Déconstruire la mythologie de l’unité nationale ‒ Partie IV : l’escroquerie de « la Guinée est une famille »

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L’escroquerie de « la Guinée est une famille »

Le PDG fit de la famille réelle sa cible de choix dans son entreprise de subjugation des Guinéens. Parmi les moyens employés, il y avait la « campagne d’émancipation des femmes Â» qui ne fut en réalité qu’une forme de prostitution déguisée. Dans le « service protocole Â», étaient enrôlées sans discrimination des collégiennes, des lycéennes et des femmes adultes pour agrémenter les réceptions de dignitaires locaux ou étrangers durant les incessantes manifestations du parti. En outre, avec le mouvement satellite de la jeunesse du parti (JRDA), le PDG contribua à saper l’autorité parentale. Il embrigada les adolescents dans sa propagande avec le but d’en faire des outils de pérennisation de son règne. Ces mouvements s’accompagnèrent de la destruction du système éducatif dont les effets se font sentir de nos jours. Tout cela fut imposé dans le contexte de répressions et pénuries de toute sorte qui emprisonneront les citoyens dans la soumission pour la survie. Ce système est bien familier. Les piliers de la famille que sont les jeunes et les femmes subissent encore les effets de cet héritage. La jeunesse vit sans perspectives. Les femmes sont maintenues dans un statut inférieur qui fait d’elles les victimes privilégiées de la violence sociale et politique. En soi, ceci suffirait pour montrer qu’il est indécent aujourd’hui de parler de la Guinée comme une famille. 

La campagne de « la Guinée est une famille » n’est rien d’autre qu’une escroquerie. Cet avatar de la mythologie de l’unité nationale ne cherche qu’à noyer le poisson. A tout point de vue, le concept est pernicieux. Il est fait pour duper et occulter les déchirures de notre société. En se donnant une connotation sacrée, romantique et morale, la notion de « la Guinée est une famille » empoisonne le débat national. La notion se pare de sentiments nobles pour donner à l’état la toge de garant de l’unité nationale. L’autorité octroyée est abusivement utilisée pour tuer, démolir des habitations, insulter et discriminer sur la base de l’appartenance ethnique, de la région d’origine, de la résidence à l’intérieur ou à l’extérieur du pays sans devoir rendre compte. La notion de « la Guinée est une famille » privilégie le principe fallacieux de Â« réconciliation des Guinéens Â» aux dépens de la justice. Elle pervertit les relations entre les gouvernants et les gouvernés en empêchant la censure et le contrôle démocratique. Elle sape le principe de la citoyenneté en imposant une mentalité infantilisante propice à l’obéissance aveugle, à la solidarité forcée, à l’amour obligatoire et à l’acceptation des tares des gouvernants comme des erreurs collectives congénitales, inhérentes et partagées. En diluant les responsabilités individuelles dans un « nous Â» opaque et familial, la propagande veut créer une culpabilisation par association et par naissance qui cherche à faire de chacun complice des crimes que l’Etat refuse de reconnaitre et qu’il cherche à fourguer comme du linge sale de famille. C’est ce qui a permis à Alpha Condé de déclarer sans complexe aucun, « qu’en Guinée tout le monde est victime et tout le monde est coupable ». Avec ce tour de force, le président enferme la Guinée dans une irrationalité qui met notre histoire hors de portée de l’analyse et de la compréhension. Le Guinéen est condamné de façon lapidaire, sans instruction ni jugement. Il n’a de choix qu’entre la demande d’absolution, l’auto-flagellation, les lamentations ou le repentir. Dévoyé de la notion d’appartenance ethnique et régionale qualifiée d’archaïque et de préjudiciable à l’ordre républicain, le Guinéen se retrouve exposé, nu et vulnérable, face à l’histoire et à l’Etat ; sans présomption d’innocence. Il n’y a pas que l’avenir de bouché pour lui. Le passé est aussi une zone interdite. L’explorer c’est aller vers des casemates où se cachent des démons de sa culpabilité ; c’est remuer la fange de ses méfaits et secouer les réminiscences de ses péchés. Monceau de crimes et de remords, le Guinéen est sommé de vivre sans mémoire pour son propre bien.

Le président guinéen pousse le cynisme à un degré élevé. En se convainquant qu’il gouverne une république de tourmentés et de criminels, il peut donner libre cours à ses instincts et à ses tricheries. Il déclare en public avoir pardonné son emprisonnement par Lansana Conté et sa condamnation in-absentia par Sékou Touré. Pendant ce temps l’agent de sécurité qui avait procédé à son arrestation à Piné est maintenu en prison, sans défense, dans le secret et en violation des dispositions constitutionnelles. À supposer qu’il soit encore en vie. La magnanimité de façade ne peut couvrir en l’occurrence le penchant avéré pour la répression et les rumeurs de complots. Les « pardons Â» sans débats, ni protocoles juridiques ne sont qu’une invitation de la nation à un oubli malsain : des complots à répétition, des camps de la mort, des pendaisons, des injures, des bannissements, des démolitions d’habitats, etc. La profession de foi d’amnésie collective de M. Alpha Condé est non seulement méprisante des aspirations des Guinéens, mais elle perpétue le despotisme patriarcal et régalien où le « chef Â» peut kidnapper, emprisonner, tuer et pardonner à volonté. Il ne manque au tableau que les « dépositions Â» à la radio et les photos humiliantes. Dans la république-des-méfaits-collectifs qu’Alpha Condé veut se tailler, ne peut survivre que l’archétype du bon-citoyen-bête-de-somme préoccupé par la pitance du jour ou le machin-bon-à-chanter les gloires mensongères des dirigeants. La seule autre forme d’opinion politique tolérée c’est la rengaine de la sacralité et du dogme de la « famille nationale » qui consiste, paradoxalement, à inventer perpétuellement des ennemis. Ceux qui questionnent l’arbitraire de l’entité nationale ainsi que le banditisme de l’Etat sont marqués du label infamant de saboteurs. Demander l’option d’institutionnaliser les régions comme possibles contrepoids au capharnaüm de la nation, c’est se condamner à être taxé de fractionniste voire de sécessionniste. Le but visé par la culpabilité et la victimisation générale n’est pas innocent. Il s’agit de perpétuer l’œuvre des régimes du passé qui ont fait du Guinéen une pâte molle et malléable avec le levain des peurs. Il s’agit de le réduire en un être amorphe ; un fluide qui se meut de l’état de victimes à celui de coupable et vice-versa, dans des zones d’ombre et des notions incompréhensibles, où le mal et le bien se confondent, où la différence entre tort, vérité et mensonge est impossible. Il s’agit enfin de laminer la citoyenneté elle-même et de la noyer dans une piscine de confusions, de hontes et de remords. Ainsi, le pays est dans cet état, non pas du fait d’une administration prédatrice et des corrupteurs de chefs, mais du fait qu’intrinsèquement le Guinéen est mauvais. Il est envieux de ceux qui réussissent ; il est appâté par le gain facile ; il est paresseux, jouisseur et de surcroit coupable de tous les crimes de l’histoire.

La position de M. Alpha Condé est nocive sur bien d’autres aspects. Elle contient tous les ingrédients de l’amalgame, de la malhonnêteté et du déni du droit. Elle est abusive dans le sens où elle lave les présumés coupables de tout remord et de toute responsabilité. De fait, elle est une obstruction à toute justice en ce qu’il met des menottes aux poignets du système judiciaire en l’obligeant ‒ si à jamais il voulait agir ‒ au devoir de traduire cet opaque « tout le monde Â» devant la barre. L’argument est une banalisation d’actes moralement répréhensibles et légalement imprescriptibles. C’est une absolution honteuse de criminels et l’annonce implicite qu’il n’y aura pas le minimum d’enquêtes sur les crimes reconnus. Avec une déclaration dépourvue du minimum de support rationnel, le président guinéen montre encore une fois son manque irritant de moralité et de sérieux. Il enfonce la Guinée dans une énigme psychanalytique où chacun est appelé à battre sa coulpe et à exhiber ses contusions pour ne pas déranger la paix des criminels en liberté ou exiger de l’Etat la responsabilité qui lui échoit de mettre fin à la culture d’impunité. En se moquant des souffrances des vraies victimes pour le confort des acolytes, le président guinéen laisse planer sur le pays de lugubres perspectives. Il serait naïf de croire qu’un investisseur sensé puisse prendre des engagements à long terme avec, en arrière-fond, un pays où tout le monde est coupable, innocents et victimes en même temps. La volonté de M. Alpha Condé de vouloir pêcher dans ces eaux troubles est indicative d’un choix de chef de bandits avec la prédilection pour la compromission généralisée et une adhésion intime aux triomphes des plus forts et des plus malins. Des choix qui annihilent l’attrait du travail producteur pour laisser le destin à la « chance aveugle Â» dont il se croit le dispensateur suprême.

Le président guinéen a beau jeu d’enrober ses calculs dans cette bouillabaisse où mijotent la famille, la culpabilité, le pardon et la réconciliation pour consacrer l’impunité, ruiner la loi et, dans l’amalgame ainsi créé, pouvoir gouverner sans partage et à vie. C’est une pratique bien rôdée dans notre pays. Ses effets sont connus. Dans notre histoire, cette mixture n’aura été qu’une excuse à la consécration de l’incompétence, de la médiocrité, de la concussion et de la compromission dans un engrenage dangereux, créé à dessein, où le fascisme-ethnique de l’état tribalise la politique et réduit le débat à l’ethnocentrisme tout azimuts. Les concepts de fascisme-ethnique et d’ethnocentrisme se soutiennent mutuellement pour duper les citoyens et assurer les beaux jours de la mafia politico-militaire. Le diagnostic de l’échafaudage est simple car son mode opératoire consiste à masquer l’impunité institutionnelle. Même si ses pièges sont subtils, car jouant sur les émotions, il est indispensable de l’invalider et de le purger de la nation comme la forme suprême d’erreur historique qui aura enfermé le pays dans la stagnation et la régression systématiques. Des élections sans ces préalables ne feront rien pour changer la situation du pays, même avec les meilleurs technocrates.


L’engrenage de l’ethno-fascisme et de l’ethnocentrisme

La suggestion de M. Alpha Condé s’inscrit dans la logique d’huilage et de maintien de cet échafaudage. Elle a pour objectif l’érection d’une citadelle de culpabilités partagées où il n’y a qu’une forme d’abondance : la victimisation, les craintes infondées de l’autre, les doutes de soi et des possibilités de changement. Les démagogues y vendent la camelote de l’union sacrée pour couvrir leurs méfaits. Les idéologues de l’unité nationale et les manitous des ethno-phobies y ont toute la latitude pour inoculer les notions de cultures et de pouvoirs régionaux de virus de complexes de supériorité ou d’infériorité. Dans la citadelle il n’y a pas besoin de surveiller les citoyens. Les populations se neutralisent très bien dans leurs suspicions réciproques et peurs partagées. Le résultat est semblable à un navire en pilotage automatique dans une mer houleuse, où hier est toujours meilleur qu’aujourd’hui. Pas étonnant que le sens commun invoque une «malédiction» qui plane sur la Guinée du fait de vagues méfaits du passé, pour expliquer le désarroi qu’est devenu le pays. Le peuple dépouillé de sa mémoire et du recours aux lois s’est fait otage des sirènes de la méfiance. Il se réfugie dans l’attente du beau matin des compensations, dans la sublimation du passé, l’exaltation du paganisme et l’adhésion aux mythologies ethniques. Dans une dialectique empoisonnée, le fascisme ethnique de l’Etat et l’ethnocentrisme des politiciens s’imbriquent en s’accusant mutuellement de l’échec. Le mécanisme est fait pour empêcher les citoyens de porter leur attention là où il faut ; c’est-à-dire vers les pathogènes du cancer de la corruption, cause réelle du manque d’infrastructure, de la précarité des écoles, des hôpitaux inhospitaliers, du manque d’eau potable et de routes praticables. Les frustrations qui en résultent sont utilisées pour bâtir un édifice complexuel avec les briques des désespoirs, des clientélismes et des instincts tribaux. Le sentiment d’impuissance livre les différents chaque groupe ethnique au premier venu. « Pourvu qu’il soit des nôtres » est le slogan des ralliements de clocher. Dans le sacre des « parents Â», personne ne pose la question de savoir d’où viennent les leaders. Quelle est leur lecture de l’histoire de la Guinée ? De quels projets sont-ils porteurs ? Quelles sont les cures qu’ils comptent apporter aux blessures dont souffre le pays ? Ont-ils un minimum de vision pour que l’Afrique sorte de sa position marginale ? Sous la drogue de l’ethnocentrisme et de l’unité nationale les esprits cyniques fustigent ces questions comme superflues, trop intellectuelles, déplacées par rapport aux besoins du moment et naïves, car ignorantes des « vraies réalités Â» où le nom de famille des politiciens tient lieu de programme politique. Ne pas suivre les leaders tribaux de circonstances c’est être considéré comme « bâtard Â». Toute personne capable de flatter ou de manÅ“uvrer contre les autres ethnies devient héros du jour. Les opportunistes et les égéries fleurissent dans ce marécage de politique de bas niveau où l’objectif est de faire échouer les « autres Â» ; où les griots, les donzos, les marabouts et les géomanciens attisent la psychose des conspirations. Le militantisme se mue en occultisme où les engagements se mesurent en une surenchère d’identification ethnique. Et, bien entendu, d’oubli des vrais crimes qui ont conduit le pays où il est. La République ressemble alors à ce que la Guinée est. Un univers kafkaïen où s’affirmer immunisé contre les fétiches de l’ethno-stratégie et demander le renforcement des pouvoirs des régions est suspect. Vouloir poser la question de la décentralisation et du possible démantèlement de la Guinée parce que la nation a prouvé ne pas être viable pour reconstruire sur des bases plus saines, de la trahison à la patrie. Affirmer la nécessité de revaloriser les institutions du passé comme contre-pouvoir des bureaucraties corrompues, de l’archaïsme utopique. Parler de la nécessité de débattre des crimes d’Etat et de mettre fin à l’impunité comme préalable à toute consultation électorale saine, c’est être un aigri ou un artisan de la «victimisation. Le tour est ainsi joué pour enfermer le pays dans des compulsions à répétition où c’est toujours la même mafia, les mêmes criminels et leurs apprentis qui règnent. En dépit des sacrifices consentis par le peuple.


Perspectives

Briser un tel carcan ne se fera pas par des moyens pacifiques. Tout état d’esprit qui suppute des arrangements à l’amiable avec la mafia qui a mis la Guinée sous coupe réglée n’est que délusion mentale ou simplement de la lâcheté. Il n’y a pas d’exemples dont on peut s’inspirer dans l’histoire de l’humanité où une décadence semblable à la nôtre a été enrayée par des réformes. Les tenants du pouvoir le savent bien. L’insistance qu’ils mettent sur les slogans, « Guinée est une famille Â» ou « réconciliation nationale Â» a pour seul objet de brouiller les cartes, maintenir les privilèges et retarder les moments d’un affrontement qu’ils ont préparé avec leur veulerie et leurs instincts répressifs. Leur propagande veut faire croire qu’un affrontement entre les forces démocratiques et la mafia gouvernementale serait fatal à la Guinée ; que tout le monde va y perdre. En réalité ce sont les gouvernants qui ont tout à perdre. Depuis belle lurette, les populations guinéennes ont appris qu’elles ne peuvent rien attendre d’eux. La jeunesse a été destituée et laissée pour compte. Son palliatif c’est l’exil. Les travailleurs, les paysans et les petits entrepreneurs survivent grâce à la baraka ou aux subsides de la diaspora. La désillusion a enrayé tout sens d’espérance, de justice et de communauté. Les gouvernements guinéens successifs ont invariablement eu les mêmes cultures et les mêmes méthodes : provocation, répression rampante, corruption, division ethnique et isolation. Ils n’ont jamais offert rien d’autre. Leurs cartouches sont mouillées depuis longtemps. Il ne leur reste que l’agitation des notions de famille et de réconciliation qu’ils ont toujours ruinées. Quand la culpabilisation collective et les divisions ethniques ou sociales s’avèrent insuffisantes, on essaie de désarmer les forces du changement par le spectre des guerres sales du Libéria ou de la Sierra Léone, l'instabilité au Mali et en Guinée-Bissau, et même le syndrome du Rwanda. La méthode de gouvernement n’est que de la survie de ceux que l’histoire a condamnés. Tout jour de plus c’est un jour de gagné dans le jeu de retarder les échéances et l’heure de l’explication avec le peuple.

Comment et quand se fera la confrontation est du domaine des conjectures. Rien n’indique que ce sera pour demain étant donné le passé de répression, de division ethnique et des forces sociales ainsi que l’exode massif. Ceci laisse du temps aux citoyens guinéens, aux porte-paroles des populations, et à ceux qui façonnent l’opinion nationale pour préparer avec sérénité la lutte pour la justice. Loin des conspirations politiques, des peurs et des occultismes paralysants, cette lutte est un impératif moral, un devoir patriotique et une obligation que commande l’histoire. Au minimum, il s’agit de laver l’affront fait à ce qu’on a de plus sacré dans nos sociétés : nos sÅ“urs, nos femmes, mères des générations à venir dont on a souillé l’intimité au grand jour. En outre, il s’agit d’un test ultime de sursaut moral qui va décider de notre qualité d’êtres humains ainsi que de la possibilité de rédemption de la nation. Il y a des guerres qu’il est criminel d’initier et il y a une sorte de paix qu’il est immoral de souhaiter. Il serait malhonnête de la part des intellectuels guinéens de laisser le hasard et les forces aveugles des rancÅ“urs décider du combat par le prêchi-prêcha sur la fraternité et la réconciliation avec des tueurs. La tâche qui leur incombe consiste plutôt à éclairer et à accompagner le combat qui s’annonce, pour en faire un combat de libération et non de revanche, un combat pour la dignité d’abord, pour la justice ensuite, comme gages de la démocratie. Il faut délimiter et déblayer le champ de ce combat. Il faut d’avance ôter la possibilité aux gouvernants de recourir à leurs tactiques habituelles de faire appel aux émotions tribales pour faire endosser par leur ethnie ou leur région d'origine des crimes dont ils sont les seuls responsables. Certains des criminels sont connus. Les autres doivent être individuellement identifiés. Les charges contre eux retenues doivent être documentées. Le moment venu, les actions devront viser à neutraliser ces personnes soupçonnées de crimes.

Sur le plan conceptuel, un travail est nécessaire qui doit guider la lutte contre le fascisme ethnique afin de désinfecter notre pays de la confusion ethnocentrique qu’il y a semée. Ce travail demande qu’on dépouille la nation et l’ethnie de toute sacralité.

L’ethnie est une donne, un creuset social et culturel, constitutif de toute personne. Il est démagogique de vouloir l’occulter au nom d’une citoyenneté neutre, surtout dans une coquille vide comme la Guinée. Il est tout aussi criminel de l’utiliser comme arme de division aux dépens de groupes ethniques partageant les mêmes territoires. La viabilité de toute ethnie repose sur sa culture qui, elle-même, se mesure par sa capacité d’atteindre et d’entretenir les valeurs universelles acceptées. A défaut elle se condamne à être du folklore, un outil d’instrumentalisation et de stagnation.

La nation, quant à elle, est une construction de l’arbitraire de l’histoire. Il est nécessaire d’oblitérer le fétichisme que la notion opère sur les esprits. Pour ce faire, il convient de noter que la pérennité de la nation n’est garantie que par sa capacité d’ajuster sa fondation, sa portée et sa signification aux exigences de ses citoyens. L’entité nationale ne doit être entendue que comme un cadre pour permettre et réglementer des choix de promotion collective. À défaut, sa caducité doit être déclarée pour éviter la prolongation des peines que sa mystique inflige. Pour nous Guinéens, la priorité n’est donc pas de questionner les données de base, culturelles et sociales que sont les ethnies. Ce qui s’impose, c’est de constater que la domestication des ethnies et l’oblitération des pouvoirs régionaux par l’artifice de la nation auront mené à la faillite. Pour amer que cela puisse être, c’est le préalable au débat sur les raisons de cette faillite. A partir de cette remise en question doit être esquissée une idée ambitieuse de nous-mêmes et de ce que nous voulons être, dans un canevas large, généreux et fédérateur de nos cultures et des standards acceptés de progrès. Ces deux approches ‒ critique et propositionnelle ‒ guideront la réflexion sur des paradigmes et des idées spéculatives sur une citoyenneté multiple et plurielle, ainsi que sur les fondements de nations à géométrie variable dans un monde qui se globalise. Ceci fera l’objet de la dernière livraison de cette série.


Ourouro Bah


A suivre ‒ Dernière partie : paradigmes d’une nouvelle citoyenneté 

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Commentaires  

 
+1 #5 Th.hamidou Barry USA 24-11-2012 02:38

Je suis 100% pour autonomie de chaque region naturelle.Depuis plus 50 ans il n y ai pas eu du symbiose entre les ethnies est surtout les elites qui devrait leur guider...j,en suis persuader c est ne point next 50 ans que les Guineens Vont s Aimer et se respecter mutuellement a fortiori la reforme de l ARMEE GUINÉENNE....vraiment plus 50 ans ont fait consome les Guineens de ragots que du Râgouts par leur propre fils ...il est grand temp qu'ont chesse ce langue du bois,....wake up y'all !
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+6 #4 Toola 23-11-2012 19:57

Pour moi,au-delà de l'analyse politique et sociologique de M. Ouroro, il y a en toile de fond tout au long du texte trois constantes qui tiennent de la (in)conscience du guinéen:
- L'hypocrysie et l'inversion des valeurs
- Le refus et deni de la mémoire
- La résignation
La valeur ajoutée du texte est de réaliser au sens de voir la réalité du fait que nous ne sommes pas une famille (malgré les attaches qui nous lient individuellement à d'autres communautés); que nous ne sommes pas une nation et que cela ne fait pas de nous un cessessionniste. Cette réalité, nous ne l'avons que trop longtemps refoulée et il nous faut d'abord l'admettre avant de se positionner vis-a-vis d'elle, la traduire politiquement.
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0 #3 Alpha O Barry 22-11-2012 20:05

"Il n’y a pas d’exemples dont on peut s’inspirer dans l’histoire de l’humanité où une décadence semblable à la nôtre a été enrayée par des réformes."
Je suis d'accord avec toute l'analyse sur la manipulation des notions "guinee famille", "de reconciliation sans verite et justice"; je suis aussi d'accord sur la necessite de batir une citoyenete guineenne moderne integrant l'identite ethnique et regionale. Mais je ne pense pas que la revolution, ou le changement par la violence sois indispensabe. Elle va peut-etre s'imposer si les tenants du pouvoir continuent a refuser une refondation de la guinee par des reformes hardies.
En revenant a la citation ci-dessus, oui il y a plusieurs examples dans l'histoire de l'humanite où une décadence semblable à la nôtre a été enrayée par des réformes: la plupart des pays post-communistes. Je prends l'example le plus illustratif de la pologne qui a ouvert la marche par la table ronde des negociations entre solidarnosc et le pouvoir communiste. Il y a eu le coup d'etat de Jarulzeski qui a interrompu momentanement le processus, mais cela n'a fait que sauver le pays d'une intervention sovietique et continuer le processus par la suite qui amena un partage du pouvoir avec solidarnosc et l'elimination graduelle de l'ordre communiste par des reformes hardies qui a pris l'allure d'une revolution pacifique. Mais au depart du processus, c'etaient bel et bien des reformes. La meme chose aurait pu se passer avec l'arrivee de Kouyate a la primature et peut se passer maintenant avec Alpha Conde, si notre classe politique etait patriote et competente.
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+5 #2 diallo boubacar doumba 22-11-2012 19:49

Citation en provenance de Ourouro Bah:
"Perspectives"
"Briser un tel carcan ne se fera pas par des moyens pacifiques."
Le peuple guinéen et ses "élites" envisagent ils une telle option?Les moyens non pacifiques étant la continuation de la politique ,l'opposition actuelle en admettant qu'elle change son fusil d'épaule, pourra t-elle briser ce carcan ou imposera -t- elle un autre carcan ?On l'a vu avec Charles Taylor au Libéria .. .je pose la question suivante: quelle politique est elle une véritable alternative?Après une réponse claire à cette question,on pourra peut être envisager les moyens, pacifiques ou non, légaux ou illégaux ?
A moins de n'avoir pas bien compris .
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+8 #1 Ibrahima Kylé Diallo 22-11-2012 13:53

Il y a une "famille" qui se croit propriétaire de la Guinée.
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