Elections législatives entre flou politique et crises sociales : Quelles solutions pour l'opposition ?

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DIALLO_Lamarana__Petty_5_01Ces quelques observations après un petit temps de retrait qui est plus un repos qu'une démission.

La Guinée patine et se dandine comme un canard boiteux. Elle s'enfonce, presque dangereusement, dans des incertitudes de plus en plus grandissantes pour des élections très problématiques. Elle s'interroge gravement sur la fin d'une transition qui n'en finit pas.

Une transition qui aurait dû constitutionnellement prendre fin 6 mois après les présidentielles. Cela impliquant la tenue d'élections législatives. Mais cette transition que les Guinéens croyaient transitoire est plus que jamais engluée dans des antagonismes entre un pouvoir sourd et une opposition qui ne cesse de battre ses tambours revendicatifs.

En effet, depuis plus de trois mois, l'opposition guinéenne enchaîne manifestations sur manifestations. L'objectif étant « la tenue d'élections législatives transparentes après la satisfaction de revendications préalables Â». Notamment, le remplacement de Lousény Camara, le Président de la Commission Nationale Indépendante (CENI) par une personne consensuelle, la révision du fichier électoral, l'accès aux médias publics, etc. Mais, ces mots « transparences, consensuelles Â», ont tellement résonné dans les oreilles des Guinéens lors des présidentielles de 2010 que tout le monde sait à quoi s'en tenir.

Force est de constater qu'aucune revendication de l'opposition guinéenne n'est satisfaite à ce jour. Pire, Lousény Camara a unilatéralement commencé la révision des listes électorales. Selon certains, il s'agit plutôt de recensement global. Une telle action ayant pour corollaire, la distribution de nouvelles cartes d'identité nationale et la falsification du fichier ayant servi aux élections présidentielles.

Ces faits montrent que les actions de l'opposition ne semblent nullement inquiéter le gouvernement et son Président guinéen. Et pour cause ?

Si les intentions de l'opposition réunie au sein de l'Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) et du Collectif pour la Finalisation de la Transition sont louables, elles ne sont pas de nature à ébranler un pouvoir comme celui de la Guinée.

Les raisons sont multiples. Je relèverai quelques-unes que j'estime être des failles auxquelles les leaders politiques doivent mettre fin. J'observe depuis longtemps et je n'ai eu cesse de le dire que :

- L'opposition guinéenne est absente des médias nationaux et internationaux. Qu'elle doit se doter d'hommes de communication qui feront un vrai travail de journaliste et de communicateur pour les partis politiques et la coalition.

- Elle doit prendre en compte le fait qu'un procès-verbal descriptif d'une réunion est différent d'une analyse politique du même évènement. Reconnaître que l'opposition guinéenne manque notablement de spécialistes de la communication n'est nullement du chantage. C'est un fait avéré. Ainsi, la plupart de ses rencontres se réduisent à une simple photographie de faits sans aucune substance politique. Pire, les leaders politiques guinéens font le plus souvent le travail que devraient faire les journalistes ou leur bureau de communication en faisant le compte-rendu de leur propre déplacement, de leur rencontre avec tel ou tel homme d'Etat par exemple.

- Elle manque de représentants valables au niveau des fédérations et des sections de l'étranger. Pour y remédier, les partis politiques se doivent de se restructurer et de mettre en place un système de financement interne pour que leurs représentants puissent remplir leurs rôles : prendre contact avec qui de droit au nom et apparaître sur les chaines internationales : radios et télévisions.

Je vais observer qu'on n'entend parler de l'opposition guinéenne que si Lansana Kouyaté, Cellou Dalein, Sidya Touré ou un autre membre du Collectif ou de l'ADP se rend à l'étranger. Entretemps, le pouvoir accapare la presse publique et se sert de sites internet oisifs qui, du premier au dernier jour de l'année ne parlent que du Président la République, de tel ministre ou de tel affidé du pouvoir.

L'opposition doit mettre fin à l'hégémonie du pouvoir sur la presse publique en s'invitant à la télévision nationale par exemple. Qu'est-ce qui empêcherait Sidya Touré, Aboubacar Sylla, Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, Faya Millimouno, Mouctar Diallo, Mohamed Soumah, etc. de se présenter à l'heure du journal télévisé pour prendre la parole et montrer que la télévision est publique et non étatique. Qu'on les en déloge ne serait qu'à leur avantage.

- Elle doit avoir des médias crédibles pour contrebalancer les sites oisifs (déjà mentionnés) et qui sont à la solde du pouvoir.

Elle doit mettre en place des cabinets politiques constitués non pas de beaux parleurs, mais d'analystes politiques, de sociologues, etc. Bref, s'entourer de critiques, de femmes et d'hommes capables de proposer des stratégies à court et à long terme. Pour cela, l'opposition guinéenne devra aller vers les personnes capables, les recenser, « leur faire la cour Â» comme on dit. Chaque leader devra alors se débarrasser des griots-rôdeurs et encenseurs qui lui font croire que tout ce qu'il fait est bien et meilleur. Ne dit-on pas que le chef se voit par l'entourage ?

Elle devrait étendre les revendications en cours à Conakry au-delà de la capitale en mettant les structures de l'Alliance et du Collectif qui sont à l'intérieur du pays en action. Cela devrait commencer dès à présent par l'empêchement des agents enrôlés par la CENI de recenser ou de réviser les listes électorales.

Elle doit se montrer plus intransigeante sur ses revendications : pas de législatives en l'absence de consensus.

Enfin, elle doit accélérer les contacts diplomatiques qu'elle a entamés sans jamais perdre de vue que la communauté internationale est plus un pompier qu'un empêcheur de départ de feu. Autrement dit, elle se contente le plus souvent du système en place.

Ces observations ne signifient nullement une minimisation de l'action de l'opposition. Elles découlent d'une réflexion sur ce qui ne marche pas en dépit de tentatives multiples, de manifestations répétées et de déclarations innombrables de ces derniers mois.

Il faut savoir que plus l'opposition se contentera de rassembler des manifestants à Conakry, plus elle donne du temps au pouvoir comme ce fut le cas dans l'entre-deux tours de la présidentielle. Plus elle risque de perdre en crédibilité et, par conséquent, décevoir ses militants et sympathisants. Ces derniers voient déjà assez mal (à en croire certains) ce qui différencie l'opposition actuelle de l'opposition du passé : celle qui se contentait de dénoncer au moment où le pouvoir se renforce.

Je dis que l'homme politique doit faire comme le chef de famille : parler peu et agir beaucoup.

L'homme politique, c'est celui qui agit plus qu'il ne parle car, la politique est plus dans l'acte que dans le dire.


Lamarana Petty Diallo


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Commentaires  

 
0 #4 boubacar d doumba 27-04-2012 10:16

Oui ! DEBOUT LA RAPUBLIQUE !Tu as raison Féla Barry !
Quant à moi , je tiens à préciser qu'un retour aux sources de notre spiritualité seraient plus que salutaires. En effet ,La révolution islamique au Fouta Djallo au 18ème siècle a fini par se scléroser.Le mouvement hubbhu n'est pas allé à son terme afin de se conjuguer avec le réveil de la société mandingue de la seconde moitié du 19ème siècle initiée par les Vacaba Touré , Mory oulen , ...qui ont déblayé le terrain pour l'illustre Samory Touré.Signalons le passage au Fouta et à Kankan de Elhadj Omar Tall qui à travers la tidjanya a revifié l'Islam dans toutes ces contrées.Au lendemain de la seconde guerre, le nationalisme marxisant n'a pas renoué avec cette sève spirituelle ce qui expliquerait bien de nos déboires ((totalitarisme ultra sanguinaire du PDG, libéralisme sauvage sous Conté,tueries et viols du 28 eptembre 2009,pogoms de Haute Guninée contre les peuls,exclusions ethniques et tribales de AC , etc ).
Seul un message universel peut nous réconcilier avec nous mêmes , notre passé et aller de l'avant.
VIVE LA REPUBLIQUE !
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+1 #3 Féla Barry 27-04-2012 09:31

La pire des choses qui puissent arriver aux gouvernants « régnants» c’est de perdre la confiance des gouvernés : la fracture ethnique couve une rupture, un péril social imminent. Le clown en politique se repère et se reconnait par la grossièreté de son appareillage. Entre autres son faux-nez de démocrate et de panafricaniste d’un jour, dégoulinant d’ethnocentrisme à rebours. Il est trahi au quotidien, à l’aulne du moindre de ses actes affabulés de vieilleries machiavélique d’un monde défunt qu’on pensait enseveli pour de bon. Les dictateurs ne connaissent que les limites que leur imposent leurs peuples. C’est à croire que ceux qui dirigent l’Afrique ne veulent ni son développement ni sa démocratisation « le blanc a vraiment le dos large quand ce n’est pas dieu qui est mis à l’index au nom de nos folles turpitudes». Il faut déboulonner de son piédestal cette névrose de la destinée dictatoriale qui voudrait qu’on ne peut rien changer ni par les urnes encore moins par la rue. Ce malaise dans les civilisations africaines se soigne comme toute maladie par une résilience et vigilance citoyenne à toutes épreuves : Debout La République !!!!
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0 #2 mamadou saliou bah 27-04-2012 01:39

Mon FRERE LAMARANA !
Quels bons conseils !
Laissez moi rajouter ceci quant a l' etat veritable actuelle de l" opposition " . (selon moi tout au moins )
SIDYA , KOUYATE, roulent pour eux meme .
" ZAGAMOR " ( BOUBA SYLLA )n'a que peu ou pas d'hommes . Ne peut apporter grand chose!
ABBE SYLLA n'en a cure des " PERDANTS " . Il est " partant " avec le nouveau pouvoir .
Les DORE , DICKO , KASS et autres ...!
Reste CELLOU ! Cas d'ecole pour les futures generations de politiciens chez nous .
Il y a lieu d'etre REALISTE : LES ELECTIONS LEGISLATIVES auront bien lieu comme la CENI l'entend . Ne pas en prendre conscience et agir en consequence , est NAIF !
Mes " conseils " : CELLOU dirige le plus grand PARTI en valeur absolue . C' est avec cette meme CENI que son PARTI a obtenu les resultats qu 'il a et qui font de lui le SEUL a pouvoir retablir un certain equilibre des POUVOIRS chez nous .
1) Pour redorer son blason , RETOUR DE BAH OURY en toute securite et dans ses fonctions de FONDATEUR DE L'UFDG ! sine qua none ! C'est une question d'honneur (s'il en reste encore) et un tres bon "P.R.
2) De l'argent ( ce n'est pas ce qui manquera pour " la bonne cause " ) et des HOMMES DE TERRAIN .
Ayant encore la liste de TOUS CEUX QUI AVAIENT VOTE POUR LUI , ( crd ,sous-prefecture et prefecture ) il faut " marquer la CENI a la culotte " et etre present a tous les bureaux ou elle y sera ( ses techniciens) et faire INSCRIRE TOUT le monde et faire en sorte qu 'ils VOTENT TOUS le jour J .
Toutes ces manifs et autres mamayas n'y changeront rien . Ne pas aller a ces " ELECTIONS " ( meme dans les conditions actuelles ) serait la politique de la chaise vide ! Il ne faut pas . Ne dit - on pas chez nous " KO SI A SOLII PADHAL MA , SI GODDHO WATTO " !
IL FAUT BATTRE ALPHA A SON PROPRE JEU ! CELLOU en a les moyens ! Le sait - il ? C'est toute la question . En tout cas , PAS AVEC SES GRIOTS LA !
Bien a vous , mon frere !
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0 #1 Ibrahima MBemba SOW 26-04-2012 17:08

La "stratégie commune", s'il en est, que l'Opposition Crédible utilise, ne peut pas payer face aux "fossoyeurs de la transition démocratique" que sont le PRG AC et certains prédateurs de son entourage. En effet, ce n'est pas en cherchant davantage à se servir (électoralement) les uns des autres, que nos principaux leaders d'opposition réunis au sein de l'ADP et du Collectif, feront échec aux velléités de dérives hégémoniques et dictatoriales du pouvoir guinéen. Seule une opposition unie, cohérente et débarrassée de toutes formes de querelles d'égo ou de leadership serait de mature à faire plier celui-ci et le contraindre à la tenue rapide des élections législatives transparentes et consensuelles attendues. Or, tout cela ne sera possible que lorsque le tout premier parti politique guinéen, l'UFDG, montrera le bon exemple en se restructurant beaucoup plus efficacement, à l'image des nombreux atouts dont il dispose potentiellement. A toutes les mesures pertinentes ci-judicieusement préconisées par M. LP Diallo, j'ajouterais également la nécessité de création par l’UFDG, y compris à titre bénévole, de structures compétentes pour l’analyse et de suivi des actions de l'Etat, notamment en matière de projets d'investissement, de fonctionnement des institutions et de "tous moyens" visant à améliorer le "désenclavement" politique du pays. Toutes mesures ramenant à l'inévitable question de redéfinition de la vocation profonde et de l’organisation de ce grand parti dont les militants et sympathisants, ou ethniquement supposés tels, passent pour ceux que l'on peut plus impunément stigmatiser et réprimer dans le sang que tout autre citoyen guinéen.
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