Lamarana Petty Diallo Vendredi, 27 Septembre 2013 21:40
Le chiffon du Canard Enchaîné daté du 25 septembre 2013 parlant de « complot imminent en Guinée » risque de précipiter le pays dans le chaos. Ce journal satirique ne donnera plus à rire, mais à pleurer.
L’auteur de l’article, signé sous un faux nom, sera comptable devant l’histoire de tout ce qui arrivera en Guinée. Notamment, tout ce qui adviendra aux populations peules qu’il a indexées sans aucune preuve. Le quotidien lui-même répondra des faits pour avoir diffusé une fausse information dont le pouvoir dictatorial d’Alpha Condé se sert en ce moment même pour réprimer son peuple.
En attendant, la machine RPG-Arc-en-ciel est déjà en marche. Les quartiers majoritairement peuls sont quadrillés depuis près d’une semaine par les forces de répression, les mercenaires et les loubards du pouvoir.
La chasse à l’homme peul est lancée, décrétée par un système qui, depuis son instauration en 2010, n’a eu aucun répit contre l’ethnie. A croire qu’il n’y a, mis à part les détenteurs du pouvoir, qu’une seule population en Guinée : les Peuls.
Qu’on juge plutôt par les faits datant du 25 septembre 2013. Deux villas auxquelles je faisais allusion dans mon article de ce matin, ont été réduites en cendres. Il s’agit des villas d’El Hadji Amadou Kolla et d’El Hadj Daye, tous les deux résidants de Taouya, Commune de Ratoma.
Les propriétaires étaient tous absents. Comme tout citoyen, ils étaient à leur lieu de travail. Les loubards du RPG appuyés par les hommes en tenue sont venus s’attaquer aux deux domiciles. Après avoir brisé les murs des clôtures, ils ont tout saccagé et emporté biens immobiliers, électroménagers, ordinateurs et, naturellement, argent avant de mettre le feu.
Les voisins, renforcés par les jeunes du quartier n’ont rien pu faire pour empêcher le saccage. S’il ne s’agissait que des loubards du RPG, ils auraient pu les chasser et protéger les domiciles. Mais certains hommes en armes chargeaient les jeunes alors que d’autres appuyaient les pillards.
Ce sont les voisins qui ont avisé les propriétaires de ce qui leur était arrivé. Jointe au téléphone, l’épouse de l’une des victimes n’a pas pu sortir un seul mot de sa bouche. Le choc est si grand qu’elle a perdu l’usage de la parole. Dès qu’elle tente d’articuler, elle a la voix enserrée par les sanglots.
Le seul crime des victimes, c’est d’être des Peuls et soupçonnés en tant que tels d’être proches de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo. Voilà où nous en sommes avec le RPG. D’autres diront avec Cellou car pour le pouvoir guinéen être peul, c’est être de l’UFDG. De facto, on est une bête à abattre. Un étranger comme l’a dit ce 24 septembre l’autre Condé : celui de l’administration du territoire.
Mais le malheur peul ne s’arrête pas là. On pourrait dire, si ce n’est que ça ? Et pour cause ?
Sous l’ère de Condé, les Peuls n’ont plus le droit de mourir et d’enterrer leurs morts, sans l’autorisation de Gorgui Alpha.
Tenez-vous bien ! Un Peul, El Hadji Ibrahima Bah, citoyen de son Etat, a eu l’outrecuidance de ramener le corps de son oncle à Kindia. Il a eu l’audace de le transporter dans un « véhicule-espace ». On se souvient qu’en juillet madame Fatou Badiar avait procéder de la même manière pour un déménagement cette fois-ci. Il n’en fallait pas plus pour qu’on l’accuse de complot.
El Hadji Ibrahima n’es est pas loin car 2 camions de gendarmes ont débarqué chez lui pour perquisitionner afin de s’assurer que son oncle a eu l’audace de mourir et le neveu celui de le transporter à sa dernière demeure sans que le pouvoir ne l’y autorise.
En ce moment-même, El Hadji Ibrahima est réfugié quelque part. L’autorité par la voix du commandant de la gendarmerie de Conakry, le colon-El Balla Samoura (ï) lui demande tout bonnement de rentrer chez lui. Comme madame Badiar, il n’a rien à se reprocher. Cela tout le monde le sait.
Mais avoir loué un cercueil à l’hôpital Donka, transporté un corps de Conakry à Kindia, avoir enterré un Peul sur le territoire « du pharaon des savanes, le nouveau tout puissant maître d’au-delà du Milo, son Excellence Ali Faga » constitue un crime de lèse-majesté.
C’est qu’El Hadji Ibrahima n’a pas tiré les leçons du sort de madame Fatou Badiar qui, partie de Conakry pour Koundara « pour sortir » traditionnellement de son veuvage, se retrouve aujourd’hui en prison. Le cas échéant, il aurait tout bonnement fait du cadavre de son oncle un souper. Ainsi, il n’y aurait ni cercueil, ni camionnette à garer chez lui. Point, non plus question de violer le territoire du « Burkina-Faso dèn ». Pourtant, les ancêtres du défunt reposent à Mambiyah, sa terre originelle, contrairement à celui qu’on connait.
Alhassane Condé avait déjà annoncé l’existence de 14 cadavres gardés à Coyah par l’opposition. Mais à ce que je sache, Conakry n’est pas Coyah. El Hadji Ibrahima n’est pas un homme politique. Il est ce qu’on appelle communément un opérateur économique : un simple commerçant, quoi !
Voilà où nous en sommes arrivés en Guinée. Le PDG nous donnait la mort et jetait les cadavres de nos victimes où il voulait. Le RPG ne nous autorise plus à mourir sauf de ses propres mains et il refuse qu’on enterre nos morts.
Dites-moi Guinéennes et Guinéens, qu’attendons-nous pour dire que les Peuls ont trop accepté ? Qu’attendons-nous pour nous rejoindre tous dans la lutte contre la dictature et le dictateur ? Pourquoi dormons-nous quand d’autres, nos compatriotes, se font harceler, pourchasser, arrêter, tuer, priver de leurs biens ?
Dites-moi, leaders politiques, pourquoi continuez-vous à faire campagne quand Conakry est à feu et à sang et vos militants et sympathisants sous le feu de la dictature ? Vaut-il encore la peine d’appeler à voter au lieu d’appeler à se lever comme un seul homme, à l’image du 28 septembre 2009, pour demander le départ d’Alpha Condé et la fin de la dictature dans notre pays ?
Ne dit-on pas, jamais deux sans trois ? Alors le 28 septembre 2013 ne pourrait-il pas clôturer le cycle infernal qui enserre la Guinée depuis 1958 ? Commencera alors la vraie libération car si tout un peuple se révolte, il ne sera plus question de parler de complot par-ci et d’ethnie, par-là.
On parlera tout simplement de révolution. Sinon, du terme à la mode de « printemps ». Celui-là même qui avait été évoqué le 22 mars 2011 à Paris par le nouveau « Fama des ténèbres » !
Pourquoi pas le printemps guinéen alors ?
Lamarana Petty Diallo