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Le respect du jeu démocratique.
Alpha Wann Mercredi, 20 Avril 2016 01:48
Il n’y a pas de démocratie sans démocrates. C’est la leçon à tirer de toutes les expériences démocratiques des peuples dans le monde. C’est le cas de certains pays africains.
Le Bénin était sous une dictature militaire marxiste jusqu’en 1990, année durant laquelle les forces politiques et sociales béninoises avaient organisé la conférence nationale souveraine ouvrant la voie aux élections présidentielles de 1992. Il a fallu que le général Mattieu Kérékou se plie au jeu démocratique et accepte d’organiser et perdre l’élection présidentielle. Il reviendra au pouvoir au terme du mandat de son successeur Nicéphore Soglo qui sera sanctionné par les électeurs pour manque de résultats et surtout pour avoir déçu leur espoir. En donnant le bon exemple, le général Kérékou a permis à tous les présidents Béninois de se conformer aux règles démocratiques et garantir ainsi l’alternance pacifique au pouvoir au Bénin qui est devenu une référence démocratique dans le continent. Au Nigéria, il a fallu que le général Obasandjo rende le pouvoir aux civils pour une première fois en 1979 en organisant des élections libres. Une courte expérience qui sera remise en cause par la reprise du pouvoir par l’Armée. C’est au tour du général Aboubacar Salami de rétablira une seconde fois le retour à un pouvoir civil par la tenue des élections et depuis lors, les présidents nigérians acceptent l’alternance pacifique au pouvoir.
La Guinée a pris un chemin différent. Contrairement au général Kérékou, le général Conté a refusé la tenue de la conférence nationale souveraine dont ne voulait pas d’ailleurs la majorité des acteurs politiques de l’époque. De 1993 à 2005, il avait organisé régulièrement toutes les élections qu’il avait gagnées frauduleusement en contrôlant étroitement tout le processus électoral et en s’appuyant sur l’appareil administratif de l’Etat qui avait en charge l’organisation des élections notamment le ministère de l’Intérieur. Le général Lansana Conté ne s’est pas plié au jeu démocratique. Avec le soutien de ses forces de sécurité, il a réprimé brutalement toutes les manifestations de l’opposition. Il a fait arrêter et condamner ses deux principaux opposants Ba Mamadou et Alpha Condé en 1998. Ayant sous son contrôle les médias d’Etat qui distillaient sa propagande contre l’opposition, il a mené une vraie chasse aux sorcières contre tous les fonctionnaires soupçonnés de sympathie pour ses opposants et grâce à l’arme des décrets et à l’argent du Trésor public, il a obtenu l’allégeance des cadres et des notabilités du pays. On avait donc une démocratie de façade avec sa vitrine électorale, mais avec une Constitution qui était violée systématiquement, et surtout la domestication par le pouvoir exécutif de tous les autres pouvoirs législatif et judiciaire y compris le pouvoir médiatique. Toutefois, l’opposition est restée pugnace en mobilisant les populations par des manifestations contre l’autoritarisme du pouvoir et le non-respect des règles démocratiques. Cette résistance finira par affaiblir politiquement le général Lansana Conté et c’est l’économie qui sera gravement affectée par les convulsions politiques du pays. La crise économique conduira aux événements de janvier-février 2007. A la mort du général Conté en 2008, comme le PDG naguère, le pouvoir échappera au PUP et au camp présidentiel dans l’armée en raison du bilan désastreux de son chef qui s’est laissé empêtrer dans une longue crise politique qui a ruiné l’économie du pays.
Alpha Condé n’a pas tiré cette leçon parce qu’en réalité, il n’est pas un démocrate. Il a la même conception du pouvoir que ses prédécesseurs Sékou Touré et Lansana Conté. Son expérience du syndicalisme étudiant à la FEANF ne peut lui donner un brevet démocratique lorsqu’on sait que la plupart des leaders étudiants africains de cette époque étaient d’obédience marxiste et donc ne contestaient pas la primauté du parti unique et la règle du centralisme démocratique. Ils étaient simplement les pourfendeurs des dictateurs africains qui sont à leurs yeux les suppôts de l’impérialisme et du néo-colonialisme. La preuve la majorité d’entre eux se rallieront à ces mêmes dictateurs une fois rentrés au pays. Et ceux d’entre eux qui deviendront chefs d’Etat comme Ange Felix Patassé et Alpha Condé, ne nous ont pas montré qu’ils étaient des démocrates. Cela dit, les dérives de certains parmi eux n’enlèvent en rien la grandeur du combat que la FEANF a mené depuis les années 1950 pour les indépendances africaines et la prise de conscience de ses élites. Il y en a beaucoup d’autres qui sont restés fidèles aux idéaux démocratiques et n’ont accepté aucune forme de compromissions avec les pouvoirs rétrogrades de leurs pays. Ils sont les références pour les nouvelles générations agissantes qui, depuis les années 1990, ont poursuivi leur combat qui a changé l’Afrique. Beaucoup reste encore à faire car le chemin pour la démocratie et l’Etat de droit est sinueux et long. Alpha Condé fera pire que le général Lansana Condé, au moins ce dernier organisait régulièrement sa mascarade électorale (sauf les législatives prévues en 2000 qui seront reportées en 2002 en raison des agressions rebelles) dans un climat moins violent que celui que nous vivons depuis 2011. Il va en fait dès son entrée en fonction suspendre la Constitution en refusant de s’y conformer en organisant les élections législatives et locales. Il a fallu, durant trois ans, des manifestations et leur cortège de morts, de blessés et de dégâts matériels importants pour qu’il daigne organiser les élections législatives. Par contre, il finira son mandat sans tenir les élections locales qui sont essentielles pour l’enracinement de la démocratie de proximité. Il a remis en cause l’équilibre institutionnel. Alpha Condé est allé encore plus loin dans l’utilisation des recettes du général Lansana Conté. S’appuyant sur ses forces de répression, Alpha Condé a fait infliger des violences inouïes aux populations fortement mobilisées par l’opposition à sa politique. Il ne s’est pas contenté que de distribuer par décret des postes, il a vidé les caisses de l’Etat pour acheter les consciences et se donner la victoire à la présidentielle de 2015. Toutefois, il ne s’attendait pas à une opposition aussi farouche et coriace de leaders politiques qu’il méprisait tant. Il est particulièrement conscient du danger pour son pouvoir de leurs manifestations, c’est pourquoi, il a sorti toute la force de son armada de propagande avec ses relais médiatiques, de la société civile, des leaders d’opinions religieux et intellectuels ainsi que de certains responsables politiques de l’opposition pour accréditer insidieusement l’idée que les manifestations sont inutiles et donc sans effet contre le pouvoir. Et nous voilà devant leurs slogans repris en chœur parfois de façon innocente par certains comme « l’opposition est en manque de stratégie » ou « l’opposition doit trouver une autre stratégie » et encore le plus grave « l’opposition envoie à la boucherie les enfants d’autrui » (on refuse de se poser les questions à savoir qui sont les bouchers et est-ce qu’ils exercent légalement leur métier de tueurs du bétail humain). Evidemment personne ne propose une autre stratégie alternative gagnante, et pour cause.
Je le répète aux militants et sympathisants sincères de l’opposition pour un vrai changement démocratique, c’est la bonne stratégie que nous suivons, nous devons persévérer sur cette voie qui finira par payer.
Sans les manifestations, Ben Ali, Moubarak et par la suite son successeur Morsi (le général Al Sissi s’est appuyé sur les puissantes manifestations des Egyptiens pour le destituer) et Compaoré seraient encore au pouvoir. Les manifestations persistantes de l’opposition sont un risque très énorme pour Alpha Condé qui peut conduire soit à son départ anticipé du pouvoir ou soit à l’affaiblir politiquement et économiquement à tel point que son parti puisse perdre comme le PDG et le PUP le pouvoir après lui. C’est pour parer à cette menace que cette puissante campagne de démobilisation des militants de l’opposition a été engagée pour les déposséder de leur principale arme de combat. Nous, nous voulons une démocratie apaisée avec le respect des règles de jeu démocratiques. Notre pays a besoin de paix et de stabilité pour que nous puissions nous concentrer sur les seuls enjeux qui vaillent que sont la démocratie, l’Etat de droit et l’éradication de la pauvreté et non la politique politicienne. Mais nous ne devons pas croiser les bras et laisser la dictature prospérer dans notre pays depuis 1958.
Je sais que les responsables et militants du RPG veulent, c’est légitime, garder le pouvoir en 2020, le député Saloum Cissé l’a réitéré ces jours-ci, eh bien qu’ils sachent que c’est Alpha Condé le principal obstacle à leur ambition. Ses manœuvres pour retarder les élections locales et à coup sûr les prochaines élections législatives pour se donner les moyens de mettre en place son système de fraude et sur le plan économique et sociale, son obstination à maintenir le prix actuel du carburant qui est une nuisance à notre économie car les acteurs économiques que sont les entreprises et les ménages sont asphyxiés par la hausse des taxes. La baisse généralisée des impôts et taxes y compris donc les taxes sur le carburant, allait apporter une bouffée d’oxygène pour notre économie. En persistant à refuser la baisse du prix du carburant, son gouvernement se tire une balle sur le pied, car comment relancer une économie en récession en surtaxant des entreprises et ménages qui sont au bord de la faillite pour les premières et en état de paupérisation avancé pour les seconds ? Ils maintiennent leur train de vie ainsi que des investissements publics alibi pour enrichir leurs clans les plus voraces que la Guinée ait connus dans son histoire au lieu de préparer et exécuter un vaste plan d’économies à réaliser sur les dépenses improductives de l’Etat, mais aussi engager de vraies réformes structurelles pour transformer notre économie.
L’opposition a le devoir de poursuivre ses manifestations et villes mortes pour obliger Alpha Condé á se plier aux règles démocratiques. C’est lui et son camp qui seront à terme les grands perdants de ce bras de fer. Ça prendra le temps que ça prendra, mais le système despotique finira par partir de notre pays si nous sommes persévérants dans la lutte. Rien ne nous sera donné gratuitement, nous sommes obligés d’arracher notre Liberté des mains de nos oppresseurs conformément à l’article 21 de notre Constitution qui dispose en son alinéa 4 : Le peuple de Guinée a le droit de s’opposer à l’oppression.
Alpha Wann
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Commentaires
"de 1958 jusq'aujourd'hui,nous Guinéen avons pas eu la chance d'avoir de bon dirigent.Alpha Conde est pire que ses predesseurs."
sinon comment un oppoant historique peut etre dans l'incapacité de s'entendre avec son opposition???J'AI HONTE pour mon president.
GUINEENES et GUINEEN ouvrons les yeux pour voir la realité en face et surtout comprendre l'analyse de WANN "NOUS SOMMES OBLIGES D'ARRACHER NOTRE LIBERTE DANS LES MAINS DE NOS OPPRESSEURS"
Tout à fait d'accord avec vous.
Il faut absolument le chasser de cette prise d'otage du pouvoir(1 coup KAO total dans le pays jusqu'en 2020)comme au Burkina.Si non,le pays est foutu à jamais.Depuis 2010,rien de concret avec AC pour améliorer les conditions de vie de la population.Toutes nos ressources seront hypothéquées et vendues aux étrangers par ce dernier.Et les nouvelles générations se retrouveront le bec dans l'eau.
de 1958 jusq'aujourd'hui,nous Guinéen avons pas eu la chance d'avoir de bon dirigent.Alpha Conde est pire que ses predesseurs.
sinon comment un oppoant historique peut etre dans l'incapacité de s'entendre avec son opposition???J'AI HONTE pour mon president.
GUINEENES et GUINEEN ouvrons les yeux pour voir la realité en face et surtout comprendre l'analyse de WANN "NOUS SOMMES OBLIGES D'ARRACHER NOTRE LIBERTE DANS LES MAINS DE NOS OPPRESSEURS"
Les Guinéens à l'instar des autres peuples Africains doivent accepter de comprendre que le combat pour l'instauration de la démocratie et de l'Etat de droit dans notre pays n'est orienté contre personne, c'est l'affaire de tous. Ce combat est noble et doit se faire sans relache. Du chemin a été fait mais le parcours reste encore long. Battons nous pour notre bien être, personne ne peut et ne doit nous l'interdire.








