Oury Baldé Jeudi, 29 Novembre 2012 17:54
Jusqu’où est-on prêt à être cynique en Guinée ? Cette fois, le pas de trop dans l’immoralité et le mépris pour la vie humaine a été franchi en Guinée : nommer ministre le mari d’Aissatou à peine assassinée, était l’acte étonnamment impensable qu’il fallait imaginer, l’infamie suprême qui allait sonner le glas de notre humanité.
Mme Aissatou Boiro, la défunte directrice nationale du Trésor, symbolisait le prototype du cadre guinéen intègre et dévoué, œuvrant loin de l’illusion d’optique des projectiles, quasiment dans l’anonymat ; et qui aurait pu aider à nous réconcilier avec nous-mêmes et avec L’Etat. Son époux le professeur Ibrahima Boiro aurait-il été ministre de l’Environnement, des Eaux et Forêts, si la horde de nervis n’avait pas abattu sa femme ce vendredi fatidique du 09 novembre 2012, alors qu’elle rentrait du travail ? Tout porte à croire que non.
Accepter donc l’épouvantable nomination du Pr Ibrahima Boiro comme ministre, après le meurtre d’Aissatou Boiro, ou fût-ce à quelque autre poste sans pérennité, et asservissant d’ailleurs, vu la versatilité fantasque d’AC ; sans exiger toute la lumière sur le crime crapuleux, revient à dépersonnaliser l’être humain en tant que tel ; à préférer la subornation à la justice ; l’injustice à la justice ; l’indécence à la décence ; l’arbitraire au droit ; le mal au bien ; bref, à donner la prime au crime d’opérer en toute impunité en Guinée.
En lieu et place de la justice, AC préfère souvent les arrangements numéraires, le mépris, l’indifférence, l’occultation des délits, ou interférer directement dans les affaires judiciaires. Nos compatriotes de Zowota s’étaient vu proposer des espèces sonnantes et trébuchantes au lendemain de leur tragédie. Pour le reste, que des promesses d’enquête et d’arrestation des criminels des leurs… Le procès des coupables du massacre du stade du 28 septembre 2009 traine toujours. En juillet dernier, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Conakry s’était dédit en renvoyant les prévenus de « l’attaque » de Kipé devant un tribunal militaire et une cour d’assises, annulant purement et simplement le non-lieu qu’elle venait de prononcer plus tôt, une fois qu’AC fut rentré de son séjour parisien !
Peut-être que les agissements d’AC face aux drames, tient lieu d’un état d’esprit en Guinée, du fait de l’indolence du pays pour la justice et les arrangements même préjudiciables, au mépris de la procédure réglementaire en bonne et due forme.
Pour prévenir d’autres atrocités, humanistes, épris de justice, les Guinéens de tous bords devraient dépasser les dissensions futiles et réclamer justice pour Aissatou Boiro et pour toutes les victimes en Guinée.
« Indignez-vous ! » Et agissez ! Bonnes gens. Car, « pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. » E. Burke
Oury Baldé