Selection de vidéos
Partenaires
8ème anniversaire des massacres du 28 Septembre 2009
el Hadj Mamadou Kolon Diallo Samedi, 30 Septembre 2017 10:21
Le 28 Septembre 2009, les leaders des « Forces Vives », (partis politiques et société civile réunis), ont appelé les populations de la capitale Conakry à un rassemblement pacifique de protestation, contre la candidature à l’élection présidentielle prochaine du capitaine Moussa Dadis Camara, Président du Conseil National pour la Démocratie et le Développement (C.N.D.D.), la junte au pouvoir. Celles-ci répondirent en masse. Dès dix heures, le stade déjà archicomble attendait l’arrivée des leaders. A peine ceux-ci arrivés sur les lieux, les militaires bloquent toutes les issues et tirent avec des armes de guerre sauvagement sur la foule. Ce fut un carnage d’une bestialité et d’une horreur dépassant tout ce qui est imaginable. Avec en prime, des viols publics de femmes en plein jour. Du jamais vu dans les annales de l’Histoire. « L’état sauvage » comme l’avait si bien dit l’hebdomadaire Jeune Afrique en son temps.
Bilan, cent cinquante-sept (157) morts, près d’une centaine de disparus, des centaines de blessés, une centaine de femmes violées, selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies. Bilan, on s’en doute bien plus lourd ; puisque des rescapés racontent que des véhicules de l’armée ainsi que des véhicules civils réquisitionnés pour les besoins de la cause ont transporté et jeté des dizaines de cadavres à  la mer et dans des fosses communes non encore identifiées. Il s’en suivit un tollé unanime de réprobations, de protestations et de condamnations, aussi bien en Guinée que dans le reste du monde. L’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) n’hésita pas à qualifier ces actes de "crime contre l’humanité" et exigea une enquête et la comparution des commanditaires et des auteurs devant un procès à  l’issue duquel les coupables seront condamnés à la hauteur de leur forfaiture. Par la justice guinéenne, et en cas de défaillance de celle-ci, par la justice internationale.
Mais voilà que, huit années, huit longues et interminables années après, ces douloureux, barbares tragiques et horribles évènements, aucun jugement n’est fait. Les morts et les disparus n’ont encore pas eu une sépulture. Huit longues et interminables années que les blessés et les femmes violées n’ont pas eu droit à la vérité, à la justice et à la réhabilitation. Huit longues et interminables années que tout le peuple de Guinée qui est "partie prenante" à la douleur et au drame de ces évènements attend la vérité et la justice exemplaire pour "QUE PLUS JAMAIS CA".
Cette lenteur inexplicable, pour ne pas dire, a tout le moins, cette volonté d’éluder le procès, "pose problème" et devrait interpeller tous les Guinéens épris de JUSTICE. En tout cas, personnellement cette lenteur m’interpelle et m’amène à me poser intérieurement, pas une, mais des questions. Questions que vous me permettrez de ne plus garder pour moi seul et que par conséquent je livre au public. En voici un échantillon :
1. Y’aurait-il au sein du pouvoir en place une ou des personnes que ces évènements dérangent ou inquiètent. Dérangent ou inquiètent au point qu’elles aient ou pas intérêt à voir la manifestation de la vérité ?
2. Pourquoi dans cette enquête assiste t-on à la politique de "deux poids deux mesures". C’est-à -dire pourquoi, de tous les inculpés, seul Aboubacar Sidiki Diakité dit "Toumba" est en détention, alors que les autres, TOUS les autres sont en liberté et vaquent tranquillement à  leurs affaires ?
3. Mieux ou plus grave, c’est selon, pourquoi certains des inculpés occupent de hautes fonctions au sein de l’État, jusques et y compris dans le Gouvernement ? Je veux parler des colonels Tiegboro Camara et Claude Pivi pour ne citer que de ces deux cas les plus en vue ?
4. Pourquoi les leaders des "Forces Vives" à la demande desquels le rassemblement a eu lieu font-ils profil bas dans la lutte en vue d’obtenir le procès ?
5. Serait-ce parce que trois parmi les principaux leaders des "Forces Vives", à savoir feu Jean Marie Doré, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, ont reçu, en catimini chacun deux milliards de francs guinéens en guise de dédommagement personnel ? Sans le moindre centime pour ne serait-ce qu’un seul des parents des morts ou des disparus. Sans le moindre centime pour un des blessés ou une des femmes violées qui vont vivre le restant de leurs jours avec les séquelles indélébiles de leurs traumatismes.
6. Est-ce à dire que pour les leaders seuls, leurs intérêts personnels comptent ? Et que par conséquent les militants ne sont que de la chair à canon à sacrifier à l’autel de leurs ambitions ? Auquel triste cas ce serait une catastrophe déplorable, voire une réelle malédiction pour la Guinée toute entière d’avoir de tels dirigeants.
7. Une dernière question, mais certainement pas la moindre. Pourquoi Mr. Alpha Condé, le Président de la République depuis 2010 qui se trouve en même temps être l’un des leaders majeurs des "Forces Vives" ayant appelé à manifester le 28 Septembre 2009, lui dont c’est de notoriété publique qu’il s’est mis toutes les institutions sous sa "botte", n’a jusqu’à présent pas lever ne serait-ce que le petit doigt pour que ce procès ait lieu ?
8. Mieux ou pire c’est encore selon, pourquoi a-t-il dit que certains des inculpes étaient innocents ? Alors que seule la justice est habilitée à dire qui est innocent, qui est coupable.
Toutes ces questions et bien d’autres ne doivent cesser de tarauder les esprits des Guinéens épris de justice et de les interpeller pour qu’ils se lèvent et prennent enfin en main leur destin. A mon sens, elles posent en fait le vrai problème du devenir de la Guinée. Elles le posent dans sa plénitude et son essence. Elles posent ce problème justement dans sa face tragique, sa face hideuse que beaucoup de Guinéens répugnent à regarder courageusement en face afin de la combattre et de la juguler.
Dans la réalité de faits, le procès du 28 Septembre 2009 est laissé à  la seule charge des rescapés, des parents des morts et disparus et de quelques organisations des droits de l’homme. Tout comme du reste les pendaisons du 25 Janvier 1971. Alors que ces deux évènements et ces deux dates devraient être l’affaire personnelle de tous les Guinéens. L’affaire personnelle de chaque Guinéen en particulier, sans aucune exception. Et ces deux dates, quoique sombres et horribles devraient être plus que toutes les autres marquantes et symboliques. Et de ce fait requérir de notre part plus d’attention pour ne pas tomber lentement, mais inexorablement dans l’indifférence générale et dans l’oubli.
C’est pourquoi, il est nécessaire, il est urgent et même vital que nous Guinéens ayons, face à ces deux évènements, un sursaut collectif exigeant solennellement et impérativement des autorités guinéennes :
1. La tenue dans les plus brefs délais du procès des tragiques évènements du 28 Septembre 2009.
2. La commémoration nationale du 25 Janvier 1971 comme journée de mémoire et deuil avec la même solennité et le même éclat que le 2 Octobre 1958, date de l’Indépendance nationale.
Alors, et seulement alors la Guinée cessera d’être le cas excentrique, la bizarrerie, la "planète à part", telle qu’elle est perçue à ce jour, pour retrouver respect et crédibilité au sein de la communauté internationale. C’est à dire redevenir une nation normale, au même titre que ses homologues du reste de la terre.
El Hadj Mamadou Kolon Diallo
Instituteur à la retraite
![]()
Commentaires
4. Parce qu’ils sont égoïstes. A ma connaissance aucun n’a porté plainte ou n’a fait d’action concrète pour trouver une solution, y compris d’autres leaders dont on ne parle pas. Ceux qui ont des ambitions présidentielles ne veulent pas être accusés au moment d’élections présidentielles d’avoir « divisé » la Guinée…
En réalité, Cellou Dalein et l’opposition ne sont pas qu’égoïstes. Ce sont des personnes qui ont évolué dans un environnement dictatorial depuis l’enfance. Ils ne maitrisent pas le B-a-ba de la démocratie et sa condition première, la justice. Leurs luttes politiques c’est acquérir le pouvoir et s’entourer de larbins (à leur tour). Leur rêve d’accéder au pouvoir l’emporte sur la lutte pour la justice. D’ailleurs, ils se méfient de la justice car elle pourrait être utilisée contre eux. Ils ne veulent pas admettre entre-temps que cette lutte pourrait les protéger. Ils deviennent ainsi des victimes perpétuelles du régime en place qui n’a plus rien à craindre d’eux. Et la boucle et bouclée.
Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
6. On ne se bat pas pour un leader, mais pour l’éradication d’un système
Depuis le totalitarisme du PDG le débat politique guinéen a été estropié. La personne et son ethnie constituent la seule idéologie qui compte. Et pour les politiciens c’est l’accès à la mangeoire !
Citation en provenance du commentaire précédent de Gandhi:
D’ailleurs les Guinéens sont contradictoires, donc complices à tout attendre des leaders et ne rien faire par eux-mêmes. Les leaders peuvent contribuer financièrement, mais pour le reste c’est bien beau de raconter que la Guinée dispose de cadres, mais où sont-ils ?...
C’est une généralisation trop large. Tous les guinéens ne sont pas complices. Il existe des cadres honnêtes. L’avenir du pays dépend d’eux. Ils se battent contre l’impunité et essaient d’éduquer les citoyens. Mais leur effort est moins spectaculaire que les marches. En plus, les politiciens guinéens sont maitres dans l’art de noyer tous les enjeux dans des prismes ethniques. Cela permet de masquer leurs mauvaises ambitions et leur manque de foi en la justice et en la démocratie.
Moi je ne désespère pas. Je suis convaincu de l’échec des leaders. Pendant 35 ans, depuis les événements de 1985, les malinkés ne rêvaient que de récupérer le pouvoir. C’est comme cela qu’ils sont devenus des « complices » de Alpha Condé. Ils déchantent aujourd’hui. Même s’ils ne veulent pas l’admettre. Les militants du RPG comprennent que le problème fondamental de la Guinée c’est le manque de justice.
Je souhaite que Cellou soit président. Les peuls comprendront alors que les vrais problèmes de la Guinée ce n’est pas qu’un peul n’ait jamais été président. Mais c’est plus le manque de justice et tout ce qui peut en découler.
Entre-temps les dégâts vont continuer. Mais, mon cousin m’avaient dit que les gens sont une espèce de banane qui ne mûrit que sous le soleil des douleurs.
Wa-Salam.
K. Ba
1. Évidemment cela reste une possibilité, puisqu’une seule personnalité du RPG était présente au stade. On se demande bien pourquoi. Seul le procès nous permettre d’en savoir davantage. Il faut néanmoins envisager une autre hypothèse (basée sur l’histoire des dictatures latino-américaines), où les puissances occidentales préconisent aux dirigeants en charge des destinées du pays d’aller de l’avant et d’oublier le passé, pour ne pas instaurer de division au pays, un PRG étant le garent de l’unité. Tous les dirigeants y sont sensibles ne serait-ce que parce que leur survie dépend des financements étrangers.
2. Les Pivi et Tiegboro n’ont aucune morale et savent que leur sort dépend de l’existence du procès et d’AC. Si demain on leur promettait la lune, ils retourneraient leur veste sans problème. Avec ce qu’on a fait subir à AOB, nul doute que la réconciliation avec AC était impossible. Seul le temps peut éventuellement calmer ses ardeurs de vengeance. Quant à Toumba c’est le coupable idéal puisqu’il avait été pointé du doigt par Dadis, et qu’il était le responsable de la garde présidentielle de Dadis.
3. Voir ci-dessus.
4. Parce qu’ils sont égoistes. A ma connaissance aucun n’a porté plainte ou n’a fait d’action concrète pour trouver une solution, y compris d’autres leaders dont on ne parle pas. Ceux qui ont des ambitions présidentielles ne veulent pas être accusés au moment d’élections présidentielles d’avoir « divisé » la Guinée.
5. Voir ci-dessus. Jean-Marie Doré était vénal et il a fait d’une pierre 2 coups, se servir et « museler » 3 leaders, j’ignore pourquoi on oublie toujours le troisième. Sans doute parce que personne n’en a parlé. CDD avait déclaré consacrer la moitié de la somme à une fondation (il serait facile d’en vérifier la réalité), mais les autres n’ont rien fait et on le tait.
6. On ne se bat pas pour un leader, mais pour l’éradication d’un système. D’ailleurs les Guinéens sont contradictoires, donc complices à tout attendre des leaders et ne rien faire par eux-mêmes. Les leaders peuvent contribuer financièrement, mais pour le reste c’est bien beau de raconter que la Guinée dispose de cadres, mais où sont-ils ?
7. Voir entre les lignes ci-dessus les différentes possibilités… non exhaustives.
8. Parce qu’il se moque du monde, mais il ne perd rien pour attendre...








