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Pourquoi Cellou Dalein Diallo a-t-il déjà perdu la présidentielle de 2020

Abdoul Diaila Bah  Jeudi, 21 Septembre 2017 08:04

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BAH_Abdoul_Diaila_01L’élection présidentielle guinéenne de 2020 est encore loin mais elle cristallise déjà le débat politique dans le pays. Même si la préoccupation actuelle est de savoir si oui non Alpha Condé va tripatouiller la constitution (à l’image de ses amis de l’Afrique Centrale) pour briguer un troisième mandat, les pronostics sont déjà engagés entre les favoris pour savoir qui du représentant de l’UFDG ou du RPG Arc-en-ciel sera le prochain président de la Guinée.


En l’état actuel des choses tout porte à croire que le parti au pouvoir garde une longueur d’avance ; cela pour plusieurs raisons :

1. Les élections présidentielles en Guinée n’ont encore jamais reflété l’expression du vote populaire. Et au regard de la situation actuelle (un fichier électoral tronqué, une commission électorale partiale, une administration centrale et décentralisée muselées et corrompues, une volonté manifeste du RPG Arc-en-ciel de garder le pouvoir si chèrement acquis et derrière lequel il a couru trop longtemps, etc.), cela ne risque pas de s’améliorer en 2020.


2. Les élections présidentielles de 2020, contrairement à celles de 2010, ne se joueront pas en terrain neutre car « organisées » par le pouvoir en place avec une main mise sur toute l’administration de du processus électoral mais aussi et surtout l’armée dont on connaît le caractère barbare, répressif et meurtrier vis-à-vis de ses citoyens en cas de contestation.


3. Le principal parti de l’opposition, UFDG, qui est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle de 2010 avec 44% des chiffrages et rejoint par l’UFR et ses 18% n’a jamais tiré les leçons de sa défaite aussi incompréhensible qu’inattendue au second tour. Car personne au sein de l’UFDG ne sait encore le pourquoi du comment de cette défaite. La réponse évasive que l’on entend souvent : « on nous a volé notre victoire ». Oui, mais pourquoi ? Où ? Quand ? Par qui ? Et comment ? Et tant que le diagnostic ne sera pas posé de manière claire et précise, il sera impossible de soigner le mal et empêcher la rechute. La présidentielle de 2015 avec son fameux coup KO dès le premier tour en a été la parfaite démonstration.


4. La brouille entre l’UFDG et ses alliés d’hier qui ne pourront que l’affaiblir car devenus de facto des adversaires directes qui n’hésiteront pas à rejoindre le camp d’en face soit par opportunisme ou rien que pour sanctionner Cellou Dalein de « son manque de loyauté ». Je pense à Sidya Touré, Mouctar Diallo, Faya Millimouno et même à ses alliés de circonstance d’aujourd’hui que sont Makanera, Telliano et Papa Koly.


5. La création d’un mouvement (UFDG-Renouveau) dissident à l’intérieur même du parti par Bah Oury n’augure pas de lendemain meilleur quel qu’en soit l’issue de la procédure judiciaire toujours en cours l’opposant à l’UFDG autour de son exclusion. Deux cas de figures se présentent : soit la justice confirme l’illégalité de son exclusion prononcée par le Tribunal de Première Instance de Dixinn. Alors Bah Oury est réintégré et s’en suit un difficile bras de fer et une cohabitation presqu’impossible avec Cellou Dalein à la tête du parti. Soit, au contraire, elle l’infirme. Il est alors définitivement exclu et sera obligé d’ériger son mouvement en gestation en véritable parti politique concurrent. Et cela risque de faire très mal à l’UFDG électoralement car Bah Oury reste encore très populaire à l’intérieur et même à l’extérieur de sa formation politique.


6. L’affaire du budget annuel de 5 milliards de francs guinéens versés par l’Etat au président de l’UFDG (à titre de subvention accordée au chef de fil de l’opposition) reste encore au travers de la gorge de bon nombre de ses anciens et actuels partenaires de l’opposition dite républicaine. Car apparemment, et malgré le caractère légal et tout à fait officiel de cette subvention institutionnelle, tout le monde n’était visiblement pas au courant de l’existence de cette manne financière dont bénéficie Cellou Dalein.


7. Le poids électoral du parti. Car si en 2010 l’UFDG pesait 44%, aujourd’hui, c’est loin d’être le cas. Et ça ne risque pas de s’améliorer en 2020. Car le paysage politique est en train de se reconfigurer à son désavantage. Cette perte de popularité peut s’expliquer par des causes à la fois internes et externes. Il y a tout d’abord l’unité au sein du parti qui a pris un sacré coup ces dernières années se traduisant notamment par de nombreuses expulsions (souvent arbitraires) de membres et de cadres qui sont pour certains les vrais artisans de la réussite du parti depuis plusieurs années. Il s’agit notamment :


Ensuite, les démissions en cascade de cadres et argentiers du parti, sans doute lassés par l’autorité « excessive » de son chef et l’opacité autour de la gestion économique et financière de ses ressources. Ces sept dernières années, l’UFDG a enregistré de nombreuses démissions et pas les moindres. Mais malgré la gravité de la situation, cela ne semble nullement inquiéter ses dirigeants qui se contentent (en tout cas en public) de minimiser le phénomène. Et pourtant, il s’agit d’une véritable hémorragie. Et parmi eux, des figures emblématiques comme :


8. Enfin pour la bonne et simple raison (et ce n’est qu’une conséquence logique de tout ce qui prédécède) qu’il n’y a aucune cohérence à ce que les essais manqués de 2010 et de 2015 se transforment subitement en 2020 alors même qu’aucune avancée démocratique significative qui pourrait garantir des élections libres et justes n’a été enregistrée entre temps.


BAH Abdoul Diaila

Liège, Belgique


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