De la mascarade de la présidentielle aux législatives bâclées

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BALDE_Amadou_Oury_6_01Quoique reportées in extremis, les législatives n’enfreindront pas la logique de la calamiteuse présidentielle de novembre 2010 : report incessant, querelles byzantines, violence tous azimuts, implication mitigée de la communauté internationale, le tout pour finir par une mascarade au bénéfice d’AC et du RPG.

Il faut croire que les législatives sont le prolongement de la présidentielle.

Biaisées à la base par un fichier électoral taillé sur mesure pour le pouvoir afin de s’assurer un avantage certain à toutes les joutes électorales, brusquées à cause de la deadline au 31 octobre 2013 du 10e FED (139,9 millions d’euros d’aide), finalement reportées au mépris du code électoral ‒article 631 ‒ à la date historique du 28 septembre ; les législatives guinéennes ne s’avèreront pas moins un scrutin contesté et des plus opaques. Tout semble aller dans ce sens avec:

1- Une communauté internationale ambigüe et dont l’efficacité de la médiation reste à prouver.

Tout en contribuant grandement à sortir de l’impasse politique guinéenne, la communauté internationale n’est guère allée à l’encontre des intérêts du pouvoir. On ne pourra mesurer l’importance de l’intercession de l’ONU et de son médiateur Saïd Djinnit qu’au soir de la proclamation des résultats électoraux. Pour le moment, on a du mal à en réaliser toute la portée.

Ne risque-t-on pas de nouveau de sacrifier le bons sens et la quiétude sociopolitique au nom du retour à la constitutionnalité et de la recherche de la stabilité ?


2- Des errements répétitifs de l’opposition pas exempte de tout reproche dans l’embrouillamini électoral 

CDD, Sidya Touré, Mouctar Diallo et autres n’ont, certes, pas généré exprès l’esprit de triche d’AC, mais tout au long du processus, en amont et en aval, leurs nombreuses maladresses politiques (en acceptant Waymark-Sabari sans garanties solides, par exemple) ont grandement contribué à le façonner. La remise en question dans certains QG ne serait pas superflue, à condition de survivre aux regrets.

Mais les dés étant d’ores et déjà jetés, il faudra aux leaders politiques assumer les conséquences de leurs choix, avant et après la mascarade électorale annoncée. De plus en plus, des détracteurs, « opposants aux opposants  », se font entendre, sans qu’on ne trouve mieux que nos habituels cadors politiques, toutefois.


3- Une CENI juge et partie 

Réduite à un simple faire-valoir du pouvoir au gré des moult pérégrinations électoralistes depuis sa création, même recomposée, la CENI n’a jamais su affirmer son impartialité supposée.

Reste à savoir comment limiter la fraude massive qu’elle envisage de nouveau, avec les ultimes corrections des nombreuses anomalies du fichier électoral (suppression des doublons, triplons, décuplons, etc.) ; redécoupage des circonscriptions électorales ; ajout de milliers de votants non-inscrits, pour plus de cinq (5) millions d’électeurs, à moins d’une semaine de l’échéance ! Mission impossible, sauf pour notre CENI…


Par ailleurs, sans envisager leur sécurité et celle de leurs militants face à la barbarie des loubards du RPG, c’est à une boucherie que les politiques guinéens mènent leurs militants, en organisant de nouvelles manifestations.

S’il faut que le « professeur » se démocratise, la communauté internationale devrait moins ménager ses intérêts et l’y contraindre, et que concomitamment l’opposition passe de l’amateurisme à une stratégie anti-dictature plus adaptée.

Autrement, on aurait du mal à comprendre qu’un pouvoir, acquis grâce une supercherie électorale historique alors que tout semblait perdu, se maintenant par la violence, la diversion et la division, se préoccuperait d’organiser des élections crédibles.

L’habitude présageant de la suite, il y a de fortes raisons de croire que les mêmes méthodes de la violence et de la fraude qui ont forgé ce pouvoir, survivront au lendemain des législatives et au-delà, probablement jusqu’à son terme. Hélas !

De tout ce cirque électoral kafkaïen, ce n’est ni la raison d’être de nos lois qu’on vient de violer allégrement, encore moins celle d’une Assemblée nationale à deux (2) ans de la fin du quinquennat d’AC, qui posent problème.

L’Assemblée nationale, d’ailleurs simple ornement de notre démocratie de façade, n’ayant que peu ou prou servi face à un pouvoir outrageusement présidentialiste et une population majoritairement analphabète, en Guinée. Ce n’est pas cette fois-ci que ça risque de changer. Comme donc par le passé (à la mort de Lansana Conté, par exemple, laissant une Assemblée nationale « périmée Â») les législatives accoucheront d’un parlement anachronique et, probablement, tout sauf utile.

Il y a longtemps que la Guinée devrait être mise sous tutelle sans que rien ne soit fait.

In fine, toute cette fumisterie politique incessante, dans un contexte sociopolitique moribond, désespère davantage de la politique guinéenne et interdit de croire que des élections changeront de sitôt quelque chose à la situation du pays.

Pourtant, les responsables du chaos national sont tout désignés…


Oury Baldé


Note :

  1. CHAPITRE 7 : DES OPERATIONS DE VOTE
    ARTICLE 63 : Les électeurs sont convoqués par décret du président de la République publié au Journal officiel de la République de Guinée : (…)
    • Soixante-dix (70) jours avant le scrutin pour les élections législatives.

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Commentaires  

 
+2 #9 Oury Baldé 24-09-2013 23:38

Citation en provenance du commentaire précédent de Amenofils:
Dans le contexte actuel, l'opposition fait du mieux qu'elle peut dans la Guinée de alfa onde (...)

Améno, on en jugera notamment au soir du 28 Septembre ou a la veille de la proclamation des résultats...Soyez absolument de la partie, vu que vous nous promettez.
Citation en provenance du commentaire précédent de Amenofils:
(...)
Il serait bon de faire des propositions à cette opposition pour l'améliorer pour le bien de la Guinée que de lui coller tous les pêchés d'Israel.

On a une conception patrimoniale des partis politiques en Guinée , comme le dit Gandhi.Les leaders politiques considèrent que les formations politiques leur appartiennent , et de ce fait ils ne sont redevables de personne dans la gestion de leur chose -le parti.Le paradoxe , c'est que les militants ne demandent pas non plus de comptes. On se contente de suivre tout bonnement des hommes et non des idées. les caucus , AG sont inconnus du langage politique chez nous.
Pouvoir et Opposition , chacun évolue en cabochard (comme bon lui semble) dans son domaine de compétence, sans transparence et démocratie.Logiquement, JMD qui est président du PGP depuis 1990 peut -il traiter AC de non democrate voulant se maintenir au pouvoir ? Juste a titre d'exemple.
Pour les critiques contre l'opposition , je pense que ce sont les critiques constructives( comme on en fait souvent sur notre forum ici.Ce devrait être un tremplin.Et il me semble que nous soyons lus jusque dans les salons a Ckry.)) qui font évoluer .Encore faut-il les accepter, meme si on est pas tous des politiciens de formation.
Certains même ici, et non des moindres,se sont portés volontaires pour épauler ou apporter gracieusement leur aide a nos formations politiques .Ont-il été entendu? J'en doute.
Il faut donc que le métier de politicien se professionnalise en Guinée ,pour que ça change.Cela implique beaucoup de choses.
Espérons que ce soit demain la veille!
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+3 #8 Amenofils 24-09-2013 22:22

Dans le contexte actuel, l'opposition fait du mieux qu'elle peut dans la Guinée de alfa onde.
Une des choses qu'elle doit améliorer est sa communication car alfa a un lobby qui communique pour lui dans la sous-région, en Afrique et dans le monde. On apprend même par RFI que les peuls victimes sous Sekou Toure se sont joint aux sousous pour illettrés les Malinke sous l'ère conte. Ce qui est complètement faux mais ce sont des propos du pouvoir en Guinée.
Il serait bon de faire des propositions à cette opposition pour l'améliorer pour le bien de la Guinée que de lui coller tous les pêchés d'Israel.
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+3 #7 Patriote 24-09-2013 03:05

Oury Baldé,
Tu m'as mal compris. Pour moi, on est condamné à vivre ensemble. Partant, nous sommes obligés de nous entendre en faisant preuve de bonne foi, d'amour et de sincérité. La communauté ne peut venir qu'en appoint à nos efforts. Parce qu'après elle se retire et nous laisse entre nous guinéens comme un mari et sa femme dans leur foyer après une dispute réglée. Je ne suis pas du tout pour le divorce.
Aussi, ce n'est pas une fuite en avant lorsque je parle de l'échéance 2015. C'est plutôt pratico-pratique, il faut que le repas soit fin prêt avant d'envoyer les cartes d'invitation. Ce qu'on n'a pas fait pour les législatives, tout n'était pas à point. Il manquait quelque chose mais trop tard ou presque. En d'autres termes, il faut faire en sorte que pour les consultations à venir que tout le monde soit d'accord sur tout les points avant de convoquer les électeurs. Sur ce point, même mon principal contradicteur Gandhi (lol) est d'accord avec moi.
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+1 #6 Oury Baldé 23-09-2013 22:39

Citation en provenance du commentaire précédent de Fatoumata:
(...)
Personnellement, je ne pense pas que la position de la communauté internationale soit ambigue. Sa position officielle est claire: elle a un rôle d'observateur.
Ce n'est pas au médiateur de l'ONU d'apporter la preuve de manipulations ou fraudes de la part du parti au pouvoir mais à l'opposition de le faire.
Au lieu d'apporter des arguements objectifs et irréfutables (faits: données, images, audio/vidéos), elle ne fournit que des informations subjectives.
(...)!

Légèreté plutôt que complexité ? Je reste dubitatif. Je ne crois pas non plus que la mission de consolidation de la paix de la CI se réduise à une simple observation et suggestion.
Ya de la mage pour la Communauté internationale de faire mieux , en ne se substituant pas forcement aux États dans ses interventions dans les pays en crise .
Il arrive même que dans certains pays (Israël /Palestine, Mali , par exemple ) qu’elle définisse la feuille de route des négociations. Pour en dire sur son rôle accru.
Peut-être que pour le cas de la Guinée, cela a été fonction du niveau d’implication critique de l’opposition qui aurait dû , ne serait-ce par exemple , être plus exigeante avec le comité de suivi de l’accord politique .
Mais tout ça est désormais derrière nous .ça risque pas comme le dit Gandhi de nous avancer à grand-chose maintenant.
PS: la calice ! Pour une fois "Fatoumata"me sort pas la grosse matraque (lol!) , je peux m'estimer avoir du bol , pour une fois (lol!).Comme quoi , ya rien de définitif.
Bien a vous .
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+2 #5 Oury Baldé 23-09-2013 22:04

Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
Mon ami Oury Baldé,
C'est une démission que de vouloir mettre notre pays sous tutelle parce que si nous ne pouvons pas nous entendre entre nous guinéens ce n'est pas la communauté qui le fera à notre place. Et si tel est le cas alors "divorçons".
...

Slt Patriote,
la , pour un défenseur du droit , de la démocratie et de la légalité comme toi , ça m’étonne d'entendre évoquer la désintégration nationale -le divorce!!!-
Pour ce qui est de la mise sous tutelle , ce n'est pas explicite mais c'est une réalité quasiment.Comment expliquer sinon a chaque fois il faut l'intervention internationale qu'on appelle du pied d'ailleurs ,pour résoudre nos différends politiques ?
Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
(...)
Pour ce qui est des élections à venir (2015 et suivants), il faudra tout régler avant de convoquer les électeurs. Mais j'ai peur qu'on y arrive à cause de la mauvaise foi et de l'amateurisme de tous les acteurs (opposants comme mouvance).

N'est-ce pas "deshabiller St Paul pour habiller St Pierre " ( ou une fuite en avant ) de se projetter dans de futures élections en 2015 qui elles seraient "reglo" , alors que meme nous avons toutes les peines du monde a élire un parlement depuis 3 ans ?!
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+5 #4 Gandhi 23-09-2013 21:32

Citation en provenance du commentaire précédent de Fatoumata:
L'OPPOSITION est entièrement responsable de son propre ÉCHEC et des conséquences qui en découlent! Elle ne DOIT donc s'en PRENDRE qu'À ELLE-MÊME!

Absolument, mais une fois que c'est dit, ça change quoi ?
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+3 #3 Fatoumata 23-09-2013 18:21

Ce qu'on retiendra de cette opposition c'est qu'elle aura fait preuve de légèreté dans son approche tout au long de ce processus électoral.
Personnellement, je ne pense pas que la position de la communauté internationale soit ambigue. Sa position officielle est claire: elle a un rôle d'observateur.
Ce n'est pas au médiateur de l'ONU d'apporter la preuve de manipulations ou fraudes de la part du parti au pouvoir mais à l'opposition de le faire.
Au lieu d'apporter des arguements objectifs et irréfutables (faits: données, images, audio/vidéos), elle ne fournit que des informations subjectives.
Il est évident que tout le monde (argument subjectif) sait que le parti au pouvoir est prêt à tout faire (y compris des fraudes) pour s'assurer une victoire. On pourrait en dire autant de l'opposition. La seule différence réside dans le rapport de forces.
Mais avont nous pour autant des preuves pouvant servir à étayer cette affirmation? Là est la question!
L'opposition a eu près de 3 ans pour recueillir ces preuves, mais qu'a-t-elle fait à part se plaindre? A quoi a servi le sacrifice de ses militants? Tous ces morts, estropiés, violentés, violées, vandalisés.... Pour QUOI? POUR revenir à la CASE de départ?
Le PRG et son gouvernement ont une responsabilité certaine face à toutes les dérives qui ont eu lieu au cours de ces 2-3 années.
Mais une chose demeure: L'OPPOSITION est entièrement responsable de son propre ÉCHEC et des conséquences qui en découlent! Elle ne DOIT donc s'en PRENDRE qu'À ELLE-MÊME!
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+7 #2 Gandhi 23-09-2013 10:00

La Communauté internationale défend d'abord ses intérêts, dont la stabilité des pays africains constitue parfois l'unique boussole.
Comme d'habitude l'opposition a bien compris les enjeux, mais souffre de l'utilisation de moyens inadéquats pour se faire respecter.
Parler de responsabilité des leaders de l'opposition, c'est oublier que nous n'avons pas à faire à de vrais partis politiques, où l'on sanctionne les leaders défaillants. Qui va couper la branche sur laquelle il est assis, puisque le parti lui appartient ? Même s'il fait n'importe quoi, un président de parti va rester à la tête de son association dont il est propriétaire, libre aux grincheux d'aller voir ailleurs. C'est une erreur d'imaginer transposer le fonctionnement d'un parti guinéen avec le parti d'un pays occidental.
Pour empêcher la fraude, il faut être présent dans les différents bureaux de vote et notamment en Haute Guinée, où un nombre d'électeurs fantômes a fait son apparition. Si les militants sont présents pour surveiller, les fantômes inscrits ne pourront pas voter. Lorsqu'il n'y a personne au contraire, on constate que le nombre d'électeurs votants est supérieur à celui des inscrits !!! (comme à Siguiri en 2010).
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+5 #1 Patriote 23-09-2013 02:57

Mon ami Oury Baldé,
C'est une démission que de vouloir mettre notre pays sous tutelle parce que si nous ne pouvons pas nous entendre entre nous guinéens ce n'est pas la communauté qui le fera à notre place. Et si tel est le cas alors "divorçons".
Pour ce qui est des élections à venir (2015 et suivants), il faudra tout régler avant de convoquer les électeurs. Mais j'ai peur qu'on y arrive à cause de la mauvaise foi et de l'amateurisme de tous les acteurs (opposants comme mouvance).
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