Lamarana Petty Diallo Jeudi, 27 Décembre 2012 15:28
Depuis septembre 2009, la violence est plus que récurrente en Guinée. Elle est quotidienne et même inscrite dans les mœurs politiques et la pratique du pouvoir.
Ce qui est plus que navrant, effarant, choquant et inquiétant, c’est le fait que cette violence se soit aggravée depuis les élections présidentielles de 2010. Elle a débuté avec la chasse faite aux Peuls durant l’entre-deux tours dans les préfectures et villes considérées comme étant le fief du RPG en Haute Guinée. Elle s’est poursuivie avec l’histoire d’empoisonnement de l’eau à l’esplanade du Palais du peuple lors d’un meeting politique de l’actuel président guinéen.
Les descentes musclées des forces dites de l’ordre dans les quartiers de la banlieue de la capitale taxés d’être proches de l’opposition, notamment de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) s’inscrivent dans la même répétition de la violence politique dans notre pays. Les répressions des différentes manifestations pacifiques du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) sont également l’expression éloquente de la forme de terreur qui règne dans un pays dont le pouvoir se dit démocratique.
Les tragédies de Saoro (Yomou) en juillet 2011, de Zogota (Lola) en juillet-août 2012, de Siguiri et les toutes dernières répressions des élèves et étudiants de Labé se sont, hélas, presque faites effacer par les récentes violences dont ont été victimes les populations de Guéckédou. Des populations qui, comme toutes les autres, sont paisibles et ne demandent qu’à vivre dans la quiétude et la sécurité. Le tout dans le respect des traditions séculaires de cohabitation pacifique, d’entente, de partage et de solidarité.
Malheureusement, l’histoire politique de notre pays est souvent traversée par les comportements grégaires d’hommes politiques dont la première mission est paradoxalement la préservation de la vie et la protection des biens des citoyens. Fort heureusement, il y a toujours eu d’autres citoyens, le plus souvent des civils, le citoyen l’lambda tout simplement, pour s’élever contre l’attitude belliqueuse des systèmes politiques dont la violence semble être l’unique arme de survie. A quel prix, cependant ?
A chaque fois des dizaines de blessés et de morts. Voire des centaines comme ce fut le cas le 28 septembre 2009. Les viols ponctuent le plus souvent ces tragédies humaines sans compter les destructions de biens qui s’ensuivent. L’on pensait que le répit viendrait avec les élections dites démocratiques de 2010. Au grand désespoir des Guinéens, la réalité est toute autre comme en témoignent les violences qui ont régné des jours durant à Guéckédou.
Guéckédou, une ville doublement meurtrie. Qu’on se souvienne tout simplement de l’invasion des mercenaires de l’année 2000 et sur laquelle je ne reviendrai pas. Je dirai tout juste que la tragédie actuelle ne peut que raviver les plaies et rappeler le passé douloureux que cette ville a connu.
Il était du devoir de l’opposition guinéenne de faire preuve de compassion et de solidarité à l’égard des populations de la ville forestière. On peut cependant regretter, sans minimiser l’action accomplie, que le Collectif et l’ADP n’aient pas entrepris une telle démarche à l’endroit de toutes les populations victimes de violence durant les deux dernières années écoulées. Cela aurait-il réduit les ardeurs violentes du système actuel ? Rien de moins sûr, serait-on tenté de dire.
Les initiatives de l’opposition allant dans le sens de l’assistance morale des populations sont à encourager. Elles devraient s’inscrire dans une tradition qui s’impose à toute institution politique et à la société civile. Peut-être la vie et la sécurité des citoyens seraient mois menacées ainsi.
Les actions qui portent, celles qui mettent en avant les initiatives ou les réalisations de l’opposition guinéenne comme cette visite de soutien moral aux populations de Guéckédou sont importantes. Elles sont un signe et un symbole à la fois. Elles sont message envoyé aux populations qui leur montre qu’elles ne sont pas isolées. Mais aussi un message au pouvoir pour lui prouver que l’opposition, en tant que contre-pouvoir, veille. Qu’elle est tout aussi concernée que le système en place à tout ce qui touche l’unité nationale. A tout ce qui la menace ou tente de mettre en cause une entité sociale. C’est également une preuve de solidarité entre les responsables politiques des partis membres de l’opposition. N’est-ce pas qu’une tentative d’incriminer un responsable de l’alliance était en cours ?
Je dis, n’en déplaise aux nouveaux venus dans l’opposition, aux vautours qui rôdent autour des leaders politiques pour discréditer tout esprit critique, je leur dis donc qu’une opposition est à supporter quand ses actions vont dans le sens de nos convictions. Mais elle est aussi à critiquer lorsque les actions entreprises heurtent les mêmes convictions ou sont censées affaiblir ladite opposition.
Je soutiens, comme bien d’autres, les responsables politiques qui se dressent devant un pouvoir qui ne répond pas aux attentes des aspirations du peuple de Guinée. Mais je n’hésiterais pas un seul instant, même au risque de me tromper, d’alerter et de faire part de mes réflexions dans un souci de partage. Je ne suis pas idéologue, mais analyste politique. Mon rôle n’est pas non plus de trouver des solutions à tout, mais de poser des questions. Dès lors, tout esprit conséquent, et non un médiocre lèche-bottes, apportera sa pierre à l’édifice. C’est-à-dire aux problèmes qui se posent à « la maison Guinée ».
Je le dis pour la première fois, et je le dis haut et fort, ils sont très rares ceux qui m’ont précédé auprès de Cellou Dalein Diallo à son arrivée à la tête de l’UFDG. L’intéressé en sait quelque chose ! Par conséquent, ce ne sont pas les marmitons qui se cachent derrière des pseudonymes qui m’ébranleront dans mes convictions et mon idéal. Moi, je fais partie des constructeurs alors que d’autres sont venus pour semer la zizanie. Jusqu’à preuve de contraire, je revendique mon appartenance à un parti et non à un homme. Je ne suis la propriété de personne ni son commis. Je soutiens l’UFDG et par voie de fait, l’opposition. Les uns et les autres entendront, à chaque fois que cela s’avère nécessaire, mes critiques constructives.
Si tel ne devait pas être possible, je prendrais mes responsabilités. Autant je me bats pour un idéal, autant il m’importe très peu d’être dans les faveurs du chef. Ce que je n’aime pas et que je ne suis pas, c’est ce qu’on dit dans nos langues nationales « dougoula ». C’est-à-dire, ingrat. Ce dont Cellou m’a dit de vive voix qu’il n’est pas. Alors, laissez penser et critiquer, du moment qu’on vous laisse courtiser. Seulement, tout pouvoir meurt des courtisans et non du chef. Cependant, le chef qui ouvre la porte à la courtisanerie, s’expose à l’échec ! Dieu sait que tant de Guinéens souhaitent la réussite du Collectif et de l’ADP pour le meilleur du pays.
Avec ce clin d’œil à mes inconditionnels détracteurs et en faveur de tous les esprits critiques « du dehors du pays » qui défendent d’autres partis et hommes politiques comme moi, je dis humblement à l’opposition de continuer le combat démocratique sans établir de frontières.
Paix et miséricorde aux âmes arrachées à Guéckédou et partout en Guinée. Que cela s’arrête dans l’unité et la concorde retrouvées entre toutes les Guinéennes et tous les Guinéens. Amen !
Lamarana Petty Diallo