Oury Baldé Dimanche, 22 Septembre 2013 22:30
Quoique reportées in extremis, les législatives n’enfreindront pas la logique de la calamiteuse présidentielle de novembre 2010 : report incessant, querelles byzantines, violence tous azimuts, implication mitigée de la communauté internationale, le tout pour finir par une mascarade au bénéfice d’AC et du RPG.
Il faut croire que les législatives sont le prolongement de la présidentielle.
Biaisées à la base par un fichier électoral taillé sur mesure pour le pouvoir afin de s’assurer un avantage certain à toutes les joutes électorales, brusquées à cause de la deadline au 31 octobre 2013 du 10e FED (139,9 millions d’euros d’aide), finalement reportées au mépris du code électoral ‒article 631 ‒ à la date historique du 28 septembre ; les législatives guinéennes ne s’avèreront pas moins un scrutin contesté et des plus opaques. Tout semble aller dans ce sens avec:
1- Une communauté internationale ambigüe et dont l’efficacité de la médiation reste à prouver.
Tout en contribuant grandement à sortir de l’impasse politique guinéenne, la communauté internationale n’est guère allée à l’encontre des intérêts du pouvoir. On ne pourra mesurer l’importance de l’intercession de l’ONU et de son médiateur Saïd Djinnit qu’au soir de la proclamation des résultats électoraux. Pour le moment, on a du mal à en réaliser toute la portée.
Ne risque-t-on pas de nouveau de sacrifier le bons sens et la quiétude sociopolitique au nom du retour à la constitutionnalité et de la recherche de la stabilité ?
2- Des errements répétitifs de l’opposition pas exempte de tout reproche dans l’embrouillamini électoral
CDD, Sidya Touré, Mouctar Diallo et autres n’ont, certes, pas généré exprès l’esprit de triche d’AC, mais tout au long du processus, en amont et en aval, leurs nombreuses maladresses politiques (en acceptant Waymark-Sabari sans garanties solides, par exemple) ont grandement contribué à le façonner. La remise en question dans certains QG ne serait pas superflue, à condition de survivre aux regrets.
Mais les dés étant d’ores et déjà jetés, il faudra aux leaders politiques assumer les conséquences de leurs choix, avant et après la mascarade électorale annoncée. De plus en plus, des détracteurs, « opposants aux opposants », se font entendre, sans qu’on ne trouve mieux que nos habituels cadors politiques, toutefois.
3- Une CENI juge et partie
Réduite à un simple faire-valoir du pouvoir au gré des moult pérégrinations électoralistes depuis sa création, même recomposée, la CENI n’a jamais su affirmer son impartialité supposée.
Reste à savoir comment limiter la fraude massive qu’elle envisage de nouveau, avec les ultimes corrections des nombreuses anomalies du fichier électoral (suppression des doublons, triplons, décuplons, etc.) ; redécoupage des circonscriptions électorales ; ajout de milliers de votants non-inscrits, pour plus de cinq (5) millions d’électeurs, à moins d’une semaine de l’échéance ! Mission impossible, sauf pour notre CENI…
Par ailleurs, sans envisager leur sécurité et celle de leurs militants face à la barbarie des loubards du RPG, c’est à une boucherie que les politiques guinéens mènent leurs militants, en organisant de nouvelles manifestations.
S’il faut que le « professeur » se démocratise, la communauté internationale devrait moins ménager ses intérêts et l’y contraindre, et que concomitamment l’opposition passe de l’amateurisme à une stratégie anti-dictature plus adaptée.
Autrement, on aurait du mal à comprendre qu’un pouvoir, acquis grâce une supercherie électorale historique alors que tout semblait perdu, se maintenant par la violence, la diversion et la division, se préoccuperait d’organiser des élections crédibles.
L’habitude présageant de la suite, il y a de fortes raisons de croire que les mêmes méthodes de la violence et de la fraude qui ont forgé ce pouvoir, survivront au lendemain des législatives et au-delà, probablement jusqu’à son terme. Hélas !
De tout ce cirque électoral kafkaïen, ce n’est ni la raison d’être de nos lois qu’on vient de violer allégrement, encore moins celle d’une Assemblée nationale à deux (2) ans de la fin du quinquennat d’AC, qui posent problème.
L’Assemblée nationale, d’ailleurs simple ornement de notre démocratie de façade, n’ayant que peu ou prou servi face à un pouvoir outrageusement présidentialiste et une population majoritairement analphabète, en Guinée. Ce n’est pas cette fois-ci que ça risque de changer. Comme donc par le passé (à la mort de Lansana Conté, par exemple, laissant une Assemblée nationale « périmée ») les législatives accoucheront d’un parlement anachronique et, probablement, tout sauf utile.
Il y a longtemps que la Guinée devrait être mise sous tutelle sans que rien ne soit fait.
In fine, toute cette fumisterie politique incessante, dans un contexte sociopolitique moribond, désespère davantage de la politique guinéenne et interdit de croire que des élections changeront de sitôt quelque chose à la situation du pays.
Pourtant, les responsables du chaos national sont tout désignés…
Oury Baldé
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