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Monsieur Alpha Condé, Président de la République
Nouhou Badiar Diallo Dimanche, 15 Janvier 2017 12:40
Excellence Monsieur le président,
La courtoisie voudrait que je commence cette lettre par la formule protocolaire introductive connue de tous : « j’ai l’honneur ». Cependant, le degré extrême de mon indignation me pousse à aller droit au but. D’ailleurs, comment est-ce possible d’exprimer l’honneur quand on est frustré ?
Dans tous les cas, s’il vous venait jamais de croire que des motivations cachées expliquent ma démarche, détrompez-vous ! Seul le sens de voir mon pays devenir un État de droit, démocratique et bien developpé, inspirent mon courrier.
En effet, il est des mots, des discours prononcés, des dérives, en face desquels le devoir d’une prise de parole exigeante s’impose. Partant, j'ai récemment écouté vos diatribes autour de votre état de santé. Vous devez humblement savoir qu'un chef d'État ne doit pas réagir avec ses humeurs et ses tripes. Au contraire, il n'est pas un citoyen qui peut se permettre de dire du n'importe quoi. C'est quelqu'un qui doit peser ses mots et mesurer les conséquences qu'ils peuvent générer. L'histoire enregistre ses déclarations, les bonnes et les mauvaises, les justes et les malvenues. Votre dernier quinquennat sera certainement marqué par quelques-unes de vos bavures langagières. N'importe quel homme insulté a le droit de réagir. Pas un chef d'État. Non pas qu'on soit autorisé à vous manquer de respect, mais vous devez vous situer au-delà du niveau du citoyen ordinaire. Vous êtes un symbole, porteur d'une fonction noble et exceptionnelle. Pour habiter cette fonction, pour consolider cette ambition, il faut savoir prendre de la hauteur et ne pas coller aux faits au point d'oublier qu'on est un citoyen d'exception. Aussi, le chef de l'État, parce qu'élu au suffrage universel, doit être le président de tous les citoyens, y compris ceux qui ne partagent pas son opinion même quand le malheur casse leur destin ou les prédispose à une précarité pathogène. Or, vos récentes déclarations vous place dans une situation difficilement défendable.
Monsieur le Président, vous voila 5 ans à la majustrature suprême, l'État est absent au niveau de tous les secteurs, l'économie est inexistante ; le civisme est totalement absent, le pays est devenu une poubelle à ciel ouvert, le manque d’hygiène est partout, le Guinéen qui était connu comme aimant la vie est maintenant devenu un zombie, ne pouvant même pas réfléchir et ne faisant que spéculer sur son avenir du matin au soir, la corruption est le sport favori de votre régime, nos gouvernants sont cités dans des scandales financiers sans jamais être poursuivis, l'impunité leur est assurée, les complicités à tous les sommets du pouvoir, et cela continue toujours, le pays est bloqué à tous les niveaux, aucune perspective d'avenir, on vit au jour le jour, en Angola et en Lybie, le danger est permanent, nos ressortissants sont assassinés sans aucune réaction du pouvoir, notre diplomatie a perdu le nord, elle assiste spectatrice. Pendant cette même période, on observe la concentration du pouvoir dans les mains d’une bourgeoisie d’État et la mise à l’écart de certains cadres de la gestion des affaires publiques.
Monsieur le Président, comment ne pas s’étonner de votre incapacité à regarder la réalité en face, celle de la chèreté de vie et de la détérioration de notre économie qui donne l’impression à tout un peuple d’un rêve trahi. Pourquoi vos yeux sont uniquement rivés sur l'exterieur, ignorant exprès ce qui se passe chez vous, notamment la souffrance de votre peuple ? Si vous avez la volonté patriotique de regarder la Guinée d'aujourd'hui, vous verrez que le pays est refermé sur lui même, que l'Etat est plongé dans un laxisme excessif, que l'Administration publique est inopérante, que nos Institutions sont prises en otage, que le peuple souffre, que la hausse fulgurante des prix des produits alimentaires de consommation courante est devenue inacceptable, que le système de santé est déterioré, que nos infrastructures se dégradent, que nos routes en état de déliquescence avancé, tuent les guinéens par milliers, que l'insécurité est galopante, que les vindictes populaires se subtituent à la loi républicaine, que la jeunesse est désoeuvrée, que le pays est enclavé. Juste ou faux, ce réquisitoire mérite, à vrai dire, que l'on s'y penche un peu. Car, de perspectives économiques en berne à un dialogue politique en dents de scie, aucun indice ne procure aux Guinéens un lendemain meilleur. Cependant, pour dire vrai, beaucoup de réalisations ont été faites. C’est une réalité. Le Barrage Kaleta, la construction de la cité Diamond et le terminal à conteneurs de la capitale guinéenne. La bonne étoile du groupe Bolloré qui pourrait d'ailleurs être remise en cause. Cette saga du port de Conakry soulève des questions qui fâchent, celles de soupçons de corruption et de favoritisme. Et avec elles, son cortège d’acteurs équivoques. Anciens Ministres français devenus lobbyistes, grands avocats, communicants, agents des services de renseignement reconvertis dans le privé et autres hommes d’affaires proches de vous. Néanmoins, toutes ces réalisations ont permis non pas d’en finir avec nos difficultés économiques mais d’atténuer sensiblement ce phénomène. Des bons points certes, mais qui n’empêchent pas de poser cette autre question: à quels prix ? En termes de rationalité économique, l’on pense que vous pouviez mieux faire avec la manne tirée des prix du fer et de l’or et le flux considérable des aides au developpement. En tout état de cause, la Guinée d'aujourd'hui se trouve au bord de l’anarchie et du chaos aux conséquences à radiation imprévisible car le fardeau que vos citoyens soulèvent chaque jour et le sort impitoyable qui leur est gaiement infligé sont devenus affligeants et même préoccupants. Jamais notre pays ne s’est autant trouvé devant l’imminence d’un drame économique qui risque d’hypothéquer, l’avenir de notre peuple.
Monsieur le Président, plongée, de l'autre côté du spectre, dans une léthargie schizophrène, la Guinée profonde se saigne, elle, aux 4 veines pour permettre à l'espoir de survivre. Mais elle en répand à peine autour des lueurs si ternes, presque mourantes, qu'elles ne font presque d’effet! En outre, à mesure que cette dernière avance, elle a comme des tressaillements dans la peau ; des hésitations, des peurs. On ne sait d'ailleurs exactement d'où lui vient ce malaise à l'idée d'avancer. Un semblant de pathologie vomitive incurable qui l'empêche de se réveiller, se mettre à rattraper son retard et embarquer vite dans le train du changement que vous avez tant promis au peuple de Guinée. Or, quiconque sait que le monde s'achemine vers une situation où la puissance d'un pays quelconque sera proportionnelle à son poids économique, son génie, son rapport au savoir. En partie prévisibles depuis notre l'indépendance historique en 1958, nos problèmes prennent aujourd'hui des allures plus complexes, diluées dans l'oxyde de cette globalisation-laminoir. Et décennie après décennie, la Guinée se vide de ses forces vives, ses compétences et son bain de jouvence au profit de ces vieilles puissances industrielles du Nord dont elle ne bénéficie toujours pas d'un retour d'ascenseur (économique).
En effet, dépuis 2010, vous avez déresponsabilisé et même infantilisé le peuple de Guinée pris en otage par une galaxie de corrompus, d’opportunistes, de collabos et d’infiltrés qui ont machiavéliquement transformé la République en une avilissante kleptocratie. Tout cela ne semble pourtant pas vous impressionner car vous restez sourd à tous les appels et n’interceptez pas les signaux de désaveu de l’action de votre gouvernement pourtant compétent mais que vous avez privé de toute indépendance. S'il plait à Dieu, le peuple guinéen aura l’occasion légale de sortir de l'ère de la prédation, de la mégestion, du népotisme, de la répression et de l'impunité si la kleptocratie régnante en Guinée ne met pas tout en œuvre pour rendre impossible la tenue des élections devant permettre la première alternance démocratique pacifique en 2020.
Monsieur le Président, pressé de toutes parts par un contexte régional défavorable, vous offrez au peuple de Guinée tantôt des faux espoirs teintés de populisme, tantôt une piètre performance gestionnaire avec des trémolos de circonstance, syndrome d'instabilité politique. C'est pour cette raison evidente que le pays marche tête en bas, laissant, comme jamais, se creuser en son sein des dérives liberticides, des inégalités sociales insupportables, l'injustice, la corruption, l'anarchie administrative, le je-m’en-foutisme, etc. Aux renoncements opportunistes d'une intelligentsia gérontocrate empêtrée dans une crise morale dont les périls sont alourdis par un héritage révolutionnaire, devenu pour d'aucuns une rente viagère jamais vraiment soldée, s'ajoute cette assommante chronique de votre maladie langagiaire. En Guinée, sur ce sol sans boussole, pour de simples paroles, tu peux moisir, disparaitre ou mourir dans les geôles. Mais, avec d'autres paroles aux mots flatteurs, tu seras reçu avec tous les honneurs et tu seras proclamé chercheur, guérisseur et même inventeur. Cependant, Monsieur le Président, vous disposez d’une arme pour faire face aux critiques : la banalisation! A vos détracteurs, vous répondez toujours par : « dites ce que vous voulez, je fais ce que je veux ». C’est une grande première, porte d’entrée à toutes les dérives. Notre liberté d’expression est en fait l’expression d’un je-m’en foutisme idéalisé. Sacralisé même. C’est elle qui constitue aujourd’hui l’essence de notre politique.
Monsieur le Préssident, le peuple, qui plie sous le poids de problèmes de toutes sortes, a besoin d’actions concrètes capables de traduire sur le terrain ses aspirations, et non pas de ces sempiternels « discours stériles » que vous tenez à chaque fois que vous revenez de vos multiples voyages couteux et improductifs. Aujourd'hui on vous qualifie d'être l'homme fort de la Guinée mais aussi l'homme fort à faire passer des discours fantaisistes, destinés à faire valoir des réalisations factices. L'homme fort dans l’entretien des illusions des populations miséreuses éternellement tenues en laisse, par des politicards calculateurs et bouffons. L'homme fort dans la sourde oreille envers les revendications d’une opposition qui ne finit pas de se composer et recomposer, dans la perspective d’un véritable dialogue qui peine à se concrétiser parce que triphé de fraudes. L'homme fort dans le débauchage et la fabrication de personnalités bidons, aux discours ridicules et complètement grotesques. L'homme fort dans la promotion des médiocres et des parvenus cooptés sur je ne sais quelle considération, par l’entregent d’une influence clanique.
Monsieur le Président, lors des premiers débats du dialogue inclusif sous vos bons offices et de certaines personnalités politiques, je me suis personnellement rendu compte que l’arrogance et l’entêtement qui sont l’apanage des esprits faibles conduisent certains de vos collaborateurs à oublier encore et toujours qu’on ne peut plus diriger le peuple guinéen par défi. C'est pourquoi, malgré vos appels soutenus à un dialogue vraiment inclusif en vue d’une résolution efficiente et irréversible de la crise dans laquelle vous avez machiavéliquement plongé le pays, vos sbires préfèrent la stratégie du pourrissement, de la provocation et, donc, du chaos. Sans doute, tous ces zélés qui s'agitent du côté de la mouvance pour un simulacre de dialogue, fraudé avant même son entame, servent à faire diversion sur le misérable quotidien du peuple, à entretenir l’illusion et à duper l’opposition. Cette tyrannique oligarchie pousse le cynisme pour orchestrer une conjuration à l’encontre du peuple de Guinée. Parce que les divergences sur tout et rien sont inhérentes à la nature même de ce qui divise les deux camps, aspirant conserver le pouvoir ou à le conquérir en 2020 par tous les moyens. Les deux camps ne semblent donc pas avoir compris que la situation est si grave qu’il faut vraiment qu’ils se départissent de leurs positions de principes pour trouver un compromis.
Monsieur le Président, quand on veut prôner le dialogue, l’on s’assure de toucher toutes les forces vives de la Nation». Il ne s’agit donc pas de restreindre ces retrouvailles à la seule sphère politique. Des rendez-vous qui n’ont abouti qu'à une sorte de répartition de prébendes entre le pouvoir et son opposition. Faisant fi des principes démocratiques dont la mission est de servir l’intérêt général. Au point de légitimer en quelque sorte le rejet par les populations, de ces rencontres dont elles n’ont jamais saisi la portée. Il s’agit donc de donner un sens républicain à une large concertation dont l'objet est la réconciliation entre le peuple, ses classes dirigeantes et la société civile. L’œuvre commande donc un élargissement des consultations à tous les compatriotes désireux d’apporter leur pierre à l’édifice.
En tout état de cause, la paix et la stabilité dans notre pays, passe par la mise en œuvre de la démocratie de la non exclusion et du partage, celle qui consiste à ce que chacun ne gagne pas tout et que personne ne perde pas tout. C’est cette démocratie qui est conforme aux coutumes, aux mœurs et aux valeurs de notre pays. Car, ceux qui sont exclus au repas ne parleront jamais le même langage que ceux qui mangent. C’est ce qui fait que les instabilités ne sont que les guerres de positionnement et que les conséquences de l’exclusion et de la mise à l’écart de la gestion de la chose publique des certains couches sociales. La démocratie de l’exclusion est un couteau à double tranchant. Ceux qui ont contesté le dialogue et le compromis hier, ce sont eux qui le réclament aujourd’hui. Et finalement, ceux qui le réclament aujourd’hui haut et fort, demain vont le contester à corps et à cri. On dirait on se retrouve dans un cercle infernale de manipulateur, manipulé qui manipule.
Monsieur le Président, la vérité est que vous ne courrez pas derrière un troisième mandat mais plusieurs, parce que votre réussite sera assurée par l’énormité de vos fausses promesses qu’on mettrait, le plus sérieusement du monde, sur le compte de la politique telle que la pratiquent les guinéens dans tous les secteurs de la vie. En tout cas vous êtes en train de rater la chance de sortir par la grande porte, et à s'immortaliser dans l'espace mental des guinéens. Vos sbires qui forment le régime est une toile d’araignée, ils ont empiété tout le pays. Ils se meuvent déjà et anticipent avec les bobards habituels, en attendant les injonctions du patriarche, ils pérorent les éloges, commencent dejà la promotion du 3e mandat.
Monsieur le Président, je voudrais vous dire simplement qu'il faut couper court à toutes velléités de changer la Constitution dans le seul but de conserver le pouvoir. En disant clairement que vous ne serez pas candidat en 2020, quelles que soient les circonstances ou les contraintes légales, vous sortirez par la grande porte et épargnerez au peuple guinéen de grandes souffrances. Si vous vous abstinez d'entretenir le flou en gardant le silence vous donnerez raison à ceux qui vous accusent d’avoir saboté sciemment le dialogue dans le seul but d'empêcher les élections locales qui vont sans doute vous placer en mauvaise posture en 2020. Et si tel devait être le cas, cet acte sera le plus éloquent témoin à charge dans le procès en crime de haute trahison qui vous sera dressé. C'est pour cette raison que les élections locales n’ont toujours pas été organisées. Le peuple est plongé dans une grande incertitude et redoute le spectre du retour de l’instabilité. En tout cas je suis celui qui a le courage de vous dire que le droit chemin n’est pas dans l’acceptation passive, il est dans le juste milieu d’une présence citoyenne exigeante et active. C’est à cette présence que je vous demande Monsieur le Président de ne jamais toucher à la Constitution et de tendre l’oreille au cri de votre peuple.
Enfin, Monsieur le Président, jour après jour, approche la fin de votre second et dernier mandat, j'ose esperer que vous n'allez pas faillir à votre serment de respecter la Constitution. Ainsi, je forme le vœu que ces mots n’auront été utiles qu’à raffermir un esprit déjà convaincu de leur justesse, et je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’assurance de ma très haute considération.
Nouhou Badiar Diallo
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