Alpha Amadou Diallo Mardi, 14 Juin 2016 09:03
Dr Ousmane Bangoura, vice-président de la Délégation spéciale de la Commune de Matoto et président du Réseau africain pour la stabilité de la constitution (RASCO) ne fait pas de cadeau à ceux qui veulent se perpétuer au pouvoir, en tripatouillant la constitution. Dans cet entretien qu'il a accordé à votre semainier, Dr Ousmane Bangoura accuse également le gouvernement d'être à la base des événements survenus récemment à Timbo.
Le Démocrate : Monsieur Bangoura Bonjour. L'éventualité du troisième mandat du président continue d'alimenter les débats, et vous, en tant que président d'une institution sous-régionale qui lutte contre cette forme de changement de constitution, quelle est votre réaction ?
Dr Ousmane Bangoura : ma réaction est tout d'abord que je suis foncièrement contre. Je suis très déterminé à empêcher un troisième mandat ici qui est contraire à l'esprit, au contenu de notre constitution. Je l'ai dit, je l'ai répété ici, il y a un club de chefs d'État qui sont nostalgiques du passé, qui veulent s'accrocher indéfiniment au pouvoir par le biais du tripatouillage de la constitution. Hors la stabilité aujourd'hui des pays engagés dans la démocratie dépend exclusivement de ce changement, de ce tripatouillage des constitutions dans les pays. Des exemples se font voir un peu partout, notamment au Congo Brazzaville, au Burundi et même en RDC Congo. Je crois en totalisant tout ça, on doit conscientiser le peuple de Guinée, que je voudrais et j'exige d'ailleurs sur la tâche, on va les informer pour qu'il prenne leur responsabilité, afin que chacun soit sous la loi. Mais pas au-dessus de la loi, c'est extrêmement important. Si on pense qu'on est chef de l'État, on peut aller à l'aventure, toucher l'âme même de la république, je ne cesse de le dire, il n'y a pas de république sans loi, et c'est la constitution qui stipule ces lois-là, et détermine son fonctionnement. Et tout ce qui constitue la république. Ceci dit, les chefs d'État ne peuvent pas continuer à amadouer le peuple, à tromper les communautés même si cette communauté internationale souffre dans la prise des décisions. Des fois même, elle fait du deux poids deux mesures. Tantôt elle soutient par là pour une chose inconnue et on laisse faire de l'autre part. On les empêche de faire. Je crois qu'il faut mettre un terme à ce comportement, qui encourage les chefs des États à s'accrocher au pouvoir de façon vraiment contraire à la volonté des populations ou des peuples.
Maintenant par rapport à notre cas la Guinée, qu'est-ce que vous avez fait pour sensibiliser les populations contre ce genre d'aventure ?
Ici, dans notre cas à part la diffusion de la création du Réseau africain pour la stabilité de la constitution (RASCO), nous avons pris d'assaut les médias pour informer une large partie de la population guinéenne de sa création, de ses objectifs, ses structures et son mode de fonctionnement, et après nous avons saisi les institutions républicaines. Nous avons également saisi les organisations internationales représentées dans notre pays. Je crois que nous avons des tâches ou des attaches ou des points focaux dans les autres pays. Dans une seconde étape, nous avons monté un projet. Nous avons envoyé une demande aux partenaires financiers pour qu'ils financent, afin qu'on forme d'abord des formateurs. Ceux-là vont maîtriser la constitution, et ils auront pour tâche de multiplier les acquis de cette formation. Ici dans chaque préfecture, dans les langues vernaculaires à leur retour puisque le public cible ce sera les représentants des sous-préfectures qui viendront prendre part à cette session dans les préfectures. Ceux-là donc je dis auront la tâche d'aller démultiplier les acquis de ces rencontres là, dans les préfectures, dans les sous-préfectures et voire même dans les districts et voire même dans les hameaux. Donc on disposera d'une masse critique des populations ou des citoyens capables de traduire et d'interpréter notre constitution. Quand on est arrivé à cette phase, je crois que les populations ou les citoyens seront les vrais défenseurs de la constitution. Ils vont mettre fin au comportement incongru des dirigeants africains.
Quelle lecture faites-vous du dernier discours du président de la république qui continue de faire couler de l'encre et de la salive. Certains estimant qu'il a fustigé les cadres malinkés, alors que d'autres disent le contraire ?
Mais moi ça ne m'étonne pas. Et ça n'étonne personne. Alpha est fidèle à sa logique mais ce qui est grave, ce sur quoi les Guinéens doivent se conscientiser et se mobiliser, rester comme un seul homme pour barrer le chemin à ce qui se prépare : parce qu'on dit aujourd'hui que c'est les malinkés non ! Alpha a utilisé le mot « Wofatara » pour se dresser au pouvoir. Donc c'était une manière d'opposer les malinkés aux soussous. C'est sur cette base qu'il a pu constituer sa base politique en Haute Guinée. Ça c'est une démarche incongrue qui n'est pas très bien conseillée pour un leader politique de sa trame. Il dit encore que les bagas qui vivent depuis des siècles avec d'autres communautés de la Basse Guinée, que les bagas doivent parler leur langue. C'est une manière de diviser la Basse Guinée et après au Fouta il dit que les peulhs ne sont pas des Guinéens. C'est les malinkés, c'est les forestiers et la basse Guinée qui sont des Guinéens. Ça c'est une manière de diviser. Les malinkés devaient se lever quand il a commencé au niveau des soussous, quand il a commencé au niveau des peulhs. Chez les malinkés, il a trouvé le mot juste pour les qualifier alors cela est une prédisposition à quelque chose. C'est comme ça qu'on oppose les ethnies, on oppose les parents, on oppose les frères et comme ça le terrain est fertile à n'importe quelle entreprise de déstabilisation des nations. Donc les Guinéens doivent se ressaisir. C'est extrêmement sérieux. Tout ce que Alpha dit c'est sur fond de calcul, c'est sur fond de politique, c'est-à-dire si on ne prend pas garde, Alpha va provoquer quelque chose de grave. Comme dit un adage soussou, « il ne faut pas brûler ta maison à cause d'un moustique parce que le moustique s'en ira et tu resteras sans abri ». Je crois qu'il veut mettre du n'importe quoi en Guinée ici. Nous savons la mentalité des gens c'est pour ça qu'il faut appeler à la conscientisation des Guinéens. Qu'ils se retiennent, qu'ils se conscientisent du danger qu'Alpha est en train de préparer contre notre pays. Je crois que plus que jamais, les malinkés, les soussous, les peulhs et les forestiers doivent se lever pour faire un front commun contre le comportement de notre chef d'État. De cette manière Alpha a fait parjure à notre constitution, franchement le minimum qu'on aurait pu lui demander, c'est son départ pur et simple de notre pays pour que nous vivions en symbiose, en harmonie et dans la paix. Même si on n'a rien, si on a ces éléments-là, je crois qu'on peut impulser le développement, aller de l'avant. Alpha n'a plus de programmes, il n'a pas de perspectives de sortir de crise. Il est en train d'amuser la galerie. Son fils est impliqué dans la gestion malencontreuse de nos ressources minières, c'est le cas au Liberia aussi. Mais au Liberia on a mis une commission d'enquête en place pour faire des enquêtes. Il y a eu des inculpations des personnalités au sommet de l'État. Ici, il nous dit vaguement que c'est un faux dossier, et nous prenons ça comme blague. Tout ce qu'il crée, moi je le dis, il a fait pour amuser la galerie, c'est-à-dire détourner l'opinion nationale des préoccupations de la vie, de la précarité de la vie mais aussi l'implication frauduleuse dans les magouilles minières de son fils. Je crois que le peuple doit demander ça. Nous devons demander des comptes dès maintenant à Alpha. Il n'a qu'à mettre une commission en place, qu'il cesse de nous opposer, de trouver des sujets qui opposent les ethnies et préparer notre pays à une situation qui n'est pas souhaitable. Il faut le dire parce qu'il ne faut pas avoir peur des mots, tant le sujet est grave. Il faudrait qu'on s'organise pour dire à Alpha que tout le monde est fatigué, il ne faut pas brûler notre pays. Ça c'est important. Ce que les malinkés doivent savoir c'est que Alpha a dit que : « tous les cadres malinkés sont malhonnêtes ». C'est une parole historique, ça restera dans l'histoire. Demain, nos arrière petits-fils reprendront cette parole en disant qu'un chef d'État Alpha en l'occurrence, a dit que les malinkés sont malhonnêtes, c'est des trucs qu'on ne tient pas publiquement, c'est comme pour dire que tous les malheurs du pays viennent des malinkés, c'est extrêmement grave.
Certains observateurs estiment que les élections locales qui sont prévues par la CENI au mois d'Octobre ne sont pas tenables. Quelles sont vos impressions ?
Oui ! Je ne sais pas si je vais me répéter dans votre organe. J'ai dit que ce n'est pas une CENI crédible. C'est une CENI qui a montré ses limites. L'Union Européenne, la Cedeao et l'ONU ont toutes souligné que cette CENI n'est pas crédible, cette CENI va mettre du potin dans le pays ici et tout le monde va le regretter. J'ai dit que la date indiquée par cette CENI n'est pas tenable dans la mesure où on dit qu'il n'y a pas d'argent et que ça demande plus de 250 milliards de nos francs. Aujourd'hui c'est par incapacité, par manque de ressource financière, les examens scolaires sont en train de prendre du plomb dans l'aile. C'est important, il faut en tenir compte, ce n'est pas au moment où on est en difficulté financière, il découvre qu'on a économisé 40 milliards de francs, sans nous dénoncer d'abord ce que ce ministre là pendant six ans a fait de ces 40 milliards, chaque année il facture comme ça, on paye légèrement, vaguement il dit qu'on a économisé 40 milliards, sur quoi ? Pendant six ans, c'est ce qui se fait alors le ministre travaille pour qui, et au compte de qui ? C'est ça la grande question aujourd'hui. La CENI doit être responsable, celui qui est à la tête doit se montrer en digne fils du pays, pour nous tenir des élections crédibles, transparentes dont les résultats seront respectés par tous les partis. N'oubliez pas que ce n'est pas que la CENI, toutes les institutions républicaines sont aujourd'hui inféodées à l'exécutif, voilà l'indicateur premier de la dictature. Alpha dit que Lansana et Sékou Touré n'ont rien fait, ça n'a pas marché, on était au point mort. Aujourd'hui on recule, on s'éloigne même du point mort en reculant. Je le dis haut et fort Alpha aurait pu utiliser les cinq ans d'apprentissage de la gestion du pouvoir au sommet de l'État et mettre cette expérience pendant ces cinq ans là au service du pays. Mais il pense qu'il peut tromper tout le peuple. Abraham Lincoln l'a dit : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps mais pas tout le peuple tout le temps ».
L'inauguration de la mosquée de Timbo qui a tourné au vinaigre entre les forces de l'ordre et des fidèles musulmans, selon vous à qui on peut imputer la faute ?
Même les leaders politiques ne le diront pas mais moi j'ose dire que la responsabilité est largement imputable à l'État. Pourquoi ? Il y a eu l'inauguration de la mosquée de Fatako à Tougué, il y avait plus de 15 000 fidèles présents sur les lieux, il n'y a même pas eu d'injure ou d'égratignure mais à Timbo, ils ont politisé l'événement, ils voulaient mettre ça au compte d'Alpha, non ! La mosquée là, c'est Lansana qui l'a commencée, Dadis est venu faire ce qu'il pouvait faire. L'État se serait même gardé d'être présent à cette cérémonie, à se faire représenter par celui qui est chargé des questions religieuses. Cela suffit largement, mais aller prendre en charge l'inauguration d'une mosquée en mettant des slogans qui sont contraires à la prescription divine. L'État est à la base de tout ce qui se passe dans le pays, il manque de responsabilité, il manque de vision, ce gouvernement-là a encore montré ses limites.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de Guinéeactu
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