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L’arrêt des opérations de révision des listes électorales : Un premier pas qui ne fait pas le compte
Lamarana Petty Diallo Mardi, 15 Mai 2012 17:20
Le Président de la République a demandé un arrêt provisoire des opérations de révision des listes électorales à travers un communiqué assez laconique.
Il y est précisé qu’il s’agit « d’un arrêt de quelques jours » qui devrait rassurer les différents acteurs. C’est comme si cette déclaration du 13 mai 2012 allait mettre fin à la question de la Commission Nationale Indépendante (CENI) et à tous les problèmes techniques liés aux opérations de révision des listes électorales. Ce laps de temps serait-il si miraculeux pour solutionner des problèmes qui durent depuis plus d’un an ?
A bien lire entre les lignes, on s’aperçoit que la décision présidentielle, si toutefois elle relevait de la bonne foi, manque notoirement de réalisme et de courage politique. Elle ne fait mention d’aucune initiative vers l’opposition.
La seule voie qui vaille pour sauver la paix civile, en rapprochant l’opposition politique guinéenne, incarnée par le Collectif et l’ADP, et le pouvoir, c’est la satisfaction de toutes les revendications liées aux législatives. Ce que le pouvoir refuse pour le moment.
Cependant, minimiser le vent de contestation qui se lève en Guinée à travers les marches pacifiques et les journées de villes mortes n’est aucunement profitable au gouvernement. Tel est pourtant le cas. Cela conduit beaucoup d’observateurs à penser que le Président guinéen est entouré de personnes totalement déconnectées de la réalité. Bon nombre d’entre elles apparaissant comme des radicaux imbus d’idées anachroniques.
De surcroît, de telles personnes privilégient l’intérêt personnel, clanique, familial et ethnique au détriment de la nation. Toute chose qu’il aurait fallu éviter dans une Guinée qui a connu plus d’une dizaine de mouvements de révolte en moins de 10 ans. Ce manque notoire de vision politique risque, hélas, de coûter cher, d’autant plus que cela signifie que l’entourage d’Alpha Condé perd de vue que les populations guinéennes ont bravé tous les systèmes politiques de ces dernières années. Qu’elles en sont venues à bout au prix que nous connaissons tous sans jamais reculer.
L’histoire récente aurait servi au gouvernement actuel et à son président. Mais le propre de l’obstination, c’est le regret, le « si j’avais su » alors que nul ne savait plus que l’obstiné lui-même. Si le pouvoir guinéen ne veut pas être comptable d’un chaos politique il devra mettre de côté les radicaux et les nostalgiques d’un passé à jamais révolu, pour débloquer la situation. C’est la seule condition qui prévaut. Tout le reste relève de vaines tentatives qui ne feront que retarder l’échéance des jours sombres. Ce que nul ne souhaite pour notre pays.
Le pouvoir actuel devrait savoir que le peuple est du côté de l’opposition. Que ce peuple vit à travers les médias ce qui se passe ailleurs en Afrique et dans les pays voisins. Les évolutions en cours en Côte d’Ivoire, les bouillonnements au Mali et en Guinée-Bissau, et l’enlisement de la Guinée n’échappent à aucun citoyen. Dans ce contexte, l’opposition a plus de chance d’en tirer profit. Le fait que le système en place n’ait rien à faire prévaloir depuis 18 mois de magistrature, la sert d’autant plus !
Il est temps, grand temps même, qu’Alpha Condé se ravise et desserre l’étau en s’ouvrant à ses adversaires. Qu’il se rende à l’évidence que, malgré la démagogie de certains qui veulent flatter son égo, son opposition devient de jour en jour plus forte, plus populaire et plus mobilisatrice. Que ce qui se passe ne laisse pas indifférents les institutions étrangères, consulats et chancelleries.
Mieux, l’opposition fait preuve de maturité politique face au manque de leadership du RPG-Arc-en-ciel, qui se gausse de menace, de chantage face à un adversaire pacifique. Les contre-manifestations montrant que le RPG est plus un parti composite qu’une majorité mobilisatrice. Un parti dont on dit que le taux de mobilisation dépend plus de la bourse des engraisseurs (en espèces sonnantes et trébuchantes) que de sa force de conviction.
Tout pouvoir, celui-ci en premier, doit prendre en compte que des milliers de Guinéens se sont sacrifiés pour une société démocratique, juste et équitable. A chaque fois, plus grand est le nombre de victimes, plus tenace a été la volonté de changement. Ainsi, tout pouvoir qui ne peut étancher la soif de démocratie du peuple ira agrandir les rangs de ceux qui sont partis par la rue.
A force de fermer la porte du dialogue, le système politique guinéen, qui est en train de languir, risque fort bien de vaciller. Il se met de plus en plus le peuple sur son dos dans un contexte où l’épreuve de forces est nettement en faveur de l’opposition. La réalité quotidienne incontestable : manque d’eau, d’électricité, cherté de la vie, misère galopante, jeunesse déboussolée et désillusionnée, pèse plus en sa défaveur.
A mon avis, il n’y a pas d’issue qui ne soit le dialogue. Un dialogue que l’opposition a demandé à maintes reprises. Mais, l’obstination au refus, la persistance dans les décisions unilatérales, les mamayas, orchestrées par des gens qui ne veulent que s’attirer les grâces du chef, ne résoudront rien.
Selon moi, il faut que l’arrêt provisoire des opérations de révision soit effectif et immédiatement prolongé. Il devrait s’ensuivre une deuxième étape dans laquelle le pouvoir conviera les deux alliances, l’ADP et le Collectif, au dialogue. Restructurer le CENI, après le départ de son président actuel étant donné que celui-ci est l’une des principales sources de blocage, en découlera. S’ensuivront les autres étapes de résolution de la crise dans la concertation et le consensus. Il ne sert à rien d’y convier des attroupements de copains, de réseaux de quartiers ou de villages appelés partis politiques, pour semer la zizanie.
Au cas contraire, il y a fort à craindre que toute autre démarche allant dans le sens de la solution à la crise qui secoue la Guinée ne soit, d’une manière ou d’une autre, vouée à l’échec. Pour éviter un tel dénouement, le pouvoir et l’opposition doivent se montrer responsables. C’est tout naturellement au pouvoir de montrer plus de bonne volonté face à une opposition déterminée plus que jamais à œuvrer pour « des élections législatives libres et transparentes ».
Enfin, c’est la main qui lave le dos qui rend le visage éblouissant. Autrement dit, un pouvoir n’est stable, ses responsables tranquilles et efficaces, que si l’adversaire politique fait ce qu’il devrait faire.
Et, pour le moment, en Guinée, l’initiative et la démarche démocratique semblent être du côté de l’opposition. Le cas échéant, de manifestations, il n’y en aurait point !
Lamarana Petty Diallo
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