Imprimer

Duel mortel et mortifère au sein de l’UFDG : une consécration politique d’Alpha Condé !

Alpha Ousmane Barry  Samedi, 14 Mai 2016 09:47

Facebook

 


Le champ politique, violent par essence, enfante régulièrement  des tragédies de tous genres qui défraient l’actualité, bouleversant ainsi dans leur passage le quotidien de notre existence sereine. L’histoire politique guinéenne est peuplée d’exemples qui confirment cette triste réalité. Par exemple, s’il est incompréhensible qu’un cadre intègre comme le Professeur Boiro accepte de moyenner le deuil de l’assassinat de son épouse contre un poste ministériel, de la même manière, il est tout aussi difficile, dans mon univers de référence, de comprendre comment Bah Oury s’est laissé berner par des troublions en politique au point de rallier celui qui l’a envoyé au bagne. Je suis étonné de voir des apprentis sorciers, à l’image d’abeilles ouvrières butinant les fleurs, qui gravitent autour de tous les pouvoirs en Guinée (junte militaire, pouvoir en place, opposition) puissent disposer d’autant de talent, d’adresse et de dextérité au point de pouvoir amadouer des hommes intègres, humbles et moralement irréprochables. Tels des caméléons, ces troublions baisent la main de l’opposition de nuit alors que dans les coulisses, ils fréquentent assidûment le pouvoir en place, soufflant entre-temps dans leurs oreilles des mots qui enflent le cœur et la vanité.


Sans doute est-il important de préciser que, impressionné par la belle image qu’il s’est construite au cours des années d’exil, j’étais de ceux qui pensaient que Bah Oury avait la stature d’un présidentiable et qu’il représentait à mes yeux un symbole de l’alternance politique en Guinée. Disons-le, je croyais tout bêtement dans le silence de mon âme, qu’il était plus susceptible d’être élu président de la République de Guinée que Cellou Dalen Diallo. Je suis enclin à reconnaître aujourd’hui de m’être peut-être trompé. En effet, séduit par l’image de l’homme charismatique que je me représentais, je m’aperçois avec beaucoup de retard que le fantasme pour ce bel avenir politique que je me suis imaginé, fait partie d’un simple égarement de l’esprit humain qui vogue parfois dans le vide au gré de l’actualité sans savoir se poser sur un repère solide. Dans la foulée de ce mouvement de balancier, des images qui le captent, produisent des impressions diverses.

Tous irresponsables, tous perdants

Ce qui retient mon attention de simple observateur des événements qui se jouent sur la scène guinéenne est l’amateurisme des acteurs politiques. Ce défaut d’intégrité politique se décline dans un manque de recul et de projection dans l’avenir. Sans observer un minimum de recul, je me permettrai de formuler ici de manière abusive l’idée d’infantilisme politique ou d’aveuglement excessif, tout court. En effet, la patience est certainement une grande qualité, mais bien peu d’hommes supportent de se plier à ses caprices. Je considère que cette patience-là a bougrement fait défaut à Bah Oury qui aurait dû, me semble-t-il, attendre stoïquement en exil de voir son étoile briller dans le firmament de la fuite utile des jours ; que de fourrer son nez dans un guêpier au nez et à la barbe d’un pouvoir qui l’a contraint à s’enfuir. Peut-être avait-il simplement oublié que « la patience donne naissance à une génisse ». En d’autres termes, « Qui prend patience obtient une grande récompense ! » Dans tous les cas, en mordant l’hameçon qu’on lui a jeté à la figure, tout se passe comme si Bah Oury s’était enfermé derrière une porte dont il n’avait pourtant pas la clef pour ouvrir. Car dans sa situation de gracié, non innocenté, il n’est un secret pour personne que la nomination de notre homme politique à un poste important n’est pas une certitude ; dans le cas contraire, cela remettrait en cause la validité de l’accusation qui pèse sur lui. Et même la création de sa propre formation politique ne lui permettrait pas de lever la voix contre le pouvoir en place. Voilà une belle erreur, ou une leçon de morale en exemple qui mérite d’être citée ! Quel avenir politique pour un opposant pris dans les mailles de filets entre le parti qui l’a banni et le pouvoir qui l’a grisé ? Comment Bah Oury, cloué aux piloris par un pouvoir qui l’a condamné à perpétuité, va-t-il se reconstruire ? Quel infantilisme ! Je pense avec certitude qu’en politique, un homme est comparable à une pièce de bois, de tissu, de béton, de papier, que sais-je encore, qu’on utilise dans une circonstance donnée pour colmater une brèche et dont on se débarrasse, aussitôt après l’accomplissement de la besogne ; en la jetant dans la poubelle comme si c’était une vieille chaussette usagée ou une serviette de toilette. Je pense avec certitude que le Professeur Boiro ne dirait guère le contraire !


Quant à Cellou Diallo, il a tout aussi fait preuve d’un manque de discernement qui constituera sans doute un handicap dans sa carrière politique :

Sauf par un miracle de l’ordre du Maktoub, Dadis ne reviendra jamais au pouvoir en Guinée, car même si les Guinéens se laissent tenter par son retour, la Communauté Internationale ne tolérera jamais une telle aventure surtout après ce qui s’est passé au Stade du 28 septembre. Il faut bien qu’on comprenne une fois pour toute : si sa culpabilité soulève encore bien des questions, en revanche la responsabilité de Dadis Camara ne fait aucun doute. Il est comptable de ce qui s’est passé et ne peut en aucun cas se dégager de la responsabilité de cette barbarie. Certes l’attitude d’Alpha Condé, face à cette situation, laisse planer plusieurs zones d’ombre que l’avenir seul pourra certainement élucider. Mais quand on a un peu « d’eau » dans la tête, on admet d’emblée qu’en politique pactiser avec le diable n’est pas un exercice solitaire auquel on peut se livrer selon son gré. En d’autres termes, le réalisme politique est certes parfois nécessaire, mais pas à ce point que la victime baise la main de son bourreau. J’ai l’impression que les Guinéens, habitués qu’ils sont au retour cyclique de la violence politique, ne mesurent ni la gravité ni la portée de la barbarie perpétrée par la junte militaire le 28 septembre 2009.


L’UFDG, entre mouvement politique  et logique de compère

Dans la logique de ma compréhension de l’ambiance qui prévaut au sein de la formation politique, l’UFDG souffre de deux insuffisances :

Dans la culture peule, l’idée de relever le défi face à un compère (adversaire) est un des leviers de la dynamique sociale, mais elle est à la source d’un grand handicap. Car si relever le défi est une des vertus cardinales, répondre à cet enjeu est source de conflits fratricides qui affectent la stabilité sociale. Ce qui se passe maintenant à la tête de l’UFDG en est un exemple frappant. Cellou Dalen Diallo et Bah Oury se livrent à un spectacle désolant et déshonorant dont l’UFDG aurait pu certainement se passer. La logique du compère qui fait de l’adversaire un ennemi à abattre entraîne une anomie qui gangrène le tissu social, affecte le fondement et l’unité du Parti. Cette situation déplorable augure un autre jalon de la victoire politique d’Alpha Condé qui prépare déjà son futur mandat ou celui d’un des siens. Finalement, en dehors du Tiers, tous sont perdants car dans une telle histoire, chacun y laisse une plume et personne n’en sort indemne. Or ils le savent tous que « Si l’un des tiens est un serpent, enroule-le-toi autour du cou ». S’il est une certitude qu’on peut affirmer sans risque de se tromper, à chacun son groupe et ses partisans n’a jamais mené à la victoire.


L’expérience a toujours montré qu’on sait comment une histoire a pris naissance, mais bien malin qui peut prédire quand et comment elle va se terminer. Entre-temps la logique fratricide, qui s’est installée durablement, déploie son rouleau compresseur et détruit tout sur son passage. Or quand une machine de guerre se met en marche, la raison n’y trouve guère sa place. En attendant Monsieur Condé, qui a réussi à cacher aux Guinéens le fondement de sa personne, se frotte les mains car la plus grande formation politique du pays qui doit lui tenir tête, en fédérant autour d’elle les autres partis, sombre durablement dans une tourmente irréversible.


En somme, la prudence, qui a manqué énormément à Cellou, est pourtant considérée comme la reine des vertus. Elle se définit chez Cicéron (De L’invention, 2. 53. 160) comme « la connaissance des choses bonnes, mauvaises et indifférentes ». Elle s’appuie sur la prévoyance qui consiste en la recherche des maux à éviter. C’est pour cette raison que « l’avenir doit être en quelque sorte vu avant qu’il ne soit fait ».

 

 

Alpha Ousmane Barry 
Professeur des Universités (France)
Spécialisé en Analyse du discours et communication politique
Fondateur du Réseau Discours d’Afrique


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook