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La Guinée peut-elle faire l’économie d’une révolution ?
Lamarana Petty Diallo Vendredi, 31 Août 2012 15:58
Un grand homme politique français de l’époque contemporaine avait dit qu’« un dictateur n’a pas de concurrent à sa taille tant que le peuple ne relève pas le défi ».
Le peuple de Guinée semble de plus en plus engagé dans le sens de cette assertion. C’est-à -dire, assumer son destin en relevant les enjeux liés à l’instauration de la démocratie. Un système politique pour lequel les Guinéens luttent depuis 1958 mais qui est rendu impossible par le pouvoir actuel à cause de son mode de gouvernance.
Paradoxalement, c’est quelqu’un qui se fait appeler « président démocratiquement élu » qui, par les actes qu’il a posés depuis près de 2 ans freine, d’une manière délibérée, l’avènement de cette démocratie.
Il serait trop long de vouloir faire le bilan des manifestations populaires qui secouent la Guinée depuis le lendemain du second tour de l’élection présidentielle de novembre 2010. Sans risque d’erreur, on peut dire qu’il n’y a pas eu un seul mois sans un soulèvement de masse, une grève, un conflit à caractère politique, une revendication allant dans le sens du respect des droits de l’homme, du respect des promesses électorales pour le bien-être des populations, l’adduction d’eau ou d’électricité. La liste est longue.
Les récents événements de N’Zérékoré et de Siguiri, dont on n’a pas fini de parler, ont été passagèrement occultés par la marche de l’opposition du 27 août 2012. Du reste, les uns et les autres sont les signes évidents d’un régime politique qui, à force d’entêtement, s’enfonce chaque jour un peu plus. Je ne reviendrai pas sur les raisons d’essoufflement de ce système qui n’a jamais réellement décollé et qui ne semble plus tenir à grand-chose. J’essayerai tout simplement de montrer les risques auxquels il s’exposerait et exposerait la Guinée s’il ne changeait pas d’orientation, de mode de gouvernance et de perspectives.
C’est une succession de rêves avortés qui menacent le pouvoir guinéen actuel. Mais, en toute vraisemblance, il ne semble pas en prendre conscience. Le premier rêve avorté a débuté avec le revirement politique du PDG qui, de parti démocratique, s’est métamorphosé en parti dictatorial. Les 26 ans de règne du pouvoir militaro-civil du général Lansana Conté marquent le second rêve qui a engendré le troisième. Suite à l’échec du pouvoir de la junte sous Moussa Dadis Camara, le peu d’espoir suscité par les accords de Ouaga s’est écroulé comme un château de cartes avec les résultats du second tour de la présidentielle de 2010.
C’est que, de rêve brisé en rêve brisé, les peuples se révoltent, brisent les chaînes et se libèrent de toutes les oppressions, de toutes les injustices. Bref, de tous les jougs. Ainsi est l’histoire des libérations internes ou externes quand ces dernières sont liées à une domination étrangère.
En Guinée, l’oppression vient de l’intérieur. Depuis 1958, le Guinéen oppresse ses frères et sœurs. Tout simplement, son concitoyen. Ce que le peuple ne semble plus accepter. Le président guinéen devrait savoir que les attentes n’ont pas été comblées par le saut de 18% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle à 52,52%, exactement, au second tour et qui l’ont permis d’être à la tête de la Guinée.
En revanche, les leaders de l’opposition guinéenne, après de multiples tentatives de dialogue, parfois d’hésitations, se sont inscrits dans le sens de l’attente de la majorité des populations. Du coup, l’entêtement du gouvernement a conserver une Commission électorale indépendante (CENI) caduque, l’attentisme, si ce n’est la complicité, d’institutions dites républicaines et de leurs dirigeants comme le Conseil national de la transition (CNT), le Conseil économique et social, la société civile et certains organismes syndicaux face à la mal-gouvernance leur sont apparus comme une cerise sur le gâteau.
Le mécontentement grandissant, accentué par les crises sociales comme la fermeture en vue de l’usine de Fria, les crises politiques qui se succèdent et l’éclosion de conflits qui, pour beaucoup d’observateurs, revêtent un caractère ethnique, le manquement à la loi, les scandales financiers qui touchent la première personnalité du pays et la corruption généralisée sont des faits qui montrent que rien n’a changé en Guinée. Bien au contraire : le pire a succédé à la catastrophe.
Ces ingrédients sociaux, politiques et économiques sont propices à enclencher une crise très profonde: une révolution sociale à la tunisienne ou à l’égyptienne ou, Dieu nous en garde, à la syrienne. Bien des partis politiques redoutent ce scénario. Mais le pouvoir guinéen ne semble pas s’en inquiéter. On pourrait bien se demander s’il a conscience qu’il joue avec le feu en traînant les pas du changement et en refusant le dialogue avec ses opposants.
Les actes commis le 27 août 2012 n’incitent pas à la paix : matraquage des manifestants, tentatives d’élimination des principaux leaders de l’opposition par des balles réelles (d’après les intéressés) sur le véhicule dans lequel ils se trouvaient, violation de leurs domiciles privés suivis d’attaques qui mettent en péril leurs proches, etc. Malheureusement, les démentis appuyés des tenants du pouvoir en lieu et place d’enquêtes émanant du gouvernement, ajoutent à la méfiance en accréditant la thèse de la terreur d’État.
Les vociférations, parfois les menaces d’autorités zélées, les déclarations enflammées de personnes dont le seul mérite tient à leur capacité à lécher les bottes de tous les chefs, l’actuel comme les précédents, sont des signes tangibles de la prise en otage du président guinéen. Cela expliquerait en partie les dérives de son pouvoir. Il ne peut en être autrement quand, dans un pays, le gouverneur coiffe le ministre, le commandant ordonne au général. Quand la médiocrité est le seul garant de la réussite.
Les comités de soutien sous toutes les déclinaisons, « génération Alpha Condé », dont les animateurs omettent de dire que la génération de l’intéressé est beaucoup plus sous terre que vivante, coalitions de toutes sortes (qu’elles soient citoyennes ou de… filles de plus de 50 ans), spécialistes de mamayas et autres squatteurs de Sékoutouréya, sont les plus grands dangers pour la Guinée et son président. Ces pseudos organisations le flattent pour mieux l’aveugler. S’il ne prenait garde alors qu’il est temps, elles le perdraient comme elles le firent de Dadis. Leur appui inconditionnel est une épée de Damoclès qui pèse sur lui. Ce genre de soutien rappelle la dévotion à Sékou Touré, à Lansana Conté, à Moussa Dadis et à Sékouba Konaté. Qu’en résulta-t-il ?
Les accumulations d’échecs du système politique guinéen qui ont atteint un certain seuil avec les récentes violences contre les militants et les leaders politiques de l’ADP et du Collectif, et autres répressions qui les ont précédées, ne sauraient continuer sans risque de radicalisation d’un côté comme de l’autre. Et, en ce moment, rien, hélas rien, ne serait exclu.
Pour éviter l’irréparable, Alpha Condé devrait redescendre sur terre et comprendre une fois pour toutes que les Guinéens se sont ouverts au monde. Dans cette perspective, il devrait renoncer à son principe: « Je prendrai la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée ». Le cas échéant, il est fort à craindre que ce ne soit l’inverse : « il laissera la Guinée là où il l’a trouvée ».
Les signes avant-coureurs se font sentir : démission de son gouvernement de personnalités de partis anciennement alliés au RPG. Retrait de toutes les institutions républicaines (CENI et CNT) des représentants des partis politiques regroupés au sein de l’alliance ADP et Collectif. Mais aussi de certains représentants de partis ou d’alliances qui se disaient modérés ou centristes, comme l’UFD de Baadiko.
Tout observateur avisé sait que l’opposition guinéenne devient incontournable à la suite de tels gestes forts en symboles. Mais aussi politiquement inédits car, en l’espèce, ce sont les partis qui ont appelé leurs représentants à rendre leur portefeuille. Des ministres qui démissionnent au grand jour comme après les massacres du 28 septembre 2009, n’augurent pas nécessairement de lendemains paisibles pour le pouvoir politique actuel.
A mon avis, le président guinéen n’a pas d’autre choix : il doit approcher et inviter solennellement au dialogue ses anciens colistiers et ses opposants des présidentielles. Il devrait leur donner des gages sûrs d’organisation des élections législatives dans le respect de la loi. Toute chose qui contribuera à l’apaisement du climat politique guinéen pour le bien du peuple. Dans cette optique, il devrait revoir l’orientation politique qu’il a menée jusque-là .
Le contraire, je le crains fort bien, risque d’engendrer une révolution sociale et politique plus vite que l’on croit.
Espérons, si tel était le cas, qu’elle se ferait tout en douceur.
Lamarana Petty Diallo
Commentaires
La page est définitivement tournée et tout le monde doit s'y atteler pour y prendre part.








