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Guinéens, cessons l’hypocrisie en nous disant la vérité les yeux dans les yeux !

Lamarana Petty Diallo  Lundi, 06 Mai 2013 14:46

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DIALLO_Lamarana__Petty_5_01La Guinée vit une étape difficile, cruciale et périlleuse de son histoire politique et humaine. Cette situation nécessite de nouvelles attitudes, de nouveaux comportements, un courage et une audace politique individuelle et collective.

Une nouvelle impulsion dont le but serait de stopper, alors qu’il est encore temps, la dictature qui sévit dans notre pays depuis l’arrivée au pouvoir de Monsieur Alpha Condé et de son parti politique : le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG).

Une telle ambition impose que les Guinéens osent se regarder en face et se dire la vérité. Toute la vérité sur le cours des choses et l’orientation prise par le RPG et son président depuis qu’ils ont le pouvoir.

Pour ce faire, il faudrait mettre fin à l’hypocrisie, au cynisme, à la foutaise, aux moqueries dont les victimes des manifestations et marches pacifiques, des arrestations arbitraires font l’objet de la part des bourreaux et de leurs commanditaires.

La première des hypocrisies, c’est celle du gouvernement guinéen qui, après avoir déployé les forces de répression galvaude dans ses déclarations « sa préoccupation pour la sécurité de tous les Guinéens ». Une acrobatie dont son porte-parole de ministre est passé maître.

Mais le comble de cette hypocrisie, c’est lorsque le président du RPG, Alpha Condé, qui se dit « président de tous les Guinéens » adresse ses condoléances, lisez-bien !, aux familles éplorées. Un chef de gang qui envoie ses sbires brigander et tuer pour ensuite pleurer sur ses victimes ne trompe personne.

Il faut que nous nous posions entre Guinéens les vraies questions de manière claire, honnête, patriotique et véridique. Par exemple, de quel côté sont les morts ? Qui tue-t-on le plus en Guinée depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir ? Qui a été taxé de complot ethnique et a vu ses cadres décimés par un système dont le RPG se vante d’être le digne héritier ?

L’une des vérités viendra de la réponse à ce genre de questions. Cela impose nécessairement à tout Guinéen un véritable examen moral. Malheureusement, et les politiques, et le Guinéen lambda, ne veut faire face à cet examen de conscience, à ce critère de manifestation de la vérité.

Les raisons sont diverses et ne feront pas ici l’objet de commentaires. Le plus évident est qu’il y a de la part des leaders politiques la peur d’être taxés d’ethnocentriques en nommant les faits. Tous les Guinéens semblent voir les choses, les connaître mais ne veulent pas les reconnaître dans leur aspect et dans leur nature. Pourtant, ce qui se passe est facile à désigner. Il s’agit d’un peu plus de courage, d’amour du proche et de compatriotisme pour se dire qu’il n’y a pas de marche pacifique sans que les peuls relèvent plus de morts que toute autre ethnie.

Il n’est pas difficile de dire que depuis qu’Alpha Condé est au pouvoir, il y a un véritable pogrom, une guerre sans merci, une sorte de solution finale à l’Hitlérienne contre les Peuls.

Qui pourrait nier qu’il y a actuellement en Guinée de la part d’Alpha Condé et de son système une stratégie qui s’apparente à une politique d’extermination de l’ethnie peule ? « Ces étrangers, ces tortues, ces Somaliens » que décrivait un de ses ministres les plus extrémistes en conseillant à Cellou Dalein d’émigrer vers la Somalie avec ses militants.

Face à la situation actuelle et au danger qui guette la paix sociale par la persécution quotidienne dont l’ethnie peule est l’objet, les Guinéens de toute ethnie, les Malinkés en premier et les autres entités nationales devraient se questionner sur la stratégie d’Alpha Condé et ses conséquences. Il faudrait qu’on se questionne sur la culture anti-peule instaurée depuis 2 ans en Guinée. Cela est d’autant plus nécessaire que la persécution pourrait conduire à une prise d’armes des victimes pour assurer leur propre défense.

Nous devrions tous nous poser la question de savoir s’il est juste et admissible que des membres d’une ethnie se fassent massacrer ? Qu’ils soient la cible quotidienne et sempiternelle d’un pouvoir ? Si les Peuls, contrairement à d’autres, méritent de mourir, je m’excuse, d’être assassinés, comme si Alpha Condé avait le droit de décider de leur vie et de leur mort. Il faudrait qu’on se demande pourquoi cet acharnement anti-peul de la part d’un homme. Jusqu’à quand cet ethnocentrisme condéiste va-t-il continuer ?

Des questions toutes simples qui invitent, comme toute réponse, à jeter un coup d’œil sur une réalité intangible. Faire un bilan même approximatif et nominatif de quelques victimes du pouvoir d’Alpha Condé.

Depuis le début des manifestations pacifiques de l’opposition, le nombre de victimes est évalué à une trentaine et à plusieurs centaines de blessés. Le bilan vient de s’alourdir aujourd’hui même avec le décès du jeune Mamadou Lamarana Diallo, victime des exactions des forces de l’ordre ou d’éléments extrémistes du RPG.

Parmi la longue liste des morts peuls d’Alpha Condé, rappelons quelques noms: Zakariaou Diallo, 27 ans, qui a succombé à ses blessures le 5 avril 2011 suite à ses blessures de la marche de l’opposition du 3 avril.

La marche pacifique du 25 avril 2013 a rallongé la liste des victimes avec la mort de Boubacar Diallo, 16 ans. Jusqu’à présent, le pouvoir refuse de rendre le corps du défunt à la famille. Pour raison d’enquête, prétend-il. Pourtant, aucune enquête n’a jamais été diligentée en Guinée après les massacres et assassinats orchestrés par les forces de l’ordre. Pourquoi le ferait-on pour ce cas-ci ?

La marche du 2 mai courant a enregistré 6 morts et des dizaines de blessés. Comme d’habitude, c’est la même ethnie-cible qui est visée.

Pour preuve : Ibrahima Chérif Diallo, 18 ans, tué le 3 mai. Mamadou Yaya Diallo, un enfant dont l’âge se situerait entre 10 et 14 ans, tué également le 3 mai et Mamadou Lamarana Diallo, 23 ans qui a été tué ce 4 mai 2013. A ces assassinats, il faut ajouter l’agression de Mme Dialikatou Diallo, secrétaire général du PEDN et qui s’en est tirée avec des blessures.

Lors de la marche du 27 février 2013, il y a eu 120 militants arrêtés et emprisonnés dont près de 90 militants ou sympathisants de l’UFDG. Encore en prison, condamnés ou en attente de l’être, ils sont majoritairement peuls.

Aux meurtres des jeunes et tous jeunes enfants, s’ajoutent ceux des membres des forces de l’ordre envoyés sur le terrain pour « tuer de l’opposition ». Pire, du Peul. On voit le danger de la revanche avec le lynchage de M. Mamadi Camara qui est sûrement aussi innocent que bien d’autres victimes. Son seul crime étant sa proximité supposée avec le pouvoir.

Il est à noter que, dans le présupposé complot contre Alpha Condé du 19 juillet 2011, tous les accusés sont des Diallo, Barry, Sow, Baldé, Bah. Ils sont de toutes les professions et catégories sociales. : chauffeurs, commerçants, chômeurs, forgerons, mécaniciens, officiers. A ceux-là, s’ajoutent quelques victimes, en nombre inférieur, de personnes d’autres ethnies qui partagent le malheureux sort des Peuls. Espérons qu’ils ne sont pas des faire-valoir pour voiler l’ethnocentrisme d’Alpha Condé.

Les risques d’éclatement du pays par la répétition des violences, des affrontements et l’acharnement contre la même ethnie ne sont plus à démontrer. La question fondamentale qui se pose, c’est comment sortir la Guinée de ce cycle de violences quand on a en face des barons du sang comme Resco, gouverneur de Conakry. Comment éviter le pire quand ce sont, des nostalgiques d’un autre âge comme Alhassane Condé, des apprentis sorciers, des énergumènes du calibre de Naïté qui décident des destinées d’une nation ? Comment sauver la nation face à des opportunistes, propagandistes et idéologues butés de la catégorie de la présidente de la coordination nationale de RPG, vraie chef de gouvernement, qui oriente la politique du pouvoir ?

Ne faisons pas allusion à « la Brique » qui finance les loubards du RPG à chaque marche et qui continue de prendre Kaloum en otage comme au temps du PUP.

Le danger vient également du fait que tous ces gens n’ont rien à vendre à Alpha Condé à part leur haine anti-peule. Le comble, la plupart d’entre-deux passeraient des nuits blanches si une poitrine issue des familles Barry, Diallo, Bah, Baldé, Sow ne palpitait dans leur lit. Quelle honte !

Autres interrogations, non des moindres. Comment éviter à la Guinée une guerre qui s’annonce si rien n’est fait face à la marginalisation de certains ministres dont l’efficacité et la liberté d’action pourraient sauver le pays. Il est étonnant qu’on entende, face aux violences meurtrières évoquées, un soldat- gouverneur à la place du ministre de la justice qui est réputé par ses qualités professionnelles.

Face à cette situation, on peut se demander où est passé le ministre de la Communication qui pourrait, s’il avait voix au chapitre, expliquer et rapprocher les points de vue. Si toutefois il garde les mêmes valeurs d’antan. Celles qu’on défendait des nuits entières à l’Ecole normale supérieure de Manéah en dénonçant la dictature de l’époque.

Pourquoi un porte-parole d’un gouvernement se fait-il juge et partie en même temps alors que son rôle se limiterait à porter le message des conseils des ministres ?

Pourquoi, est-ce un nouveau venu au gouvernement, en l’occurrence le jeune ministre des Droits de l’homme qui est en même temps au four et au moulin ? On pourrait se demander jusqu’à quand on le verra agir en démocrate dans un pouvoir dictatorial. Il ne serait pas étonnant qu’il soit très bientôt débarqué du gouvernement avec certains « ministres colombes » à moins qu’il ne soit protégé par un Soti Kémo (chef traditionnel).

Face à la situation qui prévaut, je ne peux que m’adresser aux leaders du Collectif, de l’ADP, du CDR et du Front d’union pour la démocratie et le progrès (FDP) pour compléter mes réflexions.

Jusqu’à quand vont-ils se voiler la face en parlant de « la violence contre une certaine ethnie » en évitant le mot peul ?

Quand mettront-ils un terme à cette stratégie du « politiquement correct » qui donne l’impression d’une hypocrisie collective ? Quand diront-ils clairement que ce sont les supposés militants et sympathisants de l’UFDG qui payent le prix fort de la lutte contre la dictature et pour l’avènement de la démocratie en Guinée ?

A quand la marche pacifique du Palais du Peuple à Kaloum ? Pourquoi ne font-ils pas les manifestations au cœur du pouvoir ? Kaloum serait une citadelle qui échappe à la lutte contre la dictature ?

Quand verrons-nous des banderoles aux slogans, « Nous sommes tous des Peuls » portées par les Soussous, Forestiers et Malinkés démocrates pour dénoncer la xénophobie d’Alpha Condé à l’endroit des Peuls ?

A quand les slogans « Halte à la discrimination, aux meurtres ciblés des quartiers de Cosa, Vanindara, Bambéto, Hamdallaye, Kissosso etc. » ?

Je leur dis à tous qu’il est temps que les Peuls se sentent soutenus. Pour cela, il faut faire comprendre au pouvoir guinéen que sa politique d’exclusion essentiellement orientée contre l’ethnie en question concerne chaque Guinéen.

Osons nous dire la vérité entre compatriotes, ai-je répété. Alors je dis, les Peuls sont de plus en plus offusqués dans leur âme, blessés dans leur honneur et persécutés pour ce qu’ils sont en Guinée. Il est temps qu’ils sentent, en dehors de toute appartenance politique, qu’un élan de solidarité existe. Un élan humain et fraternel. Tout simplement un élan patriotique.

Un tel sentiment est d’autant plus nécessaire qu’Alpha Condé travaille contre les Malinkés auxquels il a greffé son appartenance. En s’affiliant à eux tout en exacerbant les divisions ethniques, il fait de tout Malinké un acteur de sa politique. Ce qui est naturellement contraire à la vérité, au sens de l’histoire et à l’intérêt futur des membres de cette ethnie.

En un mot, Alpha Condé est un danger pour tous les Guinéens : Malinkés, Peuls, Forestiers, Soussous. Son pouvoir est le pire que le pays ait connu depuis la fin du PDG. Si on n’y prend garde, il laissera derrière lui un vaste champ de cadavres, des fleuves de larmes et de regrets.

Guinéens de toute appartenance ethnique, ressaisissons-nous et comprenons que ce qui arrive aux Peuls aujourd’hui nous guette demain !

Agissons donc pour la République, l’égalité, la justice, la démocratie en boutant la dictature hors de la Guinée !


Lamarana Petty Diallo


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