre, de directeur général de ceci ou de cela.
La course a déjà commencé car indépendamment de cet excès de zèle, chaque jour apporte au sein du RPG-Arc-en-ciel, sont lot « de traitres et de cadres qui ont trahi » qui doivent être débusqués et châtiés. Qui disait qu’il « reprend la Guinée où l’autre l’a laissée » ?
Mamie Nanténin, présidente de la coordination nationale du parti, a déjà donné le ton en ces termes : « il y a quelques responsables qui ont trahi, comme quoi ils sont frustrés ». Et de menacer « ceux qui ont trahi, on le saura et on le sait déjà » !
Pour échapper au couperet qui pend au-dessus de leur tête, les plus coupables du parti se cherchent une nouvelle virginité. Malheureusement, ils desservent leur parti et le trahissent encore plus car ils ont dévoilé au grand jour ce que leurs responsables cachaient : l’existence d’une brigade d’autodéfense en son sein.
Dans la course folle aux postes, un autre zélé juge nécessaire d’emboiter le pas à Alpha Condé en se montrant encore plus insolent quand il s’agit des leaders de l’opposant. Ainsi, dans un accès d’impolitesse et de manque de discernement, cet autre responsable du RPG qualifie les adversaires de son parti « de chiens ». Qu’on l’écoute plutôt : « Il faut laisser les chiens aboyer ! Ces politiciens ne sont que des chiens » !
Ces déclarations ne méritent aucun commentaire. De réponse oui ! Montrer qu’un chien ne siège pas dans une Assemblée nationale. Comme tel, être ferme et relever le défi en prenant une position digne d’hommes aspirant à diriger la Guinée.
C’est la seule façon qui reste aux leaders de l’opposition guinéenne pour se montrer à la hauteur de la confiance que leurs militants et sympathisants placent en eux. A défaut, ils auront prêté le flanc à leurs adversaires et détracteurs de tout bord.
J’espère qu’aucun responsable politique de l’opposition de la stature de Sidya Touré, Lansana Kouyaté, Kassory Fofana, Jean-Marie-Doré, Aboubacar Sylla, Mouctar Diallo, Faya Millimouno, Jean-Marc Telliano, Cellou Dalein Diallo, j’en passe, ne se laissera traiter impunément de « chien ».
La réponse des uns et des autres devrait consister à laisser ceux qui les traitent de chiens siéger à l’assemblée avec qui ils voudront. En ce moment, les Guinéens verront deux catégories de députés à l’hémicycle : les humains d’un côté et « les chiens » de l’autre.
En tout état de cause, toute réaction qui consisterait à saisir une justice qui n’existe que de nom, ne lavera pas l’affront !
Lamarana Petty Diallo