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Les outils de la démocratie
Mamadou Maladho Diallo Jeudi, 10 Novembre 2011 15:58
1- INTRODUCTION
Dans toute bonne démocratie, il y a des outils pour la garantir. Ce sont entre autres : les élections libres et transparentes, l’Assemblée nationale pluraliste, l’opposition forte, l’information et la communication libres, et la justice indépendante. Ce n’est pas tout; mais, parlons de ceux-ci dans cet article en faisant référence au cas de la Guinée notre pays.
Je vais tenter une introduction de ces outils, puis je ferai référence à la situation guinéenne pour une discussion que je souhaite fructueuse et responsable en raison de leur importance et de leur pertinence pour la Guinée en ce moment. Naturellement, le contenu du texte est celui d’un amateur et non d’un spécialiste, qui de ce fait est prêt à recevoir des critiques objectives.
La démocratie, c’est le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Pour que cela soit, il faut qu’il y ait des élections pluralistes libres et transparentes seules capables de garantir la victoire de la majorité. Ces élections vont générer une assemblée nationale et un président de la république, engendrant de facto une opposition qui devra exister et demeurer forte et une justice indépendante pour faire respecter les lois en tant que garant de l’équilibre du pouvoir et de la paix sociale. Dans ce processus, l’information et la communication libres et équilibrées seront indispensables.
La démocratie a besoin d’un pouvoir et d’un contre-pouvoir pour équilibrer la prise de décision et garantir la prise en compte des préoccupations de tout le monde. L’opposition devra être aussi forte que possible. Pour ce faire, elle devra avoir un programme de société prenant en compte les aspirations de la population et être dirigée et/ ou représentée par des hommes et des femmes intègres, compétents et engagés dans le combat quotidien de consolidation et de développement de la jeune démocratie.
2- LES OUTILS DE LA DÉMOCRATIE
« L’Afrique a besoin d’institutions fortes et non d’hommes forts » a dit le Président des États-Unis Barak OBAMA à Accra lors de sa visite au Ghana.
Pour y arriver, la démocratie a besoin d’outils appropriés. Parmi les outils de la démocratie, les élections pluralistes, l’assemblée populaire ou nationale, l’opposition forte, l’information et la communication libres et l’indépendance de la justice sont parmi les plus importants pour garantir des institutions fortes. L’examen et le débat sur ces outils du point de vue de la jeune démocratie guinéenne vaut bien la peine.
2.1 Les élections libres et transparentes
Le choix des responsables devant assurer la gouvernance politique, économique et sociale du pays au profit des populations est une étape importante de la démocratie. Pour que des gouvernants et des décideurs représentatifs soient choisis, il faut procéder à des élections libres et transparentes. C'est-à -dire que les conditions soient créées pour permettre aux populations de choisir librement, sans aucune contrainte sinon celle de leur propre conscience, la ou les personnes qu’elles estiment capables de représenter leurs intérêts.
Pour cela il faut : des listes électorales propres, du matériel électoral approprié et en place à temps, des bureaux de vote représentatifs du paysage électoral, un système efficace de communication neutre, une bonne collecte et un décompte honnête des suffrages exprimés, une justice neutre et indépendante et enfin une neutralité des observateurs et des puissances étrangères. Les élections acceptables par tous donc non contestables exigent donc :
- Des listes électorales propres qui nécessitent : un recensement complet et honnête des populations, des listes vérifiées et publiées avant les cartes d’électeurs et surtout un fichier électoral propre et accès limité donc bien sécurisé.
- Un matériel électoral approprié et en place à temps exige : des urnes transparentes, des isoloirs irréprochables, une encre indélébile, des bulletins bien imprimés et distinguables et des moyens de transport appropriés.
- Des bureaux de vote représentatifs du paysage électoral demandant une représentation de tous les partis politiques en compétition et la présence des observateurs neutres et honnêtes.
- Un système efficace de communication neutre qui demande des radios et télévision neutres, une téléphonie et une presse écrite indépendantes et neutres.
- Une bonne collecte et un honnête décompte des suffrages exprimés par des jurés neutres, de bonne moralité et assermentés en des transporteurs et convoyeurs honnêtes et neutres.
- Une justice neutre et indépendante tenue par des jurés neutres et des magistrats assermentés, honnêtes, de bonne moralité et des lois et un code électoral acceptables par tous.
- Pas d’ingérence extérieure c'est-à -dire un respect absolu du choix du peuple.
Cas de la Guinée :
En Guinée, ces conditions ont été plus ou moins bien remplies au premier tour de l’élection présidentielle de 2010. Il y a eu des irrégularités mais qui n’étaient trop significatives pour remettre en cause les résultats. Cependant, il faut signaler que les deux dernières conditions ont fait palabres et objet de contestation. Au second tour, les choses ont mal tourné ce qui a rendu contestable les résultats et les conséquences se voient aujourd’hui sur la gestion du pays.
2.2 Une Assemblée nationale pluraliste
Au sortir des élections libres et transparentes, un président est démocratiquement élu. Il prête serment et est garant du respect de la constitution. Il est donc impensable voire inacceptable que celui-ci viole cette constitution.
Cette assemblée est normalement la voix du peuple. C’est elle qui parle au nom du peuple et défend ses intérêts. De ce point de vue, le député est un élu du peuple, une personne supposée capable de défendre les intérêts de sa circonscription électorale. Il doit être capable de proposer, débattre et voter des lois qui auront une incidence heureuse sur le peuple qu’il représente. Il ne devrait pas être un simple béni-oui-oui qui prend simplement des perdiems et des primes de sessions, ne lisant pas les textes de lois et dormant lors des débats. Ce sera donc d’autant mieux qu’il soit un cadre ou tout au moins avoir un niveau baccalauréat. Plus la personne est bien formée est consciente de son poids et de sa responsabilité, mieux sera pour tous.
En Guinée, ce sont les partis politiques qui proposent les députés souvent parmi ses membres les plus actifs ou les plus côtés même s’ils ne sont pas les plus compétents. Les griots et les commerçants sont souvent de ceux là qui sont toujours présents dans les sessions et courses pour la conquête du pouvoir. Les cadres se font rares pour diverses raisons et de ce fait, sont souvent ignorés sur les listes. Ce sont généralement des choix de récompenses pour services rendus. En conséquence, nous avons des débutés loin d’être à la hauteur des débats à l’assemblée. Ce qui fait que les textes de lois ne sont pas bien débattus et de facto sont conséquents.
Dans la dernière assemblée, il m’est souvent arrivé de voir des vieilles personnes députées passant leur temps à téléphoner et ou à dormir et de se réveiller au moment du vote. Lorsqu’on demande à une personne illettrée de débattre du budget, il est aisé de savoir à quoi l’on peut s’attendre. Pourra-t-on éviter les mêmes erreurs cette fois- ci? Rien n’est moins sûr et certain.
Le plus grand parti d’opposition n’échappe malheureusement pas à cette règle. Les cadres sont souvent mis de côté au profit de grands parleurs et des habiles personnes aux compétences qui laissent à désirer. Choisir ses hommes et femmes représentants du peuple à l’assemblée prochaine sera tout un défi. Pour y parvenir, il faut fixer des critères à débattre et à faire accepter, puis, demander des candidatures qui seront examinées au vu de ces critères pour retenir les meilleures. Ces candidats retenus devront passer un oral devant un comité de sélection et défendre leurs programmes en rapport avec le projet de société et la philosophie du parti. Cette procédure de sélection sera incontournable pour avoir les hommes qu’il faut aux places qu’il faut et ce, dans toutes les formatons politiques.
2.3 Une opposition forte
L’opposition forte sera l’outil majeur pour garantir un équilibre du pouvoir. Sans elle, il y aura simplement un sens unique et des prises de décisions sans débats. C’est à l’opposition de faire des contre propositions et des critiques faisant ressortir les lacunes du pouvoir, de ses méthodes et de ses décisions. Plus cette opposition sera composées d’hommes et de femmes compétentes plus elle sera à mesure de jouer son rôle de contre-pouvoir. C’est absolument indispensable pour la bonne gestion du pays.
Une opposition forte c’est un programme de société, une philosophie responsable, des hommes et des femmes compétentes, expérimentées (au besoin), déterminées, disponibles avec des moyens les mettant au dessus du besoin pour éviter que ces personnes ne tombent dans la corruption.
2.4 Une information et communication libres
Il faut entendre par là tous les moyens de collecte, de traitement et de diffusion de l’information et de la communication. Donc, c’est aussi bien la presse écrite que la radio, la télévision, la téléphonie, la vidéoconférence, l’internet avec ses réseaux sociaux que sont Facebook, Twitter, Daily motion, You tube, MySpace et autres. Ces outils sont aujourd’hui indispensables à la démocratie car ils permettent de mener des enquêtes et dénoncer les dérives aussi bien du pouvoir que celui de l’opposition. En tant que quatrième pouvoir, son rôle est des plus importants pour le rappel à l’ordre et le respect des droits de l’Homme.
2.5 Une justice indépendante
Il n’y a pas de démocratie sans respect de la loi et il n’y a pas de paix sans la justice. La justice indépendante du pouvoir est indispensable pour le respect des lois et garantir la paix sociale, socle incontournable du développement. La justice débarrassée de toute corruption sera un outil sûr pour garantir un bon climat des affaires donc, de l’investissement en tant que moyen de développement.
Sans la justice indépendante, il n’y a pas de respect des droits de l’Homme or, sans respect des droits de l’Homme, il n’y a pas de démocratie véritable. La démocratie ne devra être au service du pouvoir que dans le cadre strict du respect de la loi. Elle ne doit pas obéir à la volonté du pouvoir encore moins de celle de l’opposition si ce n’est en conformité avec la loi.
3- CONCLUSION
Des élections libres et transparentes, une assemblée nationale pluraliste, une opposition forte, une information & de la communication libres et une justice indépendante sont indispensables à la mise en place et au fonctionnement d’institutions fortes, garantes de la réussite de la démocratie.
En Guinée, ces outils sont naissants. Il est donc indispensable de les reconnaître, de les mettre en place et de les respecter pour la survie et le développement de la jeune démocratie.
Pour y arriver, toutes les formations politiques doivent en prendre conscience, fixer des règles et des procédures de sélections des responsables représentants du peuple afin que les personnes choisies soient à la hauteur de leurs rôles. C’est évidemment un défi pour ces formations politiques de faire preuve de responsabilité dans le choix de ces personnes qui seront responsables de la politique nationale, de l’élaboration, du débat et du vote des lois qui nous gouverneront demain.
L’ancien administrateur de l’Institut Polytechnique de Kankan, le doyen Bah Mamadou dit « Bah de Guinée », actuellement à l’Union africaine aimait nous dire à la veille de chaque élection du conseil d’administration des étudiants, je cite :
« Eh bien mes poulains, demain ce sont les élections. Si vous votez pour des ânes, vous passerez l’année à braire ». Ceci veut tout dire.
Je vous remercie infiniment.
Labé le 07 Novembre 2011
Mamadou Maladho Diallo
Commentaires
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le premier tour également a été entaché par des irrégularités, et notamment les décisions du président de la CENI (qui possède un pouvoir exorbitant, quasiment la possibilité de choisir le PRG) ayant modifié le sort des élections. Tout le monde se rappelle en effet les convocations (anti-constitutionnelles) du président de la CENI (Ben Sékou Sylla) par le général Konaté.
Actuellement les membres du CNT sont des "vendus" (le terme est suffisamment explicite), car ils votent à mains levées (ce qui n'existe que dans des dictatures) et même de manière contraire à ce qui leur est permis (budget en déficit, pourtant interdit par la constitution).
Concernant les députés, tout le monde peut être député, être analphabète ne signifie pas ne pas être intelligent, mais des formations devraient exister pour leur faire comprendre le sens des décisions attendues. En Europe, il existe des assistants parlementaires qui peuvent compenser le manque de culture. Ce qui constituerait une nouveauté, serait de mettre des femmes et des jeunes, qui constituent près des 3/4 de la population.








