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La campagne des législatives en marche ‒ Observations et suggestions en guise de carnet de bord
Lamarana Petty Diallo Jeudi, 29 Août 2013 19:44
La date des législatives guinéennes approche à grands pas. Du coup, la campagne électorale bat son plein. Au même moment grandissent les préoccupations, les inquiétudes, les malaises, mais aussi les espoirs de la classe politique et des citoyens. Conséquemment de nouvelles alliances voient le jour tandis que d’autres se défont.
Cette situation a un premier effet, la mésentente que certains appellent tout simplement les défections au sein de l’opposition. Pour ces observateurs, cela augure déjà un bras de fer entre les anciens alliés de l’ADP, du Collectif, du CDR et du FDP à veille d’une échéance cruciale. Celle-là même qui pourrait les porter ensemble à l’hémicycle ou les perdre à jamais au bénéfice d’un pouvoir qui a déjà montré ses limites.
Que devrait faire l’opposition guinéenne pour éviter cette dernière hypothèse ? Je lui ferai quelques propositions qu’elle est libre d’emporter ou non dans sa besace de son tour des villes et villages de Guinée.
1- Prendre conscience du chemin parcouru et en mesurer les enjeux.
Quoi qu’on dise, l’opposition guinéenne a réussi un certain nombre d’exploits et même relevé le défi de l’unité dans la lutte contre le pouvoir en place. Hélas, des couacs, parfois plus, ont entaché cette unité à la veille des législatives. Hétéroclite ou homogène, peu importe. Cette opposition aura le même sort au lendemain du 24 septembre prochain : gagner ou péricliter ensemble, laissant, du coup, la place à une nouvelle génération politique.
Les leaders des partis politiques qui sont restés fidèles à l’idée de départ, celle de gagner les législatives en battant la mouvance, doivent être conséquents. Il ne faudrait pas qu’ils perdent de vue que c’est entre manifestations collectives, opposition à l’interne et consensus qu’ils sont parvenus à décrocher les élections.
Cependant, il faudrait dire à haute et intelligible voix que si certains membres de cette classe politique ne se ressaisissaient, il est fort à craindre que l’histoire ne retienne que ce seul exploit : se battre ensemble pour des élections, se diviser la veille de leur tenue et les perdre à l’arrivée. D'où l’impérieuse nécessité qui s’impose à chacun de mettre de côté son ego pour sortir la Guinée du trou noir dans lequel elle est plongée depuis les présidentielles de 2010.
2- Clarifier la position du « Centre »
Au-delà des simples déclarations médiatiques, les partis politiques réunis au sein de l’alliance « Agir ensemble pour la Guinée » (AEG) doivent prouver qu’ils ne sont pas un club de copains et un appendice du pouvoir en place.
Pour ce faire, les responsables de l’AEG doivent clarifier une fois pour toutes leur positionnement face aux futures échéances. Leur objectif est-il la tenue des législatives en soi ou battre Alpha Condé et son alliance RPG-Arc-en-Ciel ? Dans la même perspective, ils devraient satisfaire quatre préalables que je considère comme essentiels. Dire avec qui ils iront aux élections. Pourquoi ? A quelles conditions ? Pour quelle(s) fin(s) ?
Ces préalables sont d’autant plus nécessaires que la notion de « Centre » pose problème en Guinée. Pourquoi ?
Historiquement « le Centre » se crée dans les pays où il y a eu de grands conflits comme les deux guerres mondiales ou la guerre de sécession comme aux Etats-Unis. Ainsi, le Centre se place-t-il entre la Gauche et la Droite. C’est le cas du Modem issu de l’Union des forces démocrates (l’UFD) de François Bayrou et qui se définit comme parti centriste en France. Au Royaume-Uni, entre les Travaillistes et les Conservateurs, ce sont les Démocrates-libéraux qui composent le Centre. En Allemagne, où dominent les démocrates-chrétiens (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD), le Centre est formé par le parti libéral-démocrate (FPD). Rien à voir avec la Guinée dont l’histoire politique moderne est pourtant inspirée de celle de l’ancienne puissance coloniale.
Qu’à cela ne tienne. L’AEG, dont certains observateurs doutent de la crédibilité et s’interrogent sur l’opportunité de sa création, ne devra plus se contenter de se défendre de tout esprit de division. Ses affirmations d’appartenance à l’opposition ne suffisent pas en elles-mêmes. Il faudrait satisfaire d’autres critères.
3- Lever les équivoques, sources de confusion et préludes à la division et à l’échec
Si la trahison est fille du doute, du paradoxe, de la confusion, elle est la mère de l’échec. De cette assertion, je pourrais relever quelques inquiétudes des citoyens qui sont perplexes face à certains positionnements.
En premier lieu, les intentions de Jean-Marie Doré, secrétaire général de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG) qui a récemment déclaré vouloir briguer la présidence de la future Assemblée nationale. C’est son droit. C’est le contexte et les raisons évoquées qui sont plutôt floues.
M. Doré légitime sa déclaration par une simple promesse qu’il aurait faite, non pas à l’ensemble de la Guinée Forestière, encore moins des Guinéens, mais uniquement aux populations de N’Zérékoré. A se demander qui votera pour la présidence de l’hémicycle. La seule région de N’Zérékoré peut-être ?
On pourrait également se demander avec qui l’ancien premier ministre s’alliera-t-il ? Aux seuls membres de l’AEG ? Avec le RPG-Arc-en ciel qui a déjà sa candidate en lice ? Dans ce cas de figure pourquoi avoir dénoncé son soi-disant deal avec Alpha Condé ? Ou bien aura-t-il l’audace de draguer les autres membres de l’opposition républicaine qu’il n’a jamais voulu rejoindre depuis son départ de la primature ? Pour le moment, ne parlons pas de son projet.
Un autre paradoxe à éclaircir. Les récentes déclarations de Fodé Mohamed Soumah, président de Génération citoyenne (GéCi) qui affirme avoir été trahi par l’Alliance Cellou Dalein président. Il n’a pas hésité à crier haut et fort qu’il ne soutiendra ni l’UFR ni l’UFDG et autres partis alliés dans la conquête de Kaloum. Il ne lui a manqué que le courage de dire pour quel parti politique il appellera à voter.
Une question sans trop de mystère si l’on sait quels sont les partis en lice pour la conquête de ladite commune.
4- Aller aux législatives en ordre de bataille sans se tromper d’adversaire
L’un des gages de réussite de toute conquête de pouvoir, c’est la mutualisation des moyens, la mobilisation des troupes et l’identification de l’adversaire.
A cette fin, l’opposition guinéenne doit définir l’ordre de bataille qu’elle entend adopter et cibler l’adversaire tout en pensant au lendemain des législatives. Ce qui voudrait dire qu’elle ne doit pas perdre de vue qu’il y a des adversaires du moment avec lesquels il va falloir négocier et d’autres qu’il faudra continuer à combattre.
Pour le moment, seules l’UFR et l’UFDG semblent aller en ordre de bataille. Les deux partis ont opté pour un désistement réciproque dans des régions ou préfectures en fonction de la probabilité de réussite ou d’échec de l’une ou l’autre formation politique. La quasi-totalité des préfectures et régions de la Basse et de la Moyenne Guinée sont concernées par cette entente.
On peut déplorer que les négociations avec le PEDN de Lansana Kouyaté accouchent, comme aux présidentielles, d’une souris. Si aucun accord, même à minima, n’intervenait entre les anciens alliés, on est en droit de se demander lequel sera dévoré par le glouton RPG-Arc-en-ciel. Notamment dans les localités où il y aura un combat à trois ou plus.
5- Respecter les accords entre partenaires et dénoncer les dérives du système en place
Les risques d’échecs, conséquences de la division et des défections de certains alliés d’hier, pourront être mieux évalués dans les semaines à venir. D’ici-là , les différents leaders qui ont scellé des accords sur lesquels ils se sont engagés (et ont engagé leurs militants et sympathisants) ont l’obligation d’en être dignes. Ils doivent les respecter et garder le cap.
Des actes concrets sont à entreprendre dans ce sens. Entre autres, tenir ensemble des meetings partout où il y a désistement d’une partie en faveur de l’autre. Se donner la main et porter la même voix. Naturellement, il faudrait défendre les mêmes valeurs et affirmer les mêmes convictions pour des lendemains de victoire.
Dénoncer avec la plus grande virulence les dérives du pouvoir RPG-Arc-en-ciel. Mettre au grand jour les germes de la guerre inter-ethnique que ce pouvoir veut déclencher au Fouta par exemple à travers la pseudo-pétition de Mansour Kaba. Laquelle a inspiré le projet satanique d’opposer les Peuls et les populations d’origine mandingue.
Il est plus que vital d’expliquer aux anciens vassaux de Samory que le système veut instrumentaliser qui a vendu leurs ancêtres. Il faudrait leur dire, avec des mots simples, qui est à l’origine de leur situation passée. Bref, la propagande suicidaire du RPG et de ses alliés doit être réduite en miettes pour sauver la paix sociale de notre pays.
Les tragédies de N’Zérékoré, Koulé, Beyla et celles orchestrées lors des manifestations de l’opposition entre 2010 et maintenant ne doivent pas être laissées en reste.
De telles actions éclaireront les citoyens et leur permettront de glisser en âme et conscience leur bulletin dans l’urne.
6- Concevoir les élections législatives comme une ultime chance pour la Guinée
Les militants et sympathisants qui ont risqué ou perdu leur vie pour l’opposition et dans le combat pour la démocratie ne doivent pas être sacrifiés à l’autel de l’oubli.
Par conséquent, les leaders de l’opposition ne doivent pas oublier le long chemin parcouru. Un chemin traversé de douleurs, de souffrances, de larmes, de sang et jonché de cadavres. Pour ce faire, ils doivent être inflexibles sur les accords du 3 juillet 2013. Cela d’autant plus que les élections pour lesquelles des préalables ont été définis et co-signés par le pouvoir et le comité de veille constituent une ultime chance pour la Guinée. En même temps, elles peuvent augurer, pire, donner lieu, à des lendemains plus sombres qu’on n’en a jamais connus.
Pour éviter ce dernier cas de figure, l’opposition, la vraie, serais-je tenté de dire, les partis alliés du RPG-Arc-en ciel et le comité de suivi et de veille doivent faire preuve de responsabilité. Les uns et les autres ont l’obligation morale de respecter leur engagement sur la transparence. Il en va de leur crédibilité et du devenir d’un peuple et d’une nation. Ils ne doivent pas perdre de vue qu’en matière de transparence les Guinéens gardent un goût très amer.
Ce comité qui travaille en toute discrétion et essaie de résoudre les problèmes à l’interne doit également maitriser les velléités des uns et des autres : CENI, Pouvoir, partis politiques de tout bord, etc.
Je voudrais terminer en disant que ces critiques, observations, propositions et suggestions sont une simple esquisse, une réflexion personnelle d’un citoyen soucieux du bien-être de son peuple.
Je m’adresse, au-delà d’un leader ou responsable de parti politique, d’un pouvoir, aux citoyens guinéens dans leur ensemble. Je m’adresse à tout représentant du peuple de Guinée qui mesure le sens de ses responsabilités et les risques qui pèsent sur ses épaules à la veille des législatives de septembre. Un rendez-vous qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne s’annonce pas dans le meilleur des climats.
Le conflit interethnique qui a opposé Guerzés et Koniakas en Guinée Forestière, l’accueil hostile que les populations ont réservé à Kankan, Labé et ailleurs à Alpha Condé, président de la République et chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), en constituent la preuve.
De ces signes d’une situation sociale déjà en déliquescence et d’un désamour profond entre un peuple et son président peuvent naître le meilleur comme le pire.
Souhaitons que ce soit le meilleur pour le bonheur de notre peuple !
Lamarana Petty Diallo








