Mamadou Billo Sy Savané Samedi, 14 Janvier 2012 22:08
Chers compatriotes,
Il est de tradition qu’on présente ses vœux les meilleurs à ses concitoyens. C’est une agréable tradition, je m’y soumets. Mais, cette année, mes vœux seront non conventionnels. Plus que par le passé, ils auront un caractère pédagogique. La situation l’exige.
Je reviendrai donc sur ce que je continue d’appeler l’ illégitimité de M. Alpha Condé à la magistrature suprême d’un pays (la Guinée-Conakry) auquel il n’est pas attaché et avec lequel il n’a aucune espèce d’attache, à part le fait d’y être né, de père voltaïque (actuel Burkina) et de mère soudanaise (actuel Mali). Pour la clarté de l’exposé, précisons d’abord le sens d’un certain nombre de notions que certains internautes guinéens utilisent avec une facilité qui laisse penser que la notion est mal comprise, ou qu’elle n’est pas employée à bon escient.
Ainsi, à propos de l’appartenance contestable et contestée de M. Alpha Condé à notre pays, on a fait état de « droit du sol », de « droit du sang ». Et pour intimider les esprits légers, on convoque à la rescousse, « l’ivoirité » ici, le Rwanda là, et ailleurs le lepénisme. Tout cela a bien évidemment un seul objectif : empêcher toute interrogation sur la question de savoir si M. Alpha Condé, juste né en Guinée, mais de parents étrangers, est légitime à occuper la magistrature suprême d’un pays dans lequel lui-même n’a presque jamais vécu. Je rappelle qu’à plus de soixante-dix ans, M. Condé a passé plus de 60 ans en France et au Burkina, et moins de treize ans en Guinée. Ce qui correspond d’ailleurs aux 12 ou 13 premières années de sa vie. Et les antipatriotes guinéens, heureusement ultra-minoritaires, pensent avoir trouvé l’argument décisif dans l’élection de Barack Obama et dans l’amalgame qu’ils font de l’attachement à la terre des ancêtres et le nationalisme identitaire.
Précisions terminologiques :
Le « droit du sol », c’est la règle qui vous fait appartenir à un pays, parce que vous êtes né sur le territoire de ce pays. Cette règle n’est pas universelle, ni obligatoire, ni automatique. C’est tout simplement l’une des survivances de l’idéalisme généreux des « révolutionnaires » français de 1789, et depuis, adoptée par d’autres pays, le plus souvent quand ils ne sont pas très peuplés. Mais puisque c’est une règle positive et non divine, il s’agit bien de l’expression libre de la volonté générale de ceux et celles qui ont une antériorité d’occupation d’un espace par rapport au nouveau venu, et qu’on appelle « étranger ». Autrement dit, ce sont les autochtones d’un pays qui, par l’intermédiaire de leurs représentants librement choisis (députés, sénateurs, délégués .…) décident que ceux qui naissent sur leur territoire, sont de chez eux, même si leurs deux parents sont des étrangers. Ils l’inscrivent alors dans leurs règles fondamentales. Par exemple, jusqu’à une date récente, il suffisait de naître sur le sol français, pour être de facto considéré comme français. Qu’il en soit ainsi, cela a une histoire qui remonte à la révolution française. Aux U.S.A., la prévalence du droit du sol est liée en partie au fait que, ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui « l’Amérique », est le fruit d’une conquête territoriale par extermination des vrais autochtones. Il était urgent d’occuper l’espace conquis, par des populations qui font « Américains », c’est-à-dire blancs, anglo-saxons et protestants. Les non-blancs (les autochtones résiduels et les noirs) étaient américains, mais pas des citoyens américains. Les fonctions de « magistère » leur étaient évidemment interdites, y compris le droit de voter. Les blancs non protestants ni anglo-saxons y avaient leur place de citoyen, mais avec des restrictions non écrites, mais réelles. Par exemple, les blancs d’origine latine et catholique, étaient de fait, exclus de présidence. D’une certaine façon, cette fonction ne pouvait revenir qu’à un blanc anglo-saxon qui avait une antériorité d’occupation par rapport aux autres immigrants européens mais d’extraction latine et catholique.
Le « droit du sang » renvoie à l’idée, d’ailleurs universelle, que l’enfant est de la nationalité ou du pays de ses deux parents, ou de l’un des deux. Et c’est la loi la plus évidente et la plus universelle de l’humanité. Par ailleurs, il est possible d’acquérir la nationalité d’un pays, sans y être né ou y avoir des parents qui en seraient des ressortissants. Cela s’appelle la naturalisation. On en fait la demande auprès des autorités compétentes du pays, lesquelles vérifient votre degré d’intégration dans la communauté nationale que vous voulez rejoindre.
A ma connaissance, notre « président » coopté ne rentre dans aucun de ces cas de figure évoqués. Par une succession de ruses, de mensonges, de falsifications, et de complicités diverses, il a réussi à se faire passer pour un Guinéen dont la mère serait d’abord soussou, puis baga, et maintenant nalou. Par naïveté ou crédulité, les vrais enfants de la Guinée, à commencer par moi-même, ont évité de se poser la question de savoir qui est ce « président » coopté. D’où vient-il ? Qui sont ses parents et grands-parents ? De quel village ou région du pays sont-ils originaires ?... A-t-il des attaches familiales dans notre pays ? Y a-t-il vécu et combien de temps ? Or la réalité est plus prosaïque. M. Alpha Condé peut être malien ou burkinabè, mais en aucun cas guinéen, sauf s’il en fait la demande. Et à mon avis, elle sera examinée avec bienveillance. Chaque vrai Guinéen devra se poser ces questions. Dans tous les pays du monde, il en est ainsi. Les destinées de mon pays ne peuvent pas rester dans les mains d’un étranger, même s’il est né en Guinée. C’est cela la règle, écrite ou pas, dans tous les pays du monde. Je voudrais qu’on m’explique, pourquoi, seule la Guinée devrait être livrée à un étranger, fût-il M. Alpha Condé.
En tout état de cause, la Guinée mise à part, il n’est pas un seul pays en Afrique noire qui ait accepté à sa tête, un président de surcroît coopté, dépourvu de la moindre attache avec le pays à la tête duquel il est arbitrairement placé.
Qui peut, une seule fraction de seconde, imaginer que les Sénégalais, ou les Maliens, ou encore les Burkinabés, tolèrent à la tête de leur pays, un « président » importé dont ils ne savent rien ?
Le fait de naître dans un pays, ne fait pas mécaniquement de vous, un enfant de ce pays. M. Alpha Condé est né en Guinée, de parents étrangers. Mais il n’a aucune attache dans notre pays. Il s’y est octroyé d’immenses intérêts miniers et fonciers qu’il entend consolider avec l’appui de réseaux occultes de cooptation. D’où les multiples séjours de ses « amis » Tony Blair et Bernard Kouchner, tous deux congédiés par leur peuple respectif, parce que leur probité était loin d’avoir convaincu qui que ce soit dans les partis politiques qu’ils avaient réussis à tromper dans un passé pas lointain. Tony Blair a été renvoyé par son parti avant la fin de son mandat, pour avoir menti à son pays. Bernard Kouchner a été contraint par l’Assemblée Nationale française, de s’expliquer sur d’importantes sommes perçues au Gabon (plusieurs millions d’euros) pour des travaux tout à fait fictifs. Devant mon écran de TV, je l’ai vu donner des justifications non convaincantes et qui bien évidemment n’avaient pas convaincu les députés français.
Convoquer l’élection de Barack Obama aux U.S.A. comme appui pour nier l’illégitimité évidente de M. Alpha Condé à la tête d’un pays qui lui est tout à fait étranger, est surprenant. C’est même contreproductif pour lui. Car Monsieur Obama n’a jamais menti à ses compatriotes sur son identité. De par sa mère, c’est un authentique Américain. Il a toujours étudié et vécu aux U.S.A. En tant que sénateur, et avant d’entreprendre la conquête électorale de la Maison Blanche, il a poussé l’élégance jusqu’à effectuer une sorte de « pèlerinage » sur la terre de ses ancêtres paternels, presque comme une quête de bénédiction posthume de son père disparu, et surtout, de la terre dont est issu ce père absent, mais si présent dans sa tête et dans son cœur.
C’est exactement tout ce que n’est pas notre « président » importé. Avec lui et autour de lui, tout n’est que mensonges, ruses et dissimulations. Et sa cooptation déguisée en « élection », illustre parfaitement toute sa vie.
L’ivoirité tant décriée, et à juste titre, a été un concept dévoyé d’abord par Monsieur Konan Bédié, ensuite par M. Laurent Gbagbo. En tant que concept visant à construire un moule dans lequel tous les Ivoiriens se reconnaitraient, n’a rien de rédhibitoire. Bien au contraire. De ce point de vue, c’était bien une tentative, certes maladroite, mais une tentative compréhensible, visant à rendre intelligible, ce qui fait vivre ensemble depuis si longtemps, une telle mosaïque de populations. Et peut-être l’enseigner un jour dans les cours d’histoire. L’exploitation électoraliste du projet initial évidemment tourné à la catastrophe. Je prétends que, paradoxalement, c’est la victoire électorale transparente et honnête de M. Alassane Dramane Ouattara qui a finalement concrétisé ce qu’aurait dû être « l’ivoirité », c’est-à-dire une nation dont l’Etat reconnaît tous ses enfants. Les convulsions douloureuses par lesquelles les Ivoiriens sont passés, étaient peut-être inévitables, pour réussir à bâtir un Etat unitaire pour une nation unitaire.
En Guinée, nous sommes dans une configuration inverse de celle de la Côte d’Ivoire, et historiquement sans précédent en Afrique noire. Des réseaux de cooptation, aveuglés par les potentialités économiques du pays, vont chercher un étranger, en l’occurrence M. Alpha Condé, pour l’imposer à la tête d’un pays dans lequel il n’a presque jamais vécu et avec lequel il n’a aucune attache. Pour cela, on fait semblant d’organiser une « élection » présidentielle, mais au profit du « candidat étranger ». Eliminé dès le premier tour, le réseau de cooptation l’impose quand même pour le second tour. Et pour s’assurer que dans tous les cas de figure, ce sera lui le « vainqueur », on lui donne presque cinq mois supplémentaires, contre tous les textes règlementaires électoraux de notre pays, pour se repréparer à être proclamé « élu » au second tour. Et pour ne prendre aucun risque, on change la composition de la C.E.N.I. On met à sa tête un général malien, Amadou Toumani Sangaré, un cumulard dont l’honnêteté n’est pas évidente. Ce dernier exécute à la lettre le scénario qu’il avait l’air d’avoir appris par cœur. Il fait d’abord semblant de « mettre » de l’ordre. Plusieurs jours durant, il se donne en spectacle à la R.T.G. qui lui était entièrement dévouée. Et finalement, il donne un « résultat » que de toute façon, il connaissait déjà, depuis le jour du décès de M. Lansana Conté. Connivence de longue date avec le « général » Sékouba Konaté.
Contrairement à la Côte d’Ivoire, en Guinée, c’est un authentique étranger, M. Alpha Condé, qui entend vassaliser les vrais enfants du pays sur la terre de leurs ancêtres. Ici, on interdit à M. Lansana Kouyaté, fils authentique de la Guinée, de se déplacer dans son propre pays. Là, certains militaires et gendarmes, à la demande du « président » coopté, empêchent M. Sidya Touré de se rendre à une manifestation. Au palais de Sekhoutoureya, c’est la garde burkinabé qui fait la loi. Et pour parachever cette mainmise étrangère sur notre pays, le président importé compte lui donner une apparence légale, par l’organisation d’« élections » législatives dont il a déjà les résultats, avant même la tenue du scrutin.
C’est la première fois dans l’histoire du continent, que de manière délibérée, des réseaux de cooptation réussissent à imposer un étranger à la tête d’un pays. Et l’activisme minier effréné dont fait preuve le président importé, laisse penser que ses parrains sont à bout de patience, et que le retour sur investissement ne peut attendre indéfiniment.
Reste la question des antipatriotes guinéens. Je ne dis pas anti-guinéens, je dis bien antipatriotes guinéens. C’est-à-dire tous ceux pour qui, la terre des ancêtres, est un vulgaire lieu quelconque, dont n’importe qui peut s’emparer de la magistrature suprême, pourvu qu’il fournisse eau, électricité, mais surtout des sacs de riz. C’est une conception. Elle a ses adeptes, à mon avis ultra-minoritaires, même s’ils sont plus bruyants, mais fort heureusement tous incultes, d’une inculture vaniteuse. Et le nouveau Billy Graham du coran, allant prier de mosquée en mosquée, prétend avoir trouvé dans ce livre l’idée que l’étranger doit prendre le contrôle de votre maison où vous l’avez accueilli par générosité. Et donc se laisser vassaliser dans son propre pays, par l’étranger qu’on a hébergé, serait la preuve d’une piété musulmane absolue. Faribole, bien évidemment.
Pour ma part, étant un villageois montagnard de Linsan, je suggère à mes compatriotes, jeunes et moins jeunes :
Si en 1958, par un simple bulletin de vote, l’orgueilleux de Gaulle a reconnu que la Guinée appartenait aux Guinéens, et qu’il en est définitivement parti, c’est que, implicitement, il reconnaissait qu’il n’est pas partout chez lui. Et que les Guinéens, même mille fois moins riches, moins puissants que la France, ont le droit de contrôler eux-mêmes les destinées de la terre de leurs ancêtres. Je suis sur cette ligne. Je n’en bougerai évidemment pas.
Et je compte expliquer à mes compatriotes que la Guinée ne peut pas être le seul pays de la planète à qui on impose impunément un président importé, dépourvu de la moindre attache avec notre pays.
Bonne et heureuse année 2012
Mamadou Billo Sy Savane
NB : Guinéens d’ici et d’ailleurs ! Lisez ce document. Discutez-en. Distribuez-le partout en Guinée. A bientôt.