Lamarana Petty Diallo Vendredi, 27 Septembre 2013 00:48
Un autre coup fourré, une nouvelle complotite d’Alpha Condé et de ses services de communication, viennent d’être mis en branle à travers un Canard qui ne semble pas avoir été nourri aux grains comme on le ferait pour les vrais palmipèdes. Mais gavé d’espèces sonnantes et trébuchantes dans l’espoir de gagner des législatives déjà ratées.
Ce que beaucoup de Guinéens ignorent, c’est que l’un des hommes de main d’Alpha Condé séjourne à Paris depuis quelques semaines. C’est lui qui est en train de soudoyer les médias français. On est en droit de se demander si l’hebdomadaire qui parle de complot sans fournir de preuves n’a pas cédé à la tentation. Je rappelle qu’un autre journal, La Revue, pour ne pas le nommer, dans son n°35 du 10 septembre 2013 titrait : « Enquête sur le bras de fer opposant Alpha Condé au milliardaire Benny Steinmetz ».
Paradoxalement, le journal qui parle d’imminence d’un complot en Guinée est réputé être de droite. A lire entre les lignes, on saisit facilement le mensonge. En effet, il faut vivre ailleurs pour croire qu’un journal de droite mettra Nicolas Sarkozy et certaines personnalités de l’UMP en cause.
Le passage évoquant l’ancien président français résonne des propos d’Alpha Condé qui a affirmé le 1er juillet 2012, « depuis que Sarkozy est parti, je dors bien, voire même très bien, mon médecin peut le confirmer ».
Qui d’autre serait plus facile à accuser par le pouvoir guinéen que l’ennemi numéro d’Alpha ? Le pouvoir guinéen ne se hasarderait pas à faire révéler les préparatifs de son fameux complot par un journal réputé de gauche. En publiant son article Le Canard, qui est plutôt un journal satirique que des ignares et acolytes du pouvoir guinéen qualifient de « très sérieux journal français », nous donne plutôt à rire. Il est à craindre que l’auteur du fameux article ne se soit fait enchaîner par les monnayeurs de conscience à la solde du nouveau dictateur des tropiques.
De quoi s’agit-il ? La CIA et la DGSE, respectivement des services secrets américains et français, auraient découvert un complot imminent contre Alpha Condé. Sont mis à l’indexe, des mercenaires sud-africains, français, israéliens et des milices peules proches du parti le plus craint par le système angbansanlé.
Ce projet machiavélique est né de quoi ? Après l’alerte lancée auprès des institutions internationales par des intellectuels guinéens pour attirer leur attention sur le génocide qui se prépare contre les Peuls, le pouvoir s’est senti démasqué. Il a opté pour une autre orientation pouvant justifier les massacres qu’il projette. C’est ainsi que l’idée de complot est née pour cibler les mêmes citoyens, leur ethnie et leurs élites.
Alpha Condé et son parti montrent qu’ils ne renonceront jamais à leur projet satanique de rayer de la carte l’ethnie peule. Ce papier parlant de complot imminent fait écho aux propos du ministre de l’Administration du territoire et des Affaires politiques. En effet, le 23 septembre 2013, sur les antennes d’une radio locale guinéenne, « Free Conferencing », émettant depuis Paris, Alhassane Condé a fait des déclarations qui donnent froid dans le dos.
Qu’on lise plutôt quelques extraits de l’intervention de ce soi-disant ministre d’un Etat, qui ont été rapportés par un site Internet guinéen et qu’un des lecteurs a transcrits pour montrer la dangerosité du régime guinéen. D’après le transcripteur, le ministre guinéen aurait déclaré :
A propos des anciens premiers ministres guinéens : « les audits sont déjà prêts et après le 28 septembre, les anciens premiers ministres iront tous en prison. Parmi eux, il y en a qui ont participé à la vente du Mont Simandou à Rio Tinto. C’est cet argent qu’ils utilisent pour financer les troubles actuels. Leur chef de file habite un bâtiment administratif qu’il dit avoir acheté tantôt à 20 millions, tantôt à 200 million alors que le terrain seulement coûte plus d’un milliard de GNF ».
Toujours des anciens premiers ministres, le sinistre personnage aurait dit : « les leaders de l’opposition détiennent 14 cadavres qu’ils gardent dans des frigos à Coyah. Ces cadavres vont être exhibés à la face du monde après les troubles du 28 septembre, le jour des élections. Il ajoute que les 14 cadavres ont été enregistrés au retour de Cellou Dalein Diallo après sa tournée en Moyenne Guinée ».
Des quartiers peuls de Cosa, Bambéto et Hamdallaye, Alhassane Condé menace : « Après les élections du 28 septembre, vous n’entendrez plus jamais parler de troubles dans ces quartiers. Je vous le garantis. Ces gens-là (c’est-à-dire les Peuls qui habitent ces quartiers) ne se sont pas encore remis de l’indépendance parce qu’ils n’avaient pas voté pour l’indépendance. Plutôt, ils avaient demandé le protectorat. C’est pourquoi je vous dis que ces gens ne sont pas des Guinéens. »
Ces propos rappellent à tout point de vue, « la guerre aux Peuls », discours prononcé le 27 août 1976 par Sékou Touré après l’arrestation de Diallo Telly, secrétaire général de l’OUA. Jugez-en : « Ils ne voulaient pas de l'indépendance, ces Peuls et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de Oui. Au lieu d'en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendance ». Quoi d’étonnant de retrouver de tels propos dans la bouche d’un nostalgique du PDG, ministre d’Alpha Condé qui avait promis de prendre la Guinée là où Sékou l’avait laissée ?
Des marches des citoyens, Alhassane Condé aurait affirmé : « ceux qui organisent les marches en Guinée sont soutenus par des Guinéens vivant à l’étranger que je connais ».
L’auditeur qui a eu soin de noter les propos d’Alhassane Condé pose bien la question de savoir quel lien existerait entre les quartiers de Cosa, Bambéto et Hamdallaye, etc. et l’indépendance de la Guinée. Il ajoute, surtout quand on sait que la plupart des manifestants (d’aujourd’hui) sont nés dans les années 80. Je dirais plutôt au milieu des années 90.
Alhassane Condé ne peut être le porte-parole de lui-même. Il parle bien au nom d’une institution. C’est-à-dire l’Etat qu’il représente et un parti, le RPG, dont il est membre actif. Le choix de la radio où il a tenu ces propos à la veille d’une échéance électorale n’est pas non plus fortuit. C’est une station en ligne contrôlée par le RPG au pouvoir.
En réalité, l’intervention du ministre guinéen a pour but de préparer les esprits à l’intox de ce 25 septembre par le biais d’un canard français, certainement plus connu que d’autres. Plus grave, il parle d’ores et déjà de troubles le 28 septembre alors que le scrutin n’a pas encore eu lieu. Déjà, ce qui se passe actuellement en Guinée dépasse l’entendement. Des maisons sont brûlées dans les quartiers. C’est le cas des incendies de deux villas appartenant à des Peuls à Taouya en ce 24 septembre. Les citoyens sont harcelés, pourchassés par des loubards appuyés par des hommes armés qui ne sont rien d’autres que la milice ethnique du pouvoir.
Les prémisses du conflit sont là. Les victimes sont toutes désignées. Il s’agit encore des Peuls. Mais, cette fois-ci le pouvoir se trompe car les Guinéens ont compris l’enjeu. Ils savent qu’aucune ethnie, aucun citoyen n’échappera au système RPG s’ils se laissent faire.
Le seul complot, comme le dit un blogueur, c’est celui qu’Alpha Condé prépare contre la Guinée. Un complot de plus comme celui déjoué à Piné en 1998. Un autre encore, à l’image des attaques de la ville de Guéckédou en 2000. Un complot semblable au coup monté du 18 juillet 2011. Un de plus comme celui dont Sidya Touré a été accusé en juillet 2012. Encore un autre complot comme le prétendait l’hebdomadaire mentionné plus haut.
C’est la même personne qui est à nouveau accusée avec les mêmes arguments près. Le problème entre Alpha Condé et ce monsieur est le dernier des soucis des Guinéens. Que celui qui doit à l’autre le rembourse. Que le créancier use de tel ou tel moyen ne les concerne pas. Point besoin d’entrainer notre pays dans une guerre de sous ou de vente et revente de cailloux. Tout laisse à penser que derrière ce qui est censé opposer les M. Condé à Steinmetz se cache une volonté sordide de régler des comptes aux Guinéens et à leurs responsables politiques. L’opposition guinéenne est avisée. Alpha Condé n’entend pas les rater. Il a l’intention de se servir d’un ami d’hier, devenu son ennemi comme l’ont été tous les autres, Kouyaté, Kassory, Jean-Marie Doré, Jean-Marc Telliano, Aboubacar Sylla, etc. pour les réduire au silence.
Cette stratégie est la seule carte qui lui reste à jouer. Il est conscient d’avoir échoué car les législatives auxquelles il espérait sont en train de lui échapper. Il voit qu’elles ne lui serviront pas de bouée de sauvetage. Il faut alors qu’il fasse appel à son arme favorite : le conflit, la guerre, le détournement de l’attention. En bon Machiavel, il veut donner au peuple de l’occupation pour manœuvrer.
Les législatives, se dit-il, peuvent encore servir. Elles peuvent se transformer en un nouveau cheval de bataille pour enclencher la machine de guerre. Une guerre contre ses adversaires mais aussi contre le peuple de Guinée dont l’espérance est tournée vers les leaders actuels. Autant dire que le lendemain du 28 septembre risque d’être inqualifiable tant le désespoir s’est emparé du chef, de ses acolytes, dont certains sont des fils de tortionnaires et d’autres des faiseurs de dictateurs.
Une telle réalité historique explique en partie la permanence du complot et la longévité du mal guinéen. Un mal incurable pour certains. En tout cas récurrent car fondé sur le mensonge, la haine, l’ethnocentrisme, la gabegie, etc. qui sont entretenus par ceux-là même qui ont trahi Conté, Dadis, entre autres.
Ces gens qui, hier encensaient Conté et Dadis et qui, aujourd’hui, applaudissent Alpha, sont la source des malheurs de notre pays. Les Guinéens ne doivent pas négliger leur pouvoir maléfique. Ils ne doivent plus laisser mourir à Bambéto, Cosa, Hamdallaye, Vanindara, Taouya, Zogota, Koulé, Beyla et ailleurs dans l’indifférence. Ils doivent nous dire « nous sommes tous des morts en sursis avec ce régime-là ». Par conséquent, nous devons lutter pour préserver notre vie, notre nation et l’épargner du danger que lui font courir les vrais comploteurs. Ceux qui ont accédé au pouvoir en complotant contre les vrais vainqueurs du premier et du second tour des présidentielles de 2010.
Face à la dictature qui règne actuellement en Guinée, le choix ne se pose plus qu’en ces termes : « se battre pour exister ou baisser les bras pour disparaître ». Les législatives étant un moyen légal de ce combat, tout Guinéen conscient de l’enjeu démocratique doit braver les sbires du pouvoir, les menaces, les montages de complot pour aller s’acquitter de son devoir patriotique. Tout bulletin glissé dans l’urne est une balle contre les ethno-stratèges au pouvoir qui, depuis trois ans, dressent les Guinéens, les uns contre les autres.
Nous devons mettre fin à ce complot-là. Le vrai complot que nous vivons au quotidien n’est plus imminent pour nous Guinéens. Nous sommes en plein dedans. Nous le vivons tous les jours. Il est une réalité et chaque instant qui passe nous apporte son lot de malheurs.
Un malheur fabriqué par les vrais comploteurs qui, aujourd’hui, crient au complot pour rééditer le scénario du passé. Montrons-leur que nous ne tomberons plus dans la complotite. Que leurs vociférations dans les journaux et à la télévision nous laissent de marbre. Que l’eau empoisonnée de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2010 nous a donné l’antidote.
Par conséquent, nous sommes insensibles à leur complot empoisonné même s’il ne venait pas d’un palmipède boiteux !
Lamarana Petty Diallo