Selection de vidéos
Partenaires
Moussa Iboun Conté, président de l'AGEPI : « la responsabilité de l'agression du journaliste incombe au président de la république »
Richard Tamone Mardi, 05 Juillet 2016 21:01
Le 25 Juin dernier, un reporter du journal le « Populaire » et du site aminata.com, a été pris à partie par la garde rapprochée du président de la république, au siège du RPG Arc-en-ciel à Gbessia. Son crime, est d'avoir pris l'image du chef de l'État. Le président de l'Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI), Moussa Iboun Conté, revient sur cette agression et pousse un coup de gueule, dans cet entretien accordé à notre reporter.
Le Démocrate : notre confrère Abdoul Malick Diallo, vient d'être victime d'une agression de la part de la garde présidentielle. Quelle est votre réaction, en tant que président de l'AGEPI ?
Moussa Iboun Conté : c'est effectif. Il s'agit de notre confrère Abdoul Malick Diallo, journaliste reporter à l'hebdomadaire « le Populaire » et collaborateur aussi du journal en ligne « Aminata.com. » L'incident a eu lieu au siège du RPG, le parti au pouvoir, à la faveur de l'arrivée du président de la république à ce siège. C'est sur ce site que le journaliste dans l'exercice de sa profession a pris la photo du président de la république, que Malick a été interpellé par un des gardes rapprochés du président, qui lui a retiré son appareil et a extrait la carte mémoire. Mais le journaliste avait déjà effacé les photos du président de la république qu'il venait de prendre. Malgré cela, ce militaire a décidé d'amener le journaliste et son appareil numérique à leur base au niveau du palais Sékoutouréyah où Malick a subi des sévices corporels de la part de ce militaire. Il n'a eu la vie sauve que grâce à l'intervention d'un des membres du bureau de presse de la présidence de la république. Il a été admis d'urgence à l'hôpital Ignace Deen. Heureusement il a retrouvé conscience, il a pu regagner son domicile le même jour. Et suite à ça, nous de notre côté, nous avons décidé de faire une déclaration. Afin d'attirer l'attention de l'opinion nationale et internationale sur les menaces qui pèsent sur la liberté de presse en Guinée.
Beaucoup d'observateurs déplorent que malgré les efforts consentis dans les réformes au sein des forces de défense et de sécurité, certains hommes en treillis continuent de se comporter comme dans la jungle. Comment expliquez-vous cet état de fait ?
Le problème fondamental qu'on a en Guinée, et il ne faut pas avoir peur de le dire, nous sommes toujours dans l'éternel recommencement. Chaque fois quand vous avez l'impression d'avoir franchi un palier, vous vous rendez compte que vous n'avez pas bougé d'un iota. Il y a eu tellement de formations, tellement d'appuis institutionnels, tu viens de le dire, les services de défense et de sécurités ont bénéficié de la formation et de l'appui de la communauté internationale, afin que les services de sécurité soient plus professionnels. Malgré cela, les services de défense et de sécurités se rendent régulièrement coupables de délits, de sévices corporels perpétrés sur des civils. C'est dommage pour notre pays. On ne peut pas comprendre qu'un journaliste présente une carte d'une institution républicaine, qui prouve effectivement qu'il est journaliste, et que cette carte ne soit pas respectée. Dans le cas d'Abdoul Malick Diallo, c'est ce qui s'est passé. Il a présenté sa carte au militaire. Il a même voulu déchirer cette carte, parce qu'il la méprisait. Il ne connaissait pas l'importance de cette carte-là . Et cette responsabilité incombe à la Haute Autorité de la Communication (HAC). Qu'est-ce qu'on a remarqué en matière de législation, c'est que la Guinée est en avance sur beaucoup de pays. Quand tu prends un pays comme le Bénin, tu prends la composition du secteur de régulation, tu te rendras compte que les instances professionnelles des médias ne sont pas assez représentées à l'intérieur de cette instance de régulation du secteur de l'information et de la communication du Bénin. Mais en Guinée vous avez cinq associations qui ont fait leur entrée au sein de l'instance de régulation du secteur de l'information et de la communication du pays. C'est en ce moment même que les journalistes sont malmenés. C'est en ce moment même que les journalistes paient de leur chair dans leur quête au quotidien de l'information objective et crédible. Alors que dans les autres pays les gens bénéficient de la protection de la part de toutes les forces vives de l'État et de la nation, en vue de qualifier et contribuer à l'émergence d'un journalisme débout et en lieu et place d'un journalisme assis. Mais en Guinée qu'est-ce qu'on constaté, tous les efforts consentis dans ce domaine-là , n'ont pas encore eu un impact. Les services de défense et de sécurité continuent de tomber sur les journalistes à bras raccourcis. En plus de cela, qu'est qu'on a constaté, c'est que les pouvoirs publics ne font rien pour les protéger. Sinon depuis que cet acte a été dénoncé à travers une déclaration qui a été rendue publique par les instances professionnelles des médias, il n'y a même pas eu un début de communiqué du ministère de la Défense nationale ou de la présidence de la république. Parce que je crois que le bataillon de la sécurité présidentielle est un bataillon autonome. Mais on n'a pas entendu la moindre déclaration venant du président de la république ou tout au moins venant d'un représentant de l'État, pour stigmatiser ce comportement de ce militaire. Il n'y a eu que des instances privées des médias.
Il convient de noter que ce genre de comportement ternit l'image de notre pays. Quand on sait que rien que l'année dernière, la Guinée a dégringolé dans le classement international de Reporters sans frontières (RSF). Avec cet autre acte, on risque de nous retrouver en queue de peloton ?
C'est déplorable, parce qu'on a déjà envoyé notre déclaration à Reporters sans frontières (RSF). Quand vous visitez leur site, vous le verrez. C'est dommage pour notre pays que le premier responsable du pays, qui est censé faire respecter la constitution, garantir la stabilité de notre pays, qui devrait être le bouclier contre les prédateurs de la liberté de la presse, c'est déplorable que ce soit autour du président de la république qu'un journaliste est victime de son travail. Ça ternit l'image du président de la république. Je pense que ce qui est arrivé au journaliste, le président a une part de responsabilité là dedans. Et c'est ce que nous on a dit et répété. La responsabilité incombe au président de la république. Parce que s'il ne s'était pas rendu au siège du RPG en violation flagrante des articles 38 et 45 de la constitution de notre pays, tout cela ne serait pas arrivé. Il faut que le président de la république agisse dans le strict cadre de la constitution et des lois de la république. Si c'était ainsi, je crois que cela ne serait pas arrivé à notre confrère.
Au-delà des communiqués, est-ce que les associations de presse ont d'autres initiatives par rapport à cette agression, notamment la poursuite de l'agresseur de notre confrère ?
Dans notre déclaration on a dit au niveau dernier paragraphe, que nous allons porter plainte contre ce monsieur. Pour destruction de matériels de travail, pour coups et blessures volontaires sur un journaliste dans l'exercice de sa profession. Nous l'avons dit et nous avons contacté deux avocats. Ils sont en train de rédiger une plainte qu'ils vont déposer à la direction de la police judiciaire, pour que ce monsieur soit entendu. Hier (mercredi 29 Juin), il était avec le président de la république dans un espace hôtelier de la place. Où le comité provisoire de réflexion sur la réconciliation nationale a eu lieu. Ce monsieur a été identifié, il était présent. Donc la plainte va être déposée à la DJP, et à son tour, la déposera au commandant de la garde rapprochée de monsieur le président de la république pour que ce monsieur se soumette à la disposition des juridictions de son pays. Nul n'est au-dessus de la loi, tous les Guinéens sont des sujets de droits. Donc ce monsieur va répondre de son acte parce qu'il est citoyen. Et je crois qu'il a agi en toute connaissance de cause, et nous le mettons devant sa responsabilité.
Au cas où ce garde rapproché du PRG ne se soumet pas à la justice. Quel sera le plan B des associations de médias ?
Il ne faut jamais dire parce qu'il y a un mauvais précédent que nous n'allons pas recourir à la justice. Moi je dis une chose, mettons la justice devant ses responsabilités, c'est extrêmement important pour l'avenir. Parce que si vous n'allez pas aussi vers la justice, les gens vont interpréter autrement. C'est pourquoi je dis que nous devons avoir confiance à nos institutions, nous devons les recourir jusqu'à ce que ces institutions-là refusent d'assumer pleinement leur responsabilité, refusent de s'acquitter en toute honnêteté des prérogatives que la constitution leur a ordonnées. Dans cette affaire ce n'est plus le garde rapproché qu'on voit, mais c'est le délit du droit commun qu'on voit. Et le code pénal a prévu cela. Nous, c'est sous cet angle qu'on va appliquer la plainte, les avocats sont déjà mobilisés. Si par aventure il refuse de se présenter, nous allons user des voies de recours que le législateur guinéen a aménagé pour que cet acte odieux que ce monsieur a commis ne reste pas impuni.
En quoi faisant par exemple ?
Nous allons chercher sa photo pour essayer de faire son poster, pour mettre ça à la disposition des organes de la presse. En le présentant comme un individu dangereux pour la liberté de la presse en Guinée. Je crois qu'on est en train de nous organiser dans ce sens. Qu'on va mettre à la disposition de tous les organes, notamment des bloggeurs. Ce monsieur on va franchement s'acharner contre lui pour qu'il serve d'exemple.
Propos recueillis par Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
![]()
Commentaires
Puisque c'est LA FAUTE de ALPHA , pour s'etre rendu au siege du RPG , associez SA PHOTO a celle de la bidasse .
Ce sera d'une pierre 2 coups , et peut-etre que la Guinee va cesser ce " TRAVAIL DE SISYPHE " ( ETERNEL RECOMMENCEMENT )
Bonne Lutte !








