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Guinée : Législatives, affaire Waymark-OIF ‒ Un remake du passé qui n’étonne que l’opposition guinéenne

Lamarana Petty Diallo  Mardi, 11 Décembre 2012 11:11

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DIALLO_Lamarana__Petty_5_01Très étonnante, la stupéfaction dont l’opposition guinéenne semble faire preuve face à l’attitude du nouveau président de la commission nationale électorale indépendante (CENI). Pourtant, celui qui fait confiance à la souris ne devrait pas s’étonner que ses arachides soient volées.

Le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) semblent une fois de plus être surpris par le fait qu’un chameau se comporte pareillement qu’un dromadaire. Comment l’opposition guinéenne a-t-elle cru, un seul instant, que Bakary Fofana se comporterait autrement que Lousény Camara, son prédécesseur ?

Le plus désolant, c’est que l’opposition guinéenne donne toujours l’impression de se réveiller avec une gueule de bois à chaque coup tordu de son adversaire. La question qui se pose, c’est celle de savoir jusqu’à quand les leaders des partis politiques guinéens se laisseront-ils berner. Quand cesseront-ils de servir désenchantement et désillusion à leurs militants et sympathisants ? Quand cesseront-ils de jouer au candide à l’image du personnage de Voltaire pour qui toute chose qui revient, alors qu’elle est répétition du passé, devient une nouvelle découverte : objet de stupéfaction ?

J’ai toujours soutenu l’idée selon laquelle, accepter d’aller à la « nouvelle CENI», (si s’en était une), revient à s’engager dans des législatives gagnées d’avance par le pouvoir. L’avoir fait, sans l’entière satisfaction des revendications de l’alliance et du collectif est un suicide politique dont n’ignorent pas les différents responsables de cette coalition. Hélas, l’actualité semble me donner raison. Peu importe dirais-je car l’enjeu est ailleurs.

Un enjeu de taille car à force de tergiverser, de se cantonner dans des protestations verbales et des menaces de manifestations sporadiques, les leaders des différents partis politiques se décrédibilisent face à un pouvoir constamment à l’offensive. Ils donnent l’impression de gens timorés face à un gouvernement qui joue sur la durée. Deux ans sans législatives ! Qui dit mieux ?

En effet, chercher le pouvoir, c’est comme vouloir se fiancer à une jeune fille. Tout le monde en veut, mais le premier à candidater ne lâchera pas de bon gré. Il jouera sur le temps pour décourager les moins audacieux. Parallèlement, plus le temps passe et l’attente se prolonge, plus la dulcinée se fait belle et devient inaccessible aux derniers arrivants. En clair, chercher le pouvoir politique, c’est comme vouloir une demoiselle. Si tu perds du temps, ce sont les chants et danses des nouveaux mariés qui te réveilleront de ta léthargie.

Ces adages africains pourraient se traduire par cette assertion des philosophes cartésiens selon laquelle « le pouvoir ne s’acquiert pas, il se conquiert ». A cette fin, user de toutes les voies et de tous les moyens appropriés, quel qu’en soit le prix, est de bonne guerre. Le système en place l’a bien compris en créant presque quotidiennement un évènement pour focaliser l’attention. Il fait parler de lui en bien ou en mal. Ce qui lui importe, c’est d’être au centre de l’actualité. Du coup, l’opposition est continuellement à la recherche de solutions pour le contrer sans jamais y parvenir.

De cette façon et à ce rythme, l’opposition guinéenne se dirige encore tout droit vers des années de déclarations stériles, d’alertes et d’interpellations de l’opinion guinéenne et internationale sans s’apercevoir que la première s’en lasse et la seconde n’en a cure. En tout cas, une chose est sûre.

Si toutefois les leaders actuels se laissent damer l’Assemblée nationale en jouant aux flutistes, c’est-à-dire, en se contentant de donner de la voix après coup, ils devraient déjà commencer à faire leurs valises. Ce sera le meilleur qui leur arrivera dans un pays où le RPG détient l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Sans parler des forces dites de sécurité dont on sait la force de nuisance et le degré d’endoctrinement ethnique.

Soyons clair ! L’opposition guinéenne n’arrive toujours pas à prendre le taureau par les cornes. Face au système en place, elle ne parvient pas à jouer pleinement son rôle et à satisfaire les revendications de ses militants et sympathisants. Cela ne veut pas dire qu’on ne lui reconnaît pas d’actions positives dans un contexte difficile. Mais, celui qui décide de faire de la politique doit assumer son choix. Il doit agir en sorte que son adversaire ne le surprenne pas à chaque fois. Pour cela, il faut des préalables.

Un parti politique ne doit pas compter uniquement sur ses élus ou les personnes qu’il a coptées pour telle ou telle raison. Il doit dépasser le cercle des connaissances personnelles, des courtisans et des alliances familiales, claniques, ethniques, etc. Le salut de tout parti politique réside dans l’action conjuguée de ses élus et des cadres engagés, dérangeants, contestataires, impartiaux, désintéressés qui le servent. Des personnes capables de critiques et de propositions et qui sont guidées par leur conviction politique. Voire idéologique. Ce qui, hélas ! n’est pas le cas dans la plupart des partis politiques guinéens. Le fait est si criant que bon nombre d’observateurs sont à se demander si l’opposition actuelle, en tout cas la plupart, ne ferait pas une fois au pouvoir ce qu’elle reproche à l’exécutif en place.

En tout état de cause, au vu de la réalité guinéenne actuelle, on ne peut que regretter le manque de cadres réellement engagés et désintéressés auprès de certains leaders de l’opposition. Beaucoup d’échecs de cette opposition sont dus au manque d’anticipation, à la défaillance dans la stratégie de laquelle découleraient des décisions pragmatiques, audacieuses, efficaces et durables. Toutes choses dont sont capables des cadres qui ne mesurent pas le monde à l’univers de liens douteux ou d’ambitions personnelles.

Si le président de la CENI actuelle commence déjà à jouer « au Lousény », c’est qu’il voit qu’en face, il n’a pas meilleur que lui. Cette même CENI fait un retrait qui a couté des millions de francs guinéens. A l’en croire, elle a débattu de tout. Sauf du point nodal des législatives : la question de Waymark. Quelques jours après, ses membres sont reçus par le chef de l’exécutif. Mais, on n’a jamais entendu dire que les représentants de l’ADP et du Collectif se sont rassemblés pour faire un compte-rendu de leur retrait de Boffa, à leurs mandants. A moins que ce ne se soit à l’interne. Dans tous les cas, de mémoire de Guinéens, une institution (gouvernement compris) qui se retire à Boffa ou ailleurs n’a jamais accouché que de désenchantement et échec.

L’opposition guinéenne et ses leaders doivent savoir que l’impatience gagne la base alors que le pouvoir ne fait que se fortifier. Le moment est venu de mettre fin aux tergiversations des uns et des autres. Elle doit clairement dire si elle veut se contenter d’aller aux législatives pour satisfaire les envies de certains de ses membres (pas des meilleurs), d’accéder aux titres de députés. Ou, au contraire, si elle ambitionne réellement conquérir l’Assemblée nationale. Au cas où elle choisirait la dernière option, elle devrait changer sa stratégie qui repose sur les réactions des lendemains du fait accompli. Elle doit cesser de faire le journaliste qui fait des comptes rendus ou de l’expert qui dresse des constats. Pire, du thérapeute qui plaint toujours le patient déjà malade.

Les leaders de l’opposition devraient fixer l’opinion publique guinéenne sur leur degré d’intransigeance face aux enjeux des législatives. Ils doivent prendre conscience que celles et ceux qui ont fait le choix de les suivre se sont engagés sur une voie difficile et risquée. Ils doivent se dire, chaque jour qui passe, que des biens ont été détruits, des personnes déplacées, d’autres arrêtées et beaucoup de vies humaines ont été perdues dans le combat pour la démocratie.

Ils devraient également mettre un terme à la désastreuse tradition politique guinéenne qui met toujours en avant la courtisanerie, la flagornerie à la place de l’efficacité. Ils devraient démolir la cour des flatteurs : celle de gens qui mettent du miel dans leurs oreilles alors que c’est le contraire qui s’imposait. Au cas contraire, il ne sert à rien de reprocher au système en place son clientélisme et son ethnocentrisme.

Dans tous les cas, les militants, les sympathisants et les Guinéens en général sont fatigués des constats improductifs, des litanies incessantes du genre « c’est avec regret ; nous appelons à ceci ou cela ; nous prenons à témoins » etc. Toutes sortes de traditionnelles complaintes pathétiques aux yeux du pouvoir et désolantes pour le peuple qui souffre.

C’est maintenant qu’il faut se lever pour montrer au président de la CENI la ligne à ne pas franchir. Qu’il faut le dégager s’il joue la carte du pouvoir et remet en cause l’indépendance de la CENI. Il est inutile de feindre ignorer s’il a caché ou non le rapport de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). La question ne devrait même pas se poser.

Un rapport ayant pour seul destinataire la CENI a été produit par l’OIF. Tous les membres de la commission devraient en prendre connaissance et copie devrait être donnée à chaque représentant d’un parti politique. Tel ne fut pas le cas. Cela démontre que le nouveau président de la CENI emboîte les pas de l’ancien. Dans ces conditions, toutes les chances de transparence sont compromises. C’est conscient de cette réalité que l’opposition doit savoir ce qu’elle veut : rester à la CENI, retirer ses membres comme elle l’a fait pour le gouvernement et le CNT, récuser l’actuel président, etc. ? 

Le cas échéant, il faut laisser Alpha Condé organiser les législatives comme bon lui semble. Ainsi tout le monde sera situé une fois pour toutes.


Lamarana Petty Diallo 

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