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Gestion du dialogue politique : Non Monseigneur Albert Gomez, n'est pas Robert Sara qui le veut !

Mamadou Barry  Jeudi, 05 Janvier 2012 23:35

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Il a été maintes fois dit et écrit à chaque occasion, le seul problème de la Guinée et des Guinéens vient du fait que personne ne veut se hisser au-dessus de la mêlée pour dire la vérité au Chef.

Depuis 2006, lors des premières rencontres pour la mise en place d’un cadre de concertation nationale qui verra naître par la suite les Forces Vives, nous avons fait face à des personnalités qui devaient servir de médiateurs et qui ont tout simplement fini par se prostituer auprès du pouvoir en ne disant que ce que celui-ci veut entendre.

La crise de l’époque a entraîné une implication des sages et des religieux. Le manque de sérieux et le caractère irresponsable de certains sages et religieux nous ont conduits aux évènements de janvier et février 2007. Dans l’incapacité à maîtriser la situation, il a été question de faire appel à la médiation étrangère en la personne d’Ibrahima Babangida du Nigeria.

A la mort de Lansana Conté et l’arrivée de CNDD, les mêmes sages et religieux ont fait comprendre à Dadis que s’il était là, c’était par la seule volonté du bon créateur et qu’il n’y avait pas mieux que lui pour le bien de la Guinée. Un ancien Président de l’Assemblée Nationale avait même dit que 2 ans de gestion militaire n’est rien par rapport à l’histoire de la Guinée. Il demandera même à Dadis de prendre tout son temps pour organiser les élections.

Entre les deux tours de la présidentielles, notre incapacité à trouver une solution aux problèmes de la CENI nous a amenés à mettre un autre étranger dans le débat guinéen pour permettre au Général Sangaré de gérer cette institution qui n’est rien d’autre qu’un symbole de notre souveraineté.

Pendant toutes ces périodes de crise, le peuple de Guinée avait les yeux tournés vers le Vatican à Rome en se demandant comment pourrait-on faire venir Monseigneur Robert Sara pour nous aider à sortir de cette pagaille.

C’est fort de l’image que Robert Sara a laissée comme impression dans ses déclarations, prises de position et autres conseils durant la gestion de l’ère Conté, que le peuple de Guinée s’est dit : « Un religieux aux affaires, ce serait bien pour tout le monde ! »

La proposition et la réalisation de ce vœu sont venues avec la nomination de Monseigneur Albert Gomez au Conseil National de Transition, comme Vice-Président de Hadja Rabiatou Serah Diallo. L’échec est total parce qu’au-delà des lois à promulguer, le CNT avait pour rôle de contrôler les actions du gouvernement de transition.

A l’arrivée d’Alpha Condé, le CNT, grâce à Albert Gomez, est devenu une simple caisse de résonance du pouvoir, perdant ainsi toute sa légitimité de contre-pouvoir.

Dans la gestion du dossier de la réconciliation par Alpha Condé, une autre idée encore plus lumineuse est sortie du chapeau magique de ces oiseaux de mauvais augure. On assiste alors à la naissance d’une Commission de Réconciliation composée de deux religieux, encore eux : Vincent Koulibaly et El Hadj Mamadou Saliou Camara. Sans plus de précisions ni dans la définition des objectifs à atteindre, ni encore moins dans la démarche à suivre, ces deux religieux se perdent dans des rencontres stériles et sans issue.

C’est fort de ces échecs répétés qu’Alpha Condé prétend nous servir encore du réchauffé avec une nouvelle commission de facilitation et de médiation, à la tête de laquelle on a Monseigneur Albert Gomez, pour assurer le dialogue entre le pouvoir et l’opposition. Il faut souligner que c’est suite à l’échec de la première tentative de dialogue orchestrée par Alhassane Condé avec la complicité d’une certaine société civile à la solde du pouvoir, que cette nouvelle médiation a vu le jour.

Très vite, l’on se rend compte qu’Albert Gomez, fidèle à ses habitudes de ne jamais dire la vérité au Président et de prendre la sagesse de se mettre au-dessus de la mêlée pour mieux répondre aux attentes des uns et des autres, gardant ainsi une certaine crédibilité déjà très fragile, Monseigneur décide de faire le jeu du pouvoir.

Le fameux dialogue amorcé, les acteurs comprennent rapidement qu’au lieu d’avoir deux camps comme prévu, c’est-à-dire le pouvoir et l’opposition, le constat est déplorable avec la présence de quatre entités en place :

Le pouvoir et sa mouvance ;

Les centristes ;

Les facilitateurs qui ne sont plus neutres ;

L’opposition (Collectif-ADP).

Bizarrement, on se retrouve avec trois camps en face d’un seul camp. Cela rappelle le temps du second tour où il était question de trois régions contre une.

A cette distorsion des principes élémentaires du dialogue et surtout la partialité du médiateur et facilitateur, le Collectif-ADP décide de bouder la salle, laissant ainsi le faux dialogue se tenir derrière lui.

Lorsque près de 70% des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle décident de bouder le dialogue sur le mode d’organisation des élections législatives, il est normal que le dialogue s’arrête parce que les vrais acteurs ne sont plus là.


Le dialogue, en toute logique, est donc stoppé jusqu’à nouvel ordre.

Maintenant que Monseigneur Albert Gomez montre qu’il n’est pas capable d’être l’homme de la providence, cet homme de Dieu susceptible de rassembler les fils et filles de ce pays pour parler de leur avenir, le dialogue est remis à plus tard. On comprend maintenant pourquoi avec cet homme, le CNT ne fait que ce qu’Alpha Condé veut.

Non, Monseigneur, vous n’êtes pas l’homme qu’il faut pour assurer la médiation dans ce pays ;

Non, Monseigneur, vous ne faites pas honneur à cette autorité que vous incarnez en tant que Chef de l’Eglise Anglicane ;

Non, Monseigneur, le pays n’a pas besoin de personnes qui continuent à mentir au Président ou qui n’ont pas le courage de dire la vérité telle qu’elle se présente, en toute responsabilité ;

Non, Monseigneur, vous ne devez plus accepter de rester à la tête de cette Commission de facilitation et de médiation ;

Non, Monseigneur, les acteurs politiques n’ont plus confiance en votre neutralité pour diriger, en toute objectivité, les débats d’un prochain dialogue ;

Non, Monseigneur, vous n’êtes pas Monseigneur Robert SARA, malheureusement pour nous.


Conakry, le jeudi 5 janvier 2012

Mamadou Barry
Analyste Financier


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