Lamarana Petty Diallo Lundi, 23 Septembre 2013 09:54
Le report des législatives guinéennes préalablement fixées le 24 septembre 2013 suscite de nombreuses interrogations. Observateurs de la vie politique guinéenne, militants, sympathisants ou simples citoyens attendent de savoir un peu plus sur les raisons du report.
Désormais prévu à la double date anniversaire du 28 septembre 1958 et 2009, nombre de compatriotes se demandent ce que ce jour apportera encore à notre pays.
En attendant, chacun se donne sa propre explication. J’ai tenté d’en savoir un peu plus sur les tenants et les aboutissants du report de la date du 24 septembre à celle du 28. Mon but étant d’éclairer les lanternes des uns et des autres.
Une telle tâche qui n’est pas très facile car les avis sont partagés et les gens sont encore dans le flou. Certains citoyens sont désabusés et accusent l’opposition de démission. Savoir les raisons profondes du report, puis de l’acceptation d’une date consensuelle allégerait très certainement les esprits.
Ce report était apparu inévitable depuis que les insuffisances des opérations de révision, d’affichage, de dé-doublonnage, etc. avaient été découvertes. La seule question qui se posait, c’était de savoir comment y arriverait-on et quelle serait la nouvelle date. A cela s’ajoutent deux éléments clés : que s’est-il passé lors des négociations ? Quels en sont les enjeux ?
Aller ou ne pas aller aux élections législatives était la question fondamentale. Les imperfections constatées par l’opposition guinéenne et la communauté internationale militaient pour un boycott du scrutin. Cette option posait la question des enjeux.
Le premier enjeu était que si l’opposition ne va pas aux élections que fera-t-elle ? Le second, de quels moyens dispose-t-elle pour empêcher les élections ? Le troisième, quelles seraient les conséquences de chacune des options possibles ?
Du coup, les leaders et responsables des partis politiques se seraient vus placés entre le marteau et l’enclume. D’un côté, se mettre à dos certains militants et sympathisants qui auraient voulu voter et qui en auraient été empêchés par leur décision. De l’autre, engager ses propres militants et sympathisants dans un bras de fer inutile avec le pouvoir en place en oubliant que le combat politique qui a été mené depuis 2010 avait pour finalité la participation aux législatives et la victoire. La seule façon d’éviter ce scénario était de prendre part au scrutin en obtenant une date consensuelle serait apparu comme l’alternative.
En effet, boycotter la consultation en cours exposait l’opposition à se priver de tout représentant à l’hémicycle contrairement au RPG-Arc-en-ciel qui raflerait tout. Pire, elle se serait mise en mauvaise posture face aux communales de l’année prochaine et aux présidentielles de 2015. Il n’en aurait pas fallu plus pour ouvrir un boulevard à l’adversaire.
D’autres facteurs auraient contribué à la décision des leaders des partis d’opposition. La communauté internationale, à travers ses représentants dont le médiateur Saïd Djinnit, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU et certains chefs d’Etats de la sous-région, se seraient engagés à veiller à la transparence du scrutin. Elle aurait assuré l’opposition de sa détermination d’aboutir à des élections libres et équitables.
En outre, l’Union européenne aurait fait prévaloir que c’est la première fois qu’elle envoie des observateurs pour des élections législatives. Jusque-là, elle se contentait des présidentielles. Mais en Guinée, aurait-elle précisé, elle a dépêché 72 observateurs qui seront présents et à Conakry et dans les circonscriptions de l’intérieur.
Sans minimiser les imperfections constatées dans la révision de la liste électorale et de toutes les autres anomalies, la communauté internationale aurait estimé que les corrections qui s’imposent sont faisables d’ici la date prévue. A ce titre, elle a mis des moyens techniques et humains à la disposition de la CENI tout en renforçant le comité de veille et de suivi. Cependant, elle n’ignore pas que, compte-tenu du passé, les Guinéens n’ont pas forcément foi en elle.
Est-ce dire que tout est résolu ? Loin s’en faut. La tentation serait forte, pour le pouvoir, de vouloir tricher en opérant une fraude massive qui priverait l’opposition de la victoire. Là-dessus, un consensus semble se dégager entre les différents leaders. Toute tentative de manipulation des résultats sonnera le glas du pouvoir assurent-ils. Ils avancent les raisons d’une telle détermination.
La campagne électorale montre que Lansana Kouyaté a largement rebondi en Haute-Guinée comme en témoigne la ferveur avec laquelle il a été reçu à Kankan et ailleurs. Sidya Touré a fait de même en Basse-Guinée et les pressions politiques ne semblent pas avoir entamé la popularité de ses candidats : voir le cas de Baïdy Aribot à Kaloum.
Malgré les bousculades de certains jeunes loups, Jean-Marie Doré semble garder toute sa popularité en Guinée-Forestière. Il en est de même pour Jean-Marc Telliano.
Quant à Cellou Dalein, l’évidence s’impose par elle-même. Sa tournée électorale prouve qu’il reste le leader du plus grand parti politique. Que son parti est de loin le mieux implanté en Moyenne Guinée où il reste indétrônable. Son retour de campagne qui a mobilisé plus de militants et sympathisants que tout autre leader politique témoigne également de son poids politique en Basse-Guinée.
Toutes ces raisons et bien d’autres, expliqueraient la détermination des leaders politiques à engager, en cas de fraude, des manifestations jusqu’à la chute du système en place. Ils sont convaincus que la communauté internationale n’aura rien à leur reprocher, du moment qu’elle est le principal acteur de toutes les négociations et de tous les accords.
Ces explications éclaireraient-elles les Guinéens pour les inciter à se mobiliser et à voter massivement le 28 septembre 2013 ? Ce serait une manière de conjurer le sort et le découragement qui commencent à gagner certains.
A mon sens, le combat doit continuer jusqu’à la victoire aux législatives. Naturellement les balbutiements, les tergiversations, les difficultés, la lenteur du processus, les incertitudes des corrections des imperfections ne sont pas forcément des facteurs encourageants. Mais nous ne devons pas nous tromper d’adversaire : nous luttons contre le pouvoir en place et son système ethnocentrique.
Chacun d’entre nous doit se dire : « s’il reste encore une seule chance pour sauver la Guinée en instaurant la démocratie, ce sont ces législatives, préludes de la victoire en 2015 ».
Lamarana Petty Diallo