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Lettre ouverte aux démocrates de la diaspora guinéenne

Haroun Gandhi Barry  Lundi, 08 Août 2011 10:03

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BARRY_Haroun_Gandhi_01Un poème à accrocher sur le mur de sa chambre, pour ne rien oublier... chaque jour

Rappelez-vous le poème suivant du pasteur allemand Martin Niemöller (1892-1984), que différents internautes et moi-même avons souvent évoqué :

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester.


Du déjà vu, la technique du salami

A l'issue de la purge et/ou des règlements de comptes réalisés au sein de l'armée et de la société civile, suite à la mascarade du 19 Juillet organisée et/ou contrôlée par Alpha Condé lui-même, j'ai entendu beaucoup de voix condamner l'attentat – par principe il fallait le faire –, mais peu condamner les arrestations arbitraires, car décidées par le seul pouvoir, selon des critères qu'il est le seul à connaître, et dont nous subodorons la finalité.

Si on laisse faire, voir le poème ci-dessus... qui rappelle la technique du salami, consistant pour un pouvoir à faire le vide autour de soi, afin de mettre en œuvre un pouvoir personnel. On « élimine » d'abord les Peuls, les plus nombreux (donc le plus difficile) en s'appuyant sur des alliés qui peuvent y avoir un intérêt (quel qu'il soit d'ailleurs). Cela peut passer par la neutralisation de leurs leaders. Si cela fonctionne, le RPG raflera ensuite une écrasante majorité à l'Assemblée. Dès lors, on peut éliminer les alliés (de l'alliance Arc-en-ciel) qui ne sont plus d'aucune utilité, en s'appuyant sur les siens (une grosse partie de sa communauté au sens large), devenus numériquement les plus nombreux. Au sein de l'armée par exemple, on utilisera les militaires burkinabés (ne voyez-vous pas qu'ils sont de plus en plus nombreux, même s'ils restent discrets, et qu'un commando spécial vient même d'arriver ?), pour « neutraliser » les Pivi et Tiegboro, qui étaient utiles dans une première phase (voir ci-dessus), mais deviendront encombrants par la suite. Du reste qui les pleurera, à part leurs familles respectives ?

On a du mal à comprendre, comment 50000 hommes (0,5% de la population) qui absorbent à eux seuls 30 à 50% du budget de l'État, sont insuffisants pour régler les problèmes de sécurité en Guinée. En fait, Alpha Condé ne s'intéresse pas aux problèmes des Guinéens, mais à sa propre sécurité, et utilise des « mercenaires » pour les résoudre. Qui les paie ? Le Burkina ne le fera pas pour rien, et si c'est la Guinée, chacun appréciera les priorités du régime.

Mais ce n'est pas fini.  Au sein des siens, il existe toujours des « rebelles » ou des mauvais pensants, qu'il sera facile d'éliminer. Certains Peuls sont membres de l'alliance Arc-en-ciel, de la même manière certains Malinkés appartiennent à l'opposition. Enfin dernier stade, pour que le demi-dieu devienne véritablement un dieu, il faut éliminer certains de ses proches, ceux qui contestent encore sa toute puissance. Dès lors 4 ans, voire 9 et pourquoi pas davantage pourraient conclure un pouvoir personnel sans partage.

La boucle est bouclée : revisitez l'histoire de la Guinée pour voir si cela ne vous rappelle rien. Aujourd'hui, nous sommes en 2011. Nous connaissons l'issue de ce genre de procès, tels qu’ils vont se dérouler, et nous n'avons pas envie d'attendre, pour voir ce qui se passe et dire ensuite que nous avions raison, parce que les évènements se sont passés tels que nous les avions décrits.


Comment agir ?

Juste après le résultat des élections et les premières violations constitutionnelles, j'avais écrit un texte pour faire appel aux démocrates, et leur indiquer comment lutter contre ce régime qui allait se radicaliser, faute de pouvoir changer la situation économique et sociale du pays.

Concrètement, voici mon mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. afin que ceux qui le souhaitent puissent recevoir les textes qu'ils souhaitent pour les faire circuler, aussi bien ce dernier, que ceux consacrés au pseudo-attentat ou d'autres.

Ainsi chacun pourra passer par les réseaux sociaux (Facebook, Twitter...), mais également par courrier, mail, téléphone et surtout le bouche à oreille. Tous les moyens sont bons pour faire cesser cette tentative de « coup d'État » qui ne dit pas son nom.

Aujourd'hui le président du RPG ne veut plus seulement violer la Constitution (c'est devenu une banalité pour lui), mais violer la dignité humaine par des intimidations, saccages de domiciles et arrestations (exécutions ?) arbitraires. Il fait fi de nos droits légitimes et utilise des méthodes indignes. Cellou Dalein Diallo n'a pas voulu jouer dans la même cour que lui : c'est tout à son honneur, car c'est ce qu'on attend d'un chef d'État, sauf que la politique ne s'embarrasse pas de moralistes. Il faut aussi des hommes qui sachent se salir les mains et aller au charbon. Moi je n'ai pas de scrupules à utiliser les mêmes procédés retors qu'Alpha Condé, s'il faut s'y résoudre, et je sais que je ne suis pas le seul. A son corps défendant, Alpha Condé va réussir à rassembler contre lui, de nombreuses personnes qui ne sont pas intéressées par la politique pour s'en mettre plein les poches, mais d'abord pour se protéger contre les exactions à leur encontre, mais également pour développer le pays.

Par conséquent, chaque Guinéen de la diaspora (ceux de l'intérieur ne nous ont pas attendu), ne doit plus seulement dénoncer par tous moyens toute injustice, toute violation des règles (par nos dirigeants), afin de les faire connaître au plus grand nombre (certains s'en chargent convenablement), mais :

Ceux qui ont des doutes ou des problèmes de conscience, n'oubliez pas de vous rappeler ce que j'ai évoqué en début de texte, d'une part le poème du pasteur Niemöller, et d'autre part la technique du salami, et observez ce qui se passe au pays.


Pourquoi agir ?

Il ne faut pas le laisser faire, il ne faut pas se laisser faire. J'ai essayé régulièrement et de manière le plus pédagogique possible, de faire comprendre au plus grand nombre ce qui se passe actuellement en Guinée, en simplifiant à l'extrême pour éviter les débats de spécialistes. D'aucuns pourront dire que je suis partisan, c'est vrai, je me situe dans l'opposition à Alpha Condé. Il n'empêche, à part des insultes sur ma personne ou des diversions, de la part soit d'extrémistes du RPG, soit de gens qui sont probablement payés pour nous divertir, rares sont les personnes qui ont pu contester le contenu de mes écrits. Cela pour la simple raison que je ne m'intéresse qu'aux faits réalisés (j'évite la prospective), et que je m'intéresse peu aux personnes ou aux actes du passé.

Si personne ne réagit maintenant, c'est la porte ouverte au retour des mauvais aspects du régime de Sékou Touré. En fait d'opposant historique, c'est surtout un opposant notoire, qui rejetait tout régime, dès lors qu'il n'en n'était pas le guide. Il aurait pu s'assagir en ayant obtenu son Graal, mais manifestement au lieu de posséder la sérénité de l'homme apaisé, il veut nous montrer qu'il sait encore mordre, mais pour de mauvaises raisons.

Même si j'ai lutté contre l'élection d'Alpha Condé, je suis un légaliste et j'étais prêt à participer avec mes modestes moyens au « changement » annoncé. Mais dans mon esprit, changement signifie progrès, et non retour en arrière. Le slogan « Guinea is back » peut se traduire par « la Guinée est de retour », mais également par « la Guinée est derrière ».

Alpha Condé a parfois de bonnes idées, mais il utilise toujours les mauvais moyens pour y parvenir, sans respect des individus et des règles qui régissent les relations entre individus. Au lieu de s'attirer la sympathie de tous, il s'aliène au moins la moitié de ses concitoyens (en fait davantage), ce qui ne va pas arranger les affaires de la Guinée.

Maintenant il invente des évènements et des situations pour user de violence sur les hommes. Il ne comprend que ce message de violence. Montrons-lui que nous l'avons compris. Dans un premier temps, en alertant la communauté internationale, la seule chose qui le fait reculer pour le moment (se rappeler l'affaire du CNC).

Dans un deuxième temps, si ces faux procès aboutissent à la condamnation de ces hommes (qu'est devenu le commandant AOB ?), et parallèlement la mise en cause par des « aveux », dont on sait ce qu'ils valent en Guinée, de commanditaires tels Oury Bah ou Cellou Dalein Diallo, il sera opportun de passer à une phase plus active. Mais avec la multiplication des écoutes téléphoniques, et le développement de RG à chaque coin de rue, il faudra nécessairement entrer dans une relative clandestinité et discrétion pour passer la vitesse supérieure, et changer de méthode.

Je conclurai en rappelant que la Chine et l'Inde se sont développées grâce à leur diaspora. Qu'on le veuille ou non, la Guinée ne se développera qu'avec la diaspora, toutes ethnies confondues, la diaspora dynamique, celle qui travaille ou qui a travaillé, pas les aventuriers qui n'ont rien d'autre à apporter que misère et décadence.

Levons-nous maintenant, cela n'est pas difficile, il suffit d'en avoir la volonté, et cela ne dépend que de nous.


Gandhi
Citoyen guinéen


« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).


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