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Guinée : La dérive d'un pouvoir, le naufrage d'un peuple
Lamarana Petty Diallo Lundi, 28 Janvier 2013 10:58
Un drame se joue en Guinée où on exhibe à la face du monde, dans une parodie de justice aussi humiliante pour les accusés que pour le pays, les auteurs de l’attaque « du domicile » de M. Alpha Condé. Dans tout autre pays, on parlerait de présumés coupables, mais pour la justice guinéenne, ces personnes sont les coupables incontestables des actes qui leur sont reprochés.
Cette façon de procéder de « la justice guinéenne » qu’il faudrait mettre entre guillemets pour le respect des vraies justices, rappelle les innombrables complots montés de toutes pièces sous un régime bien connu des Guinéens. A l’époque, un certain responsable suprême de la révolution procédait exactement comme le président actuel.
Le scénario des jugements des accusés de la prétendue attaque du 19 juillet 2011 ramènent à la mémoire des gens de ma génération les émissions radiodiffusées des auto-dénonciations des années de plomb : 1967-68 ; 1970-71 et 1976-77.
A l’époque, d’innocentes victimes, des cadres et citoyens de toutes catégories et qu’on qualifiait de « traîtres », de « suppôts de l’impérialisme français ou américain » se livraient, sous la torture, à l’auto-culpabilisation. Ils allaient jusqu’à demander leur propre sentence : la peine de mort pour avoir trahi le responsable suprême de la révolution à qui ils doivent tout. Ce sont les mêmes mises en scènes inspirées des méthodes staliniennes et touréennes qu’offrent les jugements en cours à Conakry.
De 1958 à 1984, les bourreaux du PDG arrachaient aux « contrerévolutionnaires », dans les égouts et sous-sols du sinistre Camp Boiro, ce que leur commandait le comité révolutionnaire. Les accusés de l’attaque de Kipé sont torturés au PM3, au Camp Samory et autres geôles du RPG avant d’être humiliés au tribunal, puis à la télévision, comme des criminels. Après avoir été la risée de leurs bourreaux et accusateurs, ces victimes innocentes sont exhibées comme la honte des leurs, leurs famille et communauté. Majoritairement peuhls.
Qui pourrait dire que ce sont les Guinéens dans leur diversité qu’on voit tous les soirs à la Radiotélévision guinéenne ? Que ce ne sont pas des Peulhs qui sont indexés comme les planificateurs et exécuteurs du coup fourré de juillet 2011 ? Ce tribunal ressemblerait à tout point de vue à un scénario tragi-comique si des vies humaines et des libertés individuelles n’en dépendaient.
Qui a entendu les patronymes des accusés, Diallo, Barry, Bah, (et c’est invariablement les mêmes qui reviennent) égrenés tous les jours qui passent, par une justice aux ordres et des juges cooptés pour les besoins de la cause, comprendra que l’ethnocentrisme est le fondement du pouvoir guinéen actuel. Que le Peuhl, n’en déplaise à ceux qui veulent faire croire le contraire, est encore le bouc-émissaire des pouvoirs malinkés de la première République, de la transition et du RPG. Je mets au défi ceux qui pensent le contraire de faire le décompte des Peulhs arrêtés, humiliés, pendus, disparus ou exécutés dans les geôles de la République! Qu’ils se posent une question toute simple : « Qui a autant subi en Guinée que les Peulhs » ? Cependant, qu’ils n’oublient pas d’ajouter jusqu’à quand ?
Faisons parler les faits. Le show ou la valse quotidienne à la télévision guinéenne des accusés de tentative de coup d’Etat cotre M. Alpha Condé.
Qui a vu l’une des accusées, Mme Fatou Badiar Diallo, faire en toute cohérence le récit de son drame personnel, perdre son mari et sa maison en pleine saison de pluie, se retrouver toute seule et faire face à son déménagement, son veuvage, son remariage avec comme seule aide son peu d’économies, fruit de ses souffrances, celui-là dira que le pouvoir guinéen n’accorde aucune dignité à celle à qui l’on doit la vie : la femme. Mais un pouvoir qui porte atteinte à la source de la vie, la femme, la mère de tous les humains : homme, femme, riche, pauvre, président, ministre, charretier, avionneur…, ce pouvoir-là est un pouvoir déjà fini !
Qui a vu le commandant Alpha Oumar Boffa Diallo (AOB), El Hadji Boubacar Diallo, les jeunes hommes trentenaires ou quinquagénaires raconter ce qu’ils ont subi et vu, saura qu’il y a très peu d’espoir d’une paix sociale sous le régime guinéen actuel.
Qui a entendu le récit sur les moyens et méthodes utilisées pour inciter des innocents à accuser d’autres innocents comprendra que la Guinée a raté beaucoup de chances entre 2008 et 2010. Cela, sans compter les désillusions des premières et deuxièmes Républiques. Il s’interrogera patriotiquement, humainement, jusque dans l’absurde, sur les raisons de nos ratages et sur les conséquences qui risquent d’en découler. Il craindra à juste raison qu’elles ne soient encore plus douloureuses que par le passé.
Qui entend qu’un pouvoir, se revendiquant démocratique, a défenestré du 3e étage un officier supérieur pour obliger des civils innocents à accuser des officiers, des hommes politiques, des hommes d’affaires, celui-là prendra conscience que notre pays est plus que jamais sous le règne d’une dictature sadique, satanique et impitoyable.
Qui sait que des officiers supérieurs ont péri en détention sans jugement, si ce n’est celui que leur a infligé un pouvoir qui s’estime tout puissant, et que d’autres attendent sûrement la même fin injuste, inhumaine et tragique, celui-là réalisera que les gestionnaires de la transition, qu’ils soient militaires ou civils, ont volontairement ou inconsciemment hypothéqué le devenir du peuple de guinéen. Qu’ils sont les complices d’une dictature dont les germes actuels d’épargneront personnes.
Qui a entendu les propos du procureur Fernandez, je cite : « En attendant que la condamnation tombe, je dis bien, en attendant que la condamnation tombe, c’est moi qui gère ces accusés-là … ». Qui a écouté les avocats de la partie civile comprendra que le système mis en place en Guinée a atteint les limites du pouvoir dictatorial sans même commencer d’exister. De même, il comprendra que Mme Badiar et ses coaccusés, dans leur dignité devant une cour qui les harcèle de questions, symbolisent toutes les horreurs de l’injustice qui règne en Guinée.
Qui sait que c’est une personne au passé obscur, mis au banc des accusés sous le pouvoir de Moussa Dadis Camara, qui a été élevé au rang de procureur pour présider aux destinées de personnes en proie à un pouvoir ethnocentrique, celui-là ne se fera aucune illusion quant à la sentence et à la décrépitude de notre pays.
Qui a vu ce procureur de circonstance refuser, séance tenante, la comparution de témoins, au seul motif qu’ils seraient des officiers, celui-là lèvera ses doutes sur l’injustice de la justice de façade du RPG.
La vraie nature de la justice guinéenne se lit dans d’autres propos du même procureur qui affirme : « l’attentat du 19 juillet est un complot peulh » car « les accusés avaient pour objectif de remplacer le président (malinké) par un Peulh ». Que l’intéressé se défende de faire un procès politique est le comble de l’ignominie et la pure atteinte à l’image de la justice. En outre, il a mis à nu le clientélisme, l’amateurisme et les méthodes qui ont prévalu à sa désignation et à celle des avocats de la partie civile. Les mêmes qui ont tenté de le disculper à travers une propagande bien orchestrée.
Qui a vu la salle d’audience remplie d’hommes et de femmes en tenue, comme s’il s’agissait d’une cour martiale et non d’un tribunal civil, comprendra qui est le vrai détenteur du pouvoir en Guinée. Du coup, il saura qui est le pantin de qui et se demandera combien de temps durera ce jeu de dupes.
Qui a vu à la télévision guinéenne comment on traite des citoyens, qui ont été extraits de leur sommeil à des heures indues de la nuit, au milieu de leurs enfants et épouses, comprendra facilement que le système politique guinéen est viscéralement antidémocratique. Il se dira que ce qui est en train de se jouer actuellement dans notre pays n’est imaginable qu’en Corée du Nord. Celui-là se dira que la Guinée a atteint le point de non-retour dans la persécution d’une communauté qui a toujours été le souffre-douleur de la nation. Il aura l’intime conviction que le pouvoir guinéen et son président ont choisi la voie de la persécution, de la mort à celle de la vérité et de la justice. A moins qu’il ne soit aveugle ou de mauvaise foi, il se réveillera de son illusion de dialogue et de réconciliation.
Aucun mot ne pouvant exprimer ce qui se passe en Guinée à travers cette mascarade de justice, je livrerai à présent ce que la situation actuelle m’a humainement inspiré.
Le but premier de cette mascarade, c’est de donner au peuple sa dose quotidienne de bourrage de crâne en vue d’indexer une communauté qui empêcherait de tourner en rond. De faire oublier par-là même les vraies préoccupations du pays et masquer les échecs du pouvoir. Ensuite, faire croire à l’opinion internationale qu’il y a une justice en Guinée. Mais n’est pas Gawu celui qu’on croit non ?
Je me suis dit que tous les fils et toutes les filles de Guinée devraient tirer une leçon d’humilité des souffrances qu’a subies la femme guinéenne et dont les victimes du stade du 28 septembre sont le symbole. Hélas, Mme Fatou Badiar, la dernière illustration, ne fait que rallonger la liste. A travers les unes et les autres, nous devrions prier pour que le pays échappe aux méfaits dont les pouvoirs successifs ont infligé en terre guinéenne au symbole de l’existence, à cet être sans défense : la femme. A travers elle, obtiendrions-nous peut-être le pardon des autres victimes : les hommes.
Sur un autre plan, je me suis dit en imageant la situation guinéenne qu’une « odeur du père », pour emprunter le titre d’une œuvre de Mudimbé (écrivain, philosophe et anthropologue congolais, RDC), que l’odeur de l’ex-père de la nation donc, empeste encore le sol guinéen. Cette odeur plus que nauséabonde, hideuse et pervertie envahit les lieux du pouvoir actuel, se propage dans les villes, villages et quartiers de notre pays. Elle enivre celui qui croit être le détenteur suprême du pouvoir, hante ses nuits arrogées de potions démoniaques et lui fait perdre toute notion de réalité.
Aux démons du PDG (Parti Démocratique de Guinée) ont succédé ceux du RPG (Rassemblement des Pourris de Guinée). La symétrie entre les deux abréviations (PDG/RPG) dépasse la simple similitude dans la pratique du pouvoir entre les deux systèmes. Elle est manifeste d’une jumellité idéologique et politique des deux secrétaires généraux devenus présidents à 54 années d’écart.
Si M. Alpha Condé a combattu Sékou Touré comme il le prétend, c’est sûrement parce qu’il le jugeait moins sanguinaire, moins ethnocentrique et plus démocrate. En tout cas, il aurait pu dire « Sékou is back » lors de son parachutage au pouvoir en 2010 à la place de son fameux « Guinée is back ».
Au vu de la réalité actuelle, le responsable suprême de la révolution a son héritier spirituel qui n’est personne d’autre que le président guinéen actuel. Lequel, de son propre aveu, a dit qu’il est venu prendre le pays où son idole l’a laissé. Dans ces conditions, il est inutile de dire que le fiston marche sur les traces du pater ou de rappeler l’adage « tel père tel fils ».
Que ce dernier ne soit pas biologique n’a aucune importance car tout se joue sur une relation œdipienne. La preuve est faite par les actes qu’il a posés depuis 2010, que M. Condé est le continuateur de l’œuvre (inachevée ?) de Sékou Touré. Que son parti, le RPG est un avatar du PDG
Au-delà de ces analyses, des questions me taraudent l’esprit. Elles sont cruciales. Je les poserai, sans trop d’illusion, aux leaders de l’opposition sur lesquels tous les espoirs sont tournés pour sortir la Guinée de la dictature. Des personnes pour lesquelles nous combattons et dont la surdité volontaire sert le pouvoir.
Pourquoi ces leaders s’acharnent-ils à aller à des élections dans les conditions actuelles ? Y a-t-il plus urgent à faire que de sauver la vie de leurs militants, sympathisants ou prétendus comme tels des mains d’une justice inhumaine ? Comment peuvent-ils mettre en avant des élections hypothétiques au détriment de la vie de personnes qui ont risqué la leur pour les sauver ? Ont-ils seulement pensé à ce qui adviendrait pour eux-mêmes et pour le pays si les accusés avaient accepté de collaborer sous la torture ?
Qu’elle idée veulent-ils que les gens se fassent d’eux, s’ils laissaient continuer cette parodie de justice qui pèse sur leurs militants, sympathisants et tous ceux qui se battent pour eux et pour la démocratie ? Ont-ils réellement compris l’objectif du pouvoir en arrêtant ces personnes ? Le cas Bah Oury n’est-il pas un exemple qui devrait les inspirer ?
Je leur demande, qu’ont-ils fait pour défendre les personnes qu’on humilie actuellement dans les tribunaux du RPG ? Des actions ont été menées pour Zogota, tout récemment pour Guéckédou, mais aussi pour d’autres victimes, qu’entendent-ils faire pour les accusés actuels ? Qu’attendent-ils pour initier des actions concrètes pour les détenus du RPG ?
Les leaders politiques ne pourraient-ils pas aller spontanément, dans un premier temps au moins, assister à cette mascarade de jugement pour montrer leur solidarité aux accusés ? Autant de questions certes personnelles, mais que se pose un bon nombre de Guinéens et dont l’écho nous parvient.
Je dis aux leaders de l’opposition que, si leur acharnement d’aller aux législatives conduisait à minimiser la réalité actuelle, je crains fort que des regrets, très amers n’en découlent. Ce qui se passe en Guinée doit être contrecarré au risque de voir le pays sombrer dans la plus grande dictature de son histoire (un compatriote a déjà fait appel dans ce sens).
En effet, laisser une braise pour aller au-devant d’un vent qu’on croirait salvateur aboutit le plus souvent à se retrouver face à un incendie. Toutes les volontés de l’éteindre risquant d’être vaines car le vent, insaisissable par définition, aura attisé le feu qui nous échappera. De cet adage, devinera qui pourra, quel enjeu faut-il mettre en avant : les législatives hypothétiques ou sauver la vie de citoyens à la porte de la prison ou de la mort à défaut d’institutions justes ?
En tout cas, si le test actuel de la justice sur mesure du RPG réussit et que les accusés sont condamnés, personne, aucun leader notamment, ne dira « je ne savais pas ». Alors, prenons conscience que le pouvoir guinéen dérive. Qu’il risque de plonger notre pays et notre peuple dans un chaos profond.
Il risque tout simplement de nous entraîner dans un naufrage !
Lamarana Petty Diallo
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Commentaires
Almamy Aguibou et Alpha Amadou avaient eu de la chance de trouver cet emploi stratégique,ce qui leur vaut d'ailleurs tous les ennuis d'aujourd'hui.Parceque pour la racaille qui gouvernaille aujourd'hui notre pays,hormis un malinké du RPG,aucun autre guinéen n'a le droit d'avoir un poste strtégique:affaire des 13 milliards,juste pour recuperer le poste de payeur central,assassinat de madame boiro,juste pour recuperer le poste de directeur du tresor,organisation de ce grotesque et ridicule complot,juste pour se debarasser des leaders politiques et militants influents de l'opposition,des militaires potentiellement dangereux et des cadres et commerçants gênants.
Si Alpha libere ces deux bambins , que les jeune de HaMDALLAYE et BELLE VUE les chassent jusqu a leur village.








