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Crise des législatives guinéennes : quelle sera l’issue du bras de fer et du dialogue ?

Lamarana Petty Diallo  Samedi, 11 Mai 2013 14:39

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DIALLO_Lamarana__Petty_7_01Trois acteurs sont engagés dans la crise guinéenne autour des législatives : AlphaCondé, président de la République, Saïd Djinnit, envoyé spécial du Secrétaire général des Nations-Unies et la coalition de l’opposition formée par le Collectif, l’ADP, le CDR et le FDP.

Dans ce trio, il peut y avoir un gagnant et un perdant. Mais il ne peut y avoir qu’un seul gagnant également : la démocratie. Donc, la Guinée en tant que nation composée d’un peuple aux dimensions plurielles. C’est-à-dire politique, culturelle et, si l’on veut, ethnique.

Cependant pour que ce soit la dernière hypothèse qui sorte de la crise, il va falloir beaucoup de courage et non plus de sacrifices. Car, dans ce dernier domaine, il y en eu beaucoup. Trop même : une trentaine de morts, des centaines de blessés, plusieurs centaines d’arrestations, des pillages de biens publics et privés. Sans oublier les viols et les disparitions depuis les premiers évènements de Kankan, Siguiri, Labé, Galapagaye et ailleurs.

Le marchandage n’a plus lieu d’être dans la situation guinéenne actuelle en ce sens que tout citoyen honnête est en mesure de reconnaître que l’opposition a fait beaucoup de concessions. Plus qu’il n’en fallait disent les plus radicaux. Mais la politique conçue comme métier est comparable au métier du tisserand. Il faut donner d’une main et en reprendre de l’autre pour que de la navette sorte l’étoffe. Par conséquent, si le dialogue l’emporte sur les armes, toutes les parties engagées ne seront pas gagnantes.

Dans cette hypothèse très peu probable la clé est entre les mains de M. Alpha Condé. Un tel propos ne tient pas compte des présupposés et des arguments de certains critiques qui pensent que le pouvoir de décision est moins entre les mains du président que des faucons. Ce genre d’individus qui entouraient le général Lansana Conté au crépuscule de sa vie sont exactement les mêmes qui n’entendent pas lâcher un espace du pouvoir. Pour ce faire, ils font croire à l’hôte du palais présidentiel qu’ils sont ses amis. Lequel, oubliant leur itinéraire aussi sinueux qu’un lit de rivière les croit au mot et à la lettre. Ainsi, fait-il abstraction du fait que parmi ses amis d’aujourd’hui, il y en qui l’ont été pour Sékou Touré, certains pour Lansana Conté, comme je viens de le dire, d’autres pour Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté. Bon nombre d’entre-deux, l’ont été pour les trois derniers présidents nommés.

Ce que semble oublier Alpha Condé, c’est cet adage selon lequel « qui est ami de tout le monde, n’est ami de personne ». Il cherche tout simplement à arrondir les angles, à vivre de l’oisiveté, à exploiter les crédules, à tromper le peuple et les détenteurs momentanés du pouvoir. Alpha condé semble donc ignorer cette réalité ou, du moins, il n’en tient pas compte. Ce n’est sûrement pas le rappel d’un critique peul, ennemi juré de son pouvoir parce qu’il est justement peul dans un pouvoir anti-peul qui l’en avisera pour qu’il balaie, devant sa porte.

Le risque est alors grand qu’Alpha Condé reste buté jusqu’au bout. Qu’il continue à hypothéquer l’avenir de la Guinée, à approfondir les rivalités interethniques qui ne se réduisent pas entre Peuls et Malinkés. Loin s’en faut !

Actuellement, tous les Guinéens sont mélangés au sens ivoirien du terme faisant allusion au conflit interethnique qu’a connu la Côte-d’Ivoire. Hélas, ils sont actuellement très rares ceux qui n’ont pas un ressenti, le plus souvent mal fondé, contre les Malinkés. Mais le dire fait de vous un anti-malinké primaire alors que tel n’est pas le cas.

C’est là une des nombreuses dérives de la gouvernance actuelle. Ceux qui mettent tous les Malinkés dans un même panier oublient que dans l’opposition au pouvoir guinéen, il y a beaucoup de leaders malinkés. Il y a des cadres et des citoyens de toutes catégories socio-professionnelles de l’ethnie qui n’ont aucun sentiment anti-peul, anti-soussou ou anti-forestier. Que c’est une poignée de profiteurs, de nostalgiques, d’héritiers de la haine et de la torture, de râteliers dans tous les plats qui entourent et induisent Alpha Condé en erreur.

J’avais dit dans l’un de mes articles que cet entourage-là est plus dangereux pour lui que ne le sont les leaders de l’opposition et les Peuls qu’il a érigés en ennemis. Il méprise les premiers alors qu’il voue une haine viscérale contre les derniers qu’il indexe, chasse de l’administration civile et de l’armée, arrête arbitrairement et en grand nombre, emprisonne et tue à chaque fois que l’occasion se présente.

La question est de savoir si M. Alpha Condé s’avisera, se ressaisira et acceptera la main tendue de l’opposition. Toute chose très improbable tant l’homme croit à l’épreuve de force, à la victoire dans et par le conflit, à l’efficacité de sa stratégie basée sur la surprise et le maillage de toute la Guinée par ses forces étrangères. Les Donzos qui ne sont ni plus ni moins que des mercenaires de l’ULIMO, de l’URD et autres Angolais déguisés en agents forestiers et accessoirement en chasseurs. Des chasseurs de gibiers en pleine ville comme le disait Jean-Marie Doré.

L’autre interrogation, c’est celle de savoir jusqu’où ira l’opposition. Jusqu’où a-t-elle compris que les élections sont programmées pour les enterrer d’une part. Pour préparer non pas une Assemblée nationale pour le reste du mandat d’Alpha Condé mais pour assurer son second quinquennat, d’autre part.

Le vieux routier de la politique guinéenne n’a rien à faire d’une Assemblée nationale car le CNT l’arrange parfaitement. Néanmoins, il sait que cette structure taillée pour la transition ne peut pas tenir plus longtemps. Qu’elle n’est pas faite pour préparer des futures présidentielles. Cela explique son obstination au recensement, au maintien de la CENI, du moins pour le moment, et à l’organisation de législatives à mi-parcours. Cela montre que N’Koro n’est pas que malin, il est « Ké Koro Ba ». Seulement, le singe qui use ses ongles pour déterrer les arachides d’autrui ne devrait pas demander à ce dernier de les lui griller. A moins que…

L’opposition ne doit plus rien céder. Il ne lui reste d’ailleurs plus rien à donner si ce n’est son avenir politique. Elle doit en revanche accepter, comme elle le fait, d’aller à la table de négociation tout en sachant que « le pauvre » premier ministre, à qui tout échappe au profit de la coordination du RPG et des barons du pouvoir, ne peut malheureusement rien lui offrir. Il est l’image d’un élève qui ne peut donner que ce que le maître lui ordonne. D’ailleurs, de premier ministre comme celui-là, il n’en n’exista que sous le PDG.

Quant à l’envoyé spécial de Bank Ki-moon, il a fort à faire. Avant tout, il doit créer un climat de confiance auquel les Guinéens dans leur majorité ne croient pas trop. Pour cause ? La communauté internationale elle-même leur inspire très peu confiance. Ils imputent la responsabilité de la situation actuelle à cette communauté qui, pensent-ils à tort ou à raison, leur a imposé Alpha Condé en sacrifiant Cellou Dalein et Sidya Touré. Ils sont convaincus qu’aucun des deux vrais finalistes du premier tour de la présidentielle de 2010 ne leur aurait créé autant de problèmes qu’Alpha Condé.

Ensuite, cette même association d’Etats et d’’institutions est incapable de punir les auteurs et commanditaires des crimes contre l’humanité du 28 septembre 2009. Les Guinéens rappellent qu’elle ne l’a fait que dans une moindre mesure en Afrique : Liberia, Côte-d’Ivoire. Autant dire qu’en Guinée, M. Djinnit n’a pas que du pain sur la planche, il a aussi des cœurs et des esprits à rassurer.

Je peux dire que parmi les acteurs de la crise guinéenne, c’est en définitive M. Alpha Condé qui a le plus de problèmes à résoudre. Primo, il est le président de la République. A ce titre, et en dernier ressort, tout échec et toute réussite lui reviendra. Secundo, il devrait, soit se débarrasser des faucons de son camp, soit les convaincre des risques qu’il encourt personnellement. Mais aussi de ce à quoi ils s’exposent ensemble en cas d’implosion du pays.

Enfin, il a une autre solution. Ce sera de remanier son gouvernement en renforçant le poids et le nombre des hommes de dialogue qui le composent. Pour ce faire, il faudrait qu’il puisse caser les faucons et tous ceux qui se légitiment par leur ancienneté dans le RPG au détriment de la fonction présidentielle. Aura-t-il cette audace ? Rien de moins sûr si, comme le prétendent certains, le pouvoir lui échappe.

L’opposition quant à elle doit se montrer à la fois flexible et intransigeante. Flexible en continuant le dialogue en montrant que seule la Guinée compte pour elle. Qu’elle n’est pas composée des « anti-Alpha » primaires. De même, elle doit être ferme sur ses revendications sur la tenue d’élections sans Waymark et Sabari avec leur système vicié. En ne cédant pas sur le vote des Guinéens de l’étranger, sur le retrait du décret unilatéral du pouvoir et sur la libération des détenus et les sanctions des auteurs de meurtres de citoyens.

Enfin, M. Djinnit doit prouver qu’il est impartial et qu’il ne fait pas partie de ces étouffeurs d’oppositions comme ce fut le cas au Togo et au Gabon, par exemple. Il doit faire comprendre aux uns et aux autres que la démocratie prime désormais sur la prétendue stabilité que privilégiait la communauté internationale des années 1960 à 2000.

Si les uns et les autres réussissent à surmonter leur égo et leur division, à mutualiser les intérêts du peuple de Guinée à travers un dialogue contradictoire, mais serein et ouvert, alors il n’y aura qu’un gagnant. La Guinée, comme je le disais plus haut. Au cas contraire, et dans tous les cas, le perdant sera à court et à long terme M. Alpha Condé, qui aura raté sa présidence et à contrario, sa vie politique.

En cas d’un échec du processus actuel de dialogue, nul ne saurait prédire l’avenir et du pouvoir, et de l’opposition, et de la Guinée elle-même.

Prions pour que des difficultés actuelles vienne le Salut des Guinéens, de l’opposition, d’Alpha Condé lui-même et de notre nation. Amen !


Lamarana Petty Diallo


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