Lamarana Petty Diallo Mardi, 19 Février 2013 23:08
I
l fallait s’y attendre. Les jeunes de Bambéto, Cossa, Hamdallaye, Cimenterie, Wanindra, Kissosso, Démoudoula, Tombolia, Enco5, Lambandji, etc. sont en train de payer le prix fort de leur engagement dans les manifestations d’hier.
Au lendemain de la marche pacifique organisée par l’opposition guinéenne regroupée au sein du Collectif pour la finalisation de la transition, de l’ADP et du CDR, c’est l’enfer qui règne dans les quartiers de la haute banlieue de Conakry.
Ces quartiers jugés être des bastions de l’opposition ont été envahis en milieu de matinée de ce 18 février 2013 par des hommes armés se livrant à toutes sortes d’exactions : bastonnades, vols à l’intérieur des domiciles, vols de portables, de voitures, viols, injures à caractère ethnique, etc.
Beaucoup de jeunes ont été arrêtés et conduits à des lieux inconnus sous des injures : « On va vous finir, on va vous exterminer bandes de traitres. Si vous n’êtes pas pour le professeur Alpha Condé, on vous finira ! »
Les habitants sont sûrs que beaucoup d’agents étrangers sont mêlés aux forces de l’ordre guinéennes. D’après nos interlocuteurs, il s’agit d’une milice étrangère tout simplement.
A travers leur conversation, les gens ont décelé des parlers non guinéens qui seraient plutôt des dialectes ivoiriens et burkinabés, angolais. Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’il y a parmi les forces de l’ordre non seulement des Donzos mais surtout cette milice étrangère, nous ont-ils affirmé. Ces gens seraient cachés dans des casernes militaires à l’intérieur du pays, insistent-ils.
C’est une tradition bien RPGiste que toute forme d’acquis soit transformée en regrets. Nul ne pouvait croire, à moins d’être naïf, que le gouvernement guinéen allait allègrement se satisfaire d’une marche réussie de l’opposition. Accepter que ses adversaires battent le pavé en mobilisant militants et sympathisants pour décrier un pouvoir aux abois, une dictature ethnocentrique aux mains souillées de sang et imposer ses revendications ne fait pas partie de la culture politique du RPG.
N’en déplaise aux plumiers qui chantent déjà un RPG démocratique en soutenant qu’autorités gouvernementales et opposition ont toutes conclu à une marche « sans incident majeur car une fois n’est pas coutume ». Qu’ont-ils fait des blessés de Kankan et des voitures calcinées d’hier ? Ce qui aurait été une première, c’est une manifestation de l’opposition sans répression aucune et sans lendemain tragique.
L’opposition ne doit pas lâcher prise. Il est de son devoir de se lever et de dénoncer avec la plus grande fermeté les violences dont sont victimes ses militants à Conakry et à Kankan. Elle doit également savoir que tout ce que le gouvernement guinéen donne d’une main, il le reprend de l’autre de manière violente. Les cas de la Commission électorale nationale indépendante est là s’il fallait une preuve. Qui n’a vu à quoi ressemble la transparence que ce gouvernement vendait à la communauté internationale et à cette même opposition ?
Beaucoup d’observateurs soutiennent que les revendications d’élections législatives transparentes sont nettement en dessous des aspirations de la majorité des Guinéens qui attendent beaucoup plus. En tous les cas, ce n’est pas sur une organisation civile qui recouvre subitement la parole quand son envoyé spécial à la CENI est menacé qu’elle doit compter mais sur ces Guinéens qui risquent tous les jours leur vie en dénonçant un pouvoir sans pitié. Les exhibés de la télé, dans « le montage de kipédoula » (l’attentat de la maison de Kipé), l’ « alphashow » en savent quelque chose !
Lamarana Petty Diallo
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