Oury Baldé Jeudi, 22 Novembre 2012 18:40
Censé avoir hérité d’un pays et d’un Etat même délabré avec ses rudiments et ses règles de fonctionnement propres, quoiqu’il l’ait nié, AC a instauré une implacable autocratie et un pouvoir personnel absolu à la tête de l’Etat.
AC a perverti l’administration et l’armée en les ethnicisant à outrance et en les surpeuplant de personnes cooptées sur des critères ethniques ou farfelus.
Pis, désormais, les Guinéens paient de leur vie le climat d’insécurité instaurée par l’autocratie d’AC : Aissatou Boiro vient de se faire froidement assassiner en pleine journée à Conakry. Mais Aissatou Boiro n’est que l’arbre qui cache la forêt des nombreuses victimes de l’insécurité et de la violence qui sévissent en Guinée.
Avec les Donzos et des nervis en tous genres lâchés dans la nature, on ne peut pas se sentir en sécurité à Conakry et ailleurs.
Au nom de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, AC a initié un racket d’Etat et un bradage des richesses minières sans précédent qui, scandaleusement, ont fini par éclater. Ce, afin de s’enrichir lui et son entourage, proportionnellement à l’accroissement de la misère du Guinéen.
Le point d’achèvement de l’IPPTE, obtenu in-extremis en septembre dernier, comme le sésame qui résoudrait tous les maux cinquantenaires de la Guinée, n’a toujours produit aucun miracle escompté.
Les Guinéens, au contraire, sont éprouvés au quotidien par la cherté de la vie. Le ministre du Commerce vient d’avouer qu’il « n’y a pas d’essence » !
Le pays continue à être régi par l’imprévisible litanie d’humeurs et de diversions du « professeur-président », en lieu et place d’une politique de gouvernement réelle.
Sur le plan politique, AC est à l’origine de l’impasse politique que traverse la Guinée depuis deux (2) ans : report sans cesse des législatives, manque de dialogue franc et constructif avec l’opposition, mépris et trahison de ses propres partenaires politiques, querelles byzantines autour de la nouvelle CENI et de l’opérateur technique de la reprise du fichier électoral (Waymark ou Sagem ? Ou un autre ?). Sur fond de perspective de mascarade électorale probable.
Sur le plan social, les ravages de l’ethnostrategie incendiaire du pouvoir, ont opéré un clivage explosif entre Peuls et Malinkés, avec des tentations d’alliance derrière les deux (2) ethnies majoritaires dans un premier temps, avant que cela n’évolue vers des velléités autonomistes et de repli sur soi plus marquées des autres ethnies. Et pourtant, les Guinéens devraient se réconcilier pour continuer à aller de l’avant.
Outre cette défiance sociale, la société guinéenne est en proie à une insécurité grandissante.
A l’international, les violations répétitives des droits de l’hommes souvent à l’occasion des manifestations de l’opposition, ajoutées aux scandales financiers, à la montée de l’insécurité et à l’absence de législatives deux (2) ans après la présidentielle, ont fini par accréditer l’idée que ce pouvoir ne valait guère mieux que les précédentes dictatures militaro -civiles ; une autre dictature est en marche en Guinée.
Préférant les croisières et les réceptions grandioses, le président guinéen continue à voyager sans arrêt aux 4 coins du monde, que de s’enquérir des problèmes de l’intérieur.
Toutes les raisons qui justifient le départ d’AC sont réunies.
Ni aux Guinéens, ni à la communauté internationale, encore moins aux acteurs politiques (opposants et partenaires politiques compris), AC n’a tenu le moindre de ses engagements de campagne. Avait-il d’ailleurs un programme politique ?
Pour que la Guinée change, il faut absolument qu’AC quitte le pouvoir.
Penser qu’il sortirait le pays de la crise qu’il a lui-même provoquée, est peine perdue.
Un sursaut patriotique consécutif au départ d’AC pour rompre définitivement avec la malédiction dictatoriale
Le ras-le-bol de ce pouvoir discrédité est de plus en plus grandissant. Même au sein de la base irréductible du RPG, tous les espoirs sont brusquement retombés comme un soufflet. Le « changement » promis naguère tambour battant n’est plus qu’une lointaine illusion. AC ne se maintient que par ses manœuvres ethnostratégiques qui l’ont porté au pouvoir.
Le pouvoir d’AC n’aura été qu’une sombre période de plus de la cruelle dictature qui accable obstinément la Guinée depuis son indépendance. In fine, d’autres années de perdues et leur corollaire de gâchis de toute sorte, mais en pire cette fois. Car, bien que souffrant de malgouvernance chronique, l’état du pays n’avait jamais été aussi désastreux qu’aujourd’hui.
Deux (2) années de gestion apocalyptique du pouvoir ayant débouché sur une impasse sociopolitique inextricable, inclinent fortement à croire qu’AC est bien le pire des dictateurs guinéens.
Les Guinéens, dans un élan salvateur, devraient en finir avec les dérives autocratiques de ce vieillard grabataire sénile, au passé et aux origines floues, qui a mis leur pays à feu et à sang.
Si le congédiement d’AC venait à se faire par des méthodes anti-démocratiques, un comité de salut public représentant les diverses tendances sociopolitiques devrait être constitué d’urgence pour se pencher sur l’avenir du pays.
Mea culpa et modus vivendi
54 ans d’indépendance, quasiment 54 ans de dictature stérile, ne sauraient être confinés à un simple accident de parcours, encore moins à la fureur d’une fatalité implacable, ou au fait d’un mauvais cycle temporel. Les responsabilités du désastre national se situent à presque tous les niveaux. Il serait temps de faire notre mea culpa pour conjurer une fois pour toute la hantise des vieux démons. Et, de la gestion de l’Etat, de la démocratie, aux interactions sociales, s’atteler à édifier un modus vivendi.
Au risque, sinon, que l’après AC ressemble au funeste présage « après moi, le déluge », pendant au moins un certain temps. Tant le pays est en lambeaux, et que les germes de la haine et de la division ont été déjà semés par lui AC.
Oury Baldé