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De la question nationale, de nos traditions, de l’Etat et de ses institutions

Mohamed Touré  Dimanche, 13 Novembre 2011 16:48

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TOURE_Mohamed_3_01La question nationale, comme dans la plupart des pays africains, est de nouveau à l’ordre du jour en Guinée. Le pluralisme politique dans des nations en voie de construction a mis au premier plan des problèmes qui se posent sous des apparences ethniques, régionalistes ou religieuses. En Guinée, ces questions sont réapparues dans le débat politique avec l’avènement du pluralisme politique et social et elles se sont envenimées avec les dernières élections présidentielles.

Aujourd’hui, le paradigme ethnique et régionaliste domine la pensée et les activités politiques, dans la plupart des partis politiques ainsi que dans les Institutions républicaines et dans les organisations de la société civile. Il a atteint un tel degré d’acuité que d’aucuns ont maintenant ramené la question de la réconciliation nationale sous la seule forme d’une réconciliation entre les coordinations de nos quatre régions naturelles.

Le PDG-RDA, parti fondateur de la nation guinéenne, intervient dans cette problématique sur les points essentiels suivants.

Les coordinations régionales et les associations de ressortissants ont certainement un rôle à jouer dans l’édification de la démocratie plurielle en train de s’instaurer dans notre pays. Elles peuvent être une force dynamique de cohésion, de dialogue pour que, se fondant sur des traditions séculaires, les différentes composantes de la nation abordent de façon créative les questions du développement décentralisé participatif, de l’implication des Guinéens de la diaspora dans les projets nationaux, régionaux et locaux de développement, de la revalorisation du patrimoine historique et culturel de nos communautés. Elles ont certainement un rôle important à jouer dans le processus de réconciliation nationale engagé par le Président Alpha Condé et son gouvernement, pour attirer l’attention de tous les acteurs de ce processus sur des aspects et des questions d’ordre historique et culturels qui doivent, certainement, être pris en charge.

Malgré ce rôle éminemment positif, il ne faut pas pour autant sous-estimer les dérives graves qui peuvent découler d’une lecture exclusivement communautariste et régionaliste de la Nation guinéenne. En effet, si l’on ne met pas rapidement fin à ces dérives qui commencent déjà à se manifester au sein de notre nation, les composantes socio-culturelles, que nous dénommons faussement ethnie, peuvent prêter le flanc à des manipulations de leurs élites politiques, administratives et techniques, pour entériner et soutenir des politiques d’exclusion, d’ostracisme et d’irrédentisme où, en tant que communautés, elles n’ont rien à gagner mais plutôt tout à perdre !

Les batailles entre les élites politiques, administratives et techniques pour occuper tel ou tel poste dans les appareils d’État, et pour, conséquemment, bénéficier de tel ou tel privilège, dans un contexte de pauvreté exacerbée et de crise non maîtrisée, peuvent amener les communautés à aller à l’encontre de nos traditions séculaires. Celles qui ont fondé leur solidarité historique et leur fusion au sein de la même nation, pour se livrer, ethnie contre ethnie, région contre région, à des accusations peu fondées et réciproques, pour savoir qui est coupable de quoi, et le ressortissant d’où doit être à tel ou tel poste.

Ne nous berçons pas d’illusions. Une fois cette victoire à la Pyrrhus remportée, c’est encore, au sein de la même ethnie, au sein de la même région, que la bataille recommence, pour savoir quelle province au sein de la région, quel lignage au sein de l’ethnie, quelle famille au sein du lignage, etc., doit prendre la meilleure part du gâteau. Et ainsi, d’émiettement en émiettement, la nation guinéenne sera ramenée à une multitude de petites entités familiales, tribales, villageoises, chacune plaidant et luttant pour son soi-disant fils !

C’est cette logique qui, ailleurs en Afrique, a provoqué les guerres civiles, les massacres inter-ethniques, la barbarie des génocides et la partition des Etats en sous-ensembles non viables parce que n’obéissant à aucune logique historique, politique et socioéconomique.

Le PDG-RDA, parti fondateur de la nation guinéenne, né le 14 mai 1947 de la dynamique du mouvement syndical à l’encontre de tous les partis à caractère ethniques qui dominaient alors la scène politique, le PDG-RDA, ne saurait souscrire à ces logiques et démarches suicidaires pour la nation guinéenne.

Pour le PDG-RDA, la nation guinéenne ne saurait se ramener à une simple addition de Soussous, Peuhls, Malinkés et Forestiers. Le Guinéen ne saurait se retrouver, en tant que citoyen, enfermé dans l’une quelconque de ces ethnies, pour prétendre ensuite dialoguer avec un autre citoyen, qui se serait, lui, identifié par une autre ethnie, une autre région.

C’est pourquoi, le PDG-RDA affirme haut et fort que, contrairement à ce que l’on voit se dessiner aujourd’hui, les coordinations régionales et autres organisations de type communautaristes ne peuvent ni ne doivent se substituer aux Institutions républicaines et aux autres organisations reconnues par la constitution et les lois organiques. Nous avons élus démocratiquement, au suffrage universel, un Président de la République, Chef de l’Etat. Nous disposons, avec le gouvernement, des principaux organes de l’exécutif. Le Conseil National de la Transition tient lieu d’Assemblée législative jusqu’aux élections qui doivent nous permettre de nous doter de cet indispensable appareil du pouvoir législatif. Nous avons la Cour Suprême, et les principaux organes du pouvoir judiciaire, ainsi que le Conseil économique et social et le Conseil national de la communication. Et par-dessus tout, nous nous sommes dotés d’une constitution – loi fondamentale de la République. Si nous voulons être conséquents avec nous-mêmes, construire la République et consolider l’État de droit, alors nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des organisations non constitutionnelles, si importantes soient-elles, interférer avec les Institutions républicaines dans leurs prérogatives et leurs domaines de compétences. Les Institutions républicaines doivent assumer leurs responsabilités, toutes leurs responsabilités, en définissant entre autres les domaines de compétences et le rôle des autres organisations de la société civile, y compris les organisations traditionnelles.

Ayons confiance en nous-mêmes et en nos Institutions républicaines dans le respect absolu de nos lois et règlements.

C’est pourquoi également, reconnaissant la place et le rôle que peuvent et doivent jouer nos traditions dans la vie économique, sociale et culturelle de la nation, le PDG-RDA formule un certain nombre de propositions qui ont été d’ailleurs clairement exprimées par la délégation du parti, lors de l’atelier sur les coordinations des sages organisé par L’Observatoire national pour la démocratie.

Il conviendrait pour plus de clarté, en lieu et place de coordinations, d’instituer des conseils de sages aux trois niveaux suivants :

Pour assurer l’intégration des sages dans les structures et le fonctionnement de l’État, et ainsi prendre en compte la dimension traditionnelle de notre société dans la construction de notre État de droit moderne, l’Assemblée nationale doit voter des lois relatives au rôle de ces conseils et à leurs modalités de constitution et de fonctionnement.

Ces conseils doivent notamment se placer au-dessus des compétitions et mêlées des partis politiques, s’ouvrir aux innovations techniques, sociales et culturelles, tout en valorisant sans complexe, tous les éléments positifs de notre riche diversité culturelle.

Le Conseil national des sages pourrait alors jouer constitutionnellement le rôle d’un Sénat, une deuxième chambre au sein de l’Assemblée chargée de valider la conformité des lois votées par la première chambre avec les exigences de progrès social et culturel de nos différentes communautés socio-culturelles, en fonction d’une lecture selon nos traditions qui ne sont pas nécessairement rétrogrades et anti progrès, loin sans faut.

Prêts pour la Révolution Démocratique Africaine


Conakry, le 03 novembre 2011

Le Secrétaire Général
Mohamed Touré


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