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Alpha Condé au Fouta : entre fausse repentance et confession d’un acrobate désillusionné

Lamarana Petty Diallo  Jeudi, 22 Août 2013 10:24

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DIALLO_Lamarana__Petty_7_01Il était connu que le président guinéen, était un équilibriste. Un acrobate fieffé. Mais on ignorait qu’il excellait dans le cynisme politique. Une attitude machiavélique décrite par l’auteur de Le Prince dont la philosophie (ou théorie) politique est justement appelée machiavélisme.

Je m’explique. Venu rendre visite au Fouta dont les fils sont parmi ses plus nombreuses victimes, voilà notre cher président se confondre en repentance de péchés qu’il aurait commis contre Lansana Conté.

Après avoir berné la Basse Guinée en soutenant dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2010 que sa mère est soussou, M. Condé s’avise, loin de la tombe de Bour Amaya du défunt général, avoir péché contre sa personne. Le premier paradoxe se situe à ce niveau.

L’hôte d’un jour de Labé, venu saluer le Fouta et qui, selon ses dires, n’est pas contre le Fouta (et inversement), ne demande pas pardon aux populations qui ont vu des dizaines de leurs filles et fils tomber sous les balles des Donzos, des forces de sécurité et autres loubards du RPG et du pouvoir. Un autre paradoxe.

On se demanderait bien les raisons d’un tel agissement. La réponse est dans la tentation de reconduire une stratégie qui a déjà fait ses preuves en 2010. Essayer à nouveau de faire boire les Soussous par les narines en remuant la fibre ethnique. N’ayant respecté aucune promesse électorale : fourniture d’eau et d’électricité dans la capitale, emploi des jeunes, bonne gouvernance, etc., le président en campagne électorale au compte de son parti politique veut jouer sur les sentiments. Il croit toujours que quelques sacs de riz appuyés par des billets de banque et une dose d’émotion suffiront pour embobiner à nouveau les populations de la Basse Guinée.

En ce qui concerne le volet Fria, c’est-à-dire le bradage de l’usine d’aluminium, c’est à peine s’il ne cite pas de nom. En tout cas, tout lecteur attentif voit ce qu’il prononce à demi-mot. Il ne faut pas être savant pour comprendre les ministres qui auraient été convoqués par le défunt président. Le cynisme joue également à ce niveau : M. Condé s’apitoie sur l’état de santé de Lansana Conté qui l’aurait empêché de sanctionner les coupables.

A cette attitude du chasseur s’apitoyant sur son gibier se mêle une autre manipulation sentimentale. Alpha Condé cite des noms, des amis d’antan. Bien plus, des proches. Il égrène des prénoms et relate un passé parisien qui serait de lutte et de combat contre le PDG et le pouvoir militaire qui lui a succédé.

C’est sûrement la première fois qu’il prononce le nom d’Alpha Ibrahima Sow depuis qu’il est arrivé au pouvoir. Cet homme à qui il doit bien plus que beaucoup, mais tout. Cet intellectuel dont certains plaignent la naïveté et d’autres glorifient l’intégrité, est pourtant celui qui a fait tout pour Alpha Condé. Serait-il exagéré de dire qu’il l’a tout simplement fait ? Je me passe des détails. Enfin, que sont devenus sous l’ère Condé les personnes citées et croisées à Labé ? Si elles ne croupissent pas sous la misère, elles ne s’abreuvent pas non plus à la même source que les nouveaux parvenus du RPG. Mais, ces proches d’hier, ces combattants des bords de la Seine ont, au moins, la fierté d’être restés intègres !

Venir au Fouta après avoir laissé tuer ses filles et fils, tenu des propos que Sékou Touré n’a pas osé et après avoir implicitement nié l’existence des Peuls pour reconnaitre un quelconque péché relève une fois de plus d’un pied de nez. Notre président à nous tous, surtout pas d’une seule ethnie, n’a-t-il pas affirmé que la Guinée est composée de trois ethnies ? Que toutes appartiennent à la même branche mandé et qu’il n’en connaît pas d’autres ? 

Le Président guinéen ne regrette rien de ce qui est arrivé lors des manifestations de l’opposition dont les Peuls ont payé le plus lourd tribut. Cela, du simple fait qu’ils sont considérés comme des militants et sympathisants naturels de l’UFDG. Il ignore que son grand tort est d’avoir confondu le Fouta avec Cellou Dalein, son redoutable rival politique. Une méprise qui ne risque pas de se réparer par des propos de circonstance.

En effet, il est plus facile de planter la haine que de la déraciner. Quand on désigne ouvertement toute une composante de la nation comme des ennemis, il est facile de se proclamer « le père des sages qui sont plus vieux »que soi. Plus dure est la réalité.

Venir se repentir devant les sages réunis à Labé d’un péché post-mortem alors que les cadavres des enfants peuls sont encore chauds, en tout cas encore en voie de décomposition, est du pire cynisme. Une nouvelle manière de vouloir opposer Soussous et Peuls en jouant sur les sentiments : frustrer les Peuls d’un côté en ignorant les morts imputables au pouvoir et feindre de regretter des actes commis contre celui qui, en quelque sorte, est devenu leur idole.

Pourquoi le président guinéen ne s’est-il pas repenti à Conakry ? Ne fallait-il pas se repentir et demander pardon à la famille Conté que de venir narguer le Fouta ? Fallait-il traverser toute la Guinée pour se rendre compte de ses erreurs ? Les populations de la Basse Guinée seraient-elles désormais moins sensibles à une confession tenue à Dubréka, Forécariah ou Coyah et plus réceptives à un lointain message venant du Fouta Djallon ? Il reste qu’Alpha Condé n’a pas dit un mot sur les victimes peules : c’est ni regrets ni larmes !

Si le voyage présidentiel se limitait à une cascade de confessions, de reconnaissances de péché et d’affirmations du genre : « je ne suis pas le président d’une ethnie, je ne suis pas contre telle ou telle région naturelle » ne valait-il pas mieux le traduire par les actes ?

Comment affirmer face au Fouta que « toutes les nominations s’effectuent sur la base des compétences des cadres et non de l’origine ethnique ». Si tel était le cas, cela reviendrait à dire qu’en Guinée toutes les compétences sont d’une même ethnie. Cela justifierait la chasse faite aux cadres des trois autres ethnies dans la quasi-totalité de l’administration et ailleurs pour ne laisser que celle de l’ethnie au pouvoir. Un autre cynisme

Fallait-il attendre près de 3 ans pour reconnaître que le Fouta mérite une place au sein de la nation à tel point qu’il faut venir se confier lui ? Ce qui est sûr, la prochaine visite présidentielle sera en 2015. Exactement comme celle d’hier : à la veille de nouvelles échéances électorales. Avec une nouveauté cependant. M. Alpha Condé emploiera le pular à la place de la langue française. On s’imagine l’importance qu’aura gagnée le Fouta d’ici là ! woy-Yôyi !

A mon sens, Alpha Condé est allé au Fouta. Attendons le retour. En tout cas, il serait fort étonnant que les propos tenus face aux notables de la Moyenne Guinée valent à eux seuls un déplacement. Il semblerait que ces derniers ne se seraient pas trompés. Il suffit de bien analyser leurs réponses pour s’en convaincre.

Si on lit le document paru sur les sites internet sur la stratégie de maillage au Fouta lors des législatives qui s’annoncent, on comprendra mieux l’objet de la tournée du président guinéen. Il serait encore plus étonnant qu’il se soit rendu en Moyenne Guinée pour sécher les larmes de Kankan. La Basse Guinée en tant que terre matricielle serait mieux placée pour calmer l’enfant dont la branche paternelle l’aurait conspué à Kankan.

Alors, pourquoi cette visite inopinée à Labé, Pita, Dalaba et Mamou ? L’avenir nous éclairera.

Alaa ko noddi aroowo. dit-on en peul ! « Ne hèle pas celui qui vient vers toi » !


Lamarana Petty Diallo


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